Monde : deux tiers de la capacité Asie-Europe sont revenus sur Suez, le détour par l’Afrique recule

Soixante-trois pour cent de la capacité conteneurisée déployée entre l'Extrême-Orient et l'Europe emprunte désormais des services passant par la mer Rouge et le canal de Suez, selon une analyse du cabinet Alphaliner publiée le mercredi 21 octobre 2026. Cela représente 5,5 millions d'EVP sur les 8,7 millions exploités par les dix principales compagnies de transport par conteneurs.

Soixante-trois pour cent de la capacité conteneurisée déployée entre l’Extrême-Orient et l’Europe emprunte désormais des services passant par la mer Rouge et le canal de Suez, selon une analyse du cabinet Alphaliner publiée le mercredi 21 octobre 2026. Cela représente 5,5 millions d’EVP sur les 8,7 millions exploités par les dix principales compagnies de transport par conteneurs.

L’étude, menée du 15 septembre au 15 octobre, recense vingt-quatre services pour lesquels des transits par la mer Rouge ont été enregistrés. Les stratégies diffèrent d’une compagnie à l’autre, et une pratique mérite d’être signalée : dans plusieurs cas, les navires empruntent le détroit de Bab el-Mandeb et le canal à l’aller vers l’Europe, tandis que le retour vers l’Asie contourne l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance.

Cette asymétrie explique un écart de chiffres qui pourrait sembler contradictoire. Le BIMCO relève que durant les deux premières semaines d’octobre, 36 % de la capacité ayant utilisé l’une ou l’autre route a effectivement transité par le canal, contre une moyenne de 8 % entre 2024 et la mi-2026. Alphaliner mesure la capacité affectée à des services passant par Suez, le BIMCO les transits réellement effectués. Au troisième trimestre, la capacité traversant Suez en direction du nord représentait 75 % de celle enregistrée en direction du sud.

Le mouvement s’est accéléré à partir d’août 2026, après plus de deux années de contournement quasi systématique. Le directeur général de Maersk, Vincent Clerc, a indiqué qu’environ un tiers du trafic habituellement acheminé par la mer Rouge était revenu sur cet axe, soit quatre des treize services du groupe. L’armateur table sur la reprise de l’ensemble de ses services via Suez avant mars 2027.

L’enjeu économique se mesure en distance et en jours. Le détour par le cap de Bonne-Espérance ajoute entre 3 000 et 3 500 milles nautiques, soit 5 500 à 6 500 kilomètres, et sept à dix jours de navigation sur un trajet Europe-Asie. Durant la crise, les compagnies avaient appliqué des surcharges, Maersk ajoutant 200 dollars par EVP et MSC 500 dollars par EVP selon les sens de trafic. Le retour par Suez s’accompagne aujourd’hui d’une baisse des taux de fret entre l’Asie et l’Europe.

Ce basculement pose une question aux économies portuaires africaines. Pendant deux ans, la route du Cap a généré des escales, des opérations de soutage et des services aux navires sur la façade atlantique et australe du continent. La part de ces activités qui subsistera après la normalisation des routes n’a fait l’objet d’aucune évaluation publiée, et c’est aux autorités portuaires du continent qu’il revient de la mesurer.

Le retour n’est pas acquis pour autant. Les observateurs du secteur qualifient cette normalisation de mesurée et stratégique, les considérations de sécurité restant déterminantes sur l’axe Bab el-Mandeb.


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