Sénégal : le fils d’une victime de Thiaroye écrit à Macron et réclame le corps de son père

Biram Senghor, fils du tirailleur M’Bap Senghor tué à Thiaroye le 1er décembre 1944, a adressé une lettre ouverte au président français Emmanuel Macron, datée du 1er octobre 2026. Il y réclame la restitution du corps de son père, l’ouverture complète des archives et des réparations pour les familles des victimes. Le texte a été publié par l’historienne Armelle Mabon sur son blog hébergé par Mediapart.

Cette démarche intervient six mois après une décision sans précédent. Le 27 mars 2026, le tribunal administratif de Paris a condamné l’État français à verser 10 000 euros à Biram Senghor, au titre du préjudice moral. Les juges ont retenu que les autorités n’avaient pas mis en œuvre les « moyens susceptibles d’éclairer les circonstances précises » du décès ni le lieu de sépulture.

Ce que le tribunal a jugé, et ce qu’il n’a pas pu juger

La portée de ce jugement mérite d’être précisée, car elle est plus étroite que ne le laissent entendre certains commentaires. Le tribunal a constaté que la France avait, pendant des décennies, transmis à la famille des informations fausses : M’Bap Senghor présenté comme déserteur, sa solde réputée intégralement versée, et les tirs de l’armée française décrits comme une réponse proportionnée. La faute reconnue porte sur cette rétention d’information et sur l’absence de recherches, non sur la mort elle-même, que la prescription met hors de portée du juge. Le tribunal l’a écrit explicitement.

Les reconnaissances obtenues jusqu’ici sont de même nature, symboliques et partielles. Le 18 juin 2024, l’Office national des combattants a attribué la mention « Mort pour la France » à six tirailleurs tués à Thiaroye, quatre Sénégalais, un Ivoirien et un Voltaïque. En novembre 2024, Emmanuel Macron a admis par courrier le terme de massacre. Dans sa lettre, Biram Senghor conteste les arguments que le ministère des Armées développe en appel sur les délais de recours, et affirme avoir engagé ses démarches bien avant ceux qui lui sont aujourd’hui opposés. Une plainte pour recel de cadavre avait par ailleurs été déposée en juin 2025 devant le tribunal judiciaire de Paris.

Un décompte que personne n’a jamais établi

Le nombre de victimes reste la zone d’ombre centrale. Un télégramme du 2 décembre 1944 fait état de 24 tués et 11 morts des suites de leurs blessures, soit 35. Le rapport du général Dagnan, conservé au Service historique de la Défense, additionne 24 tués et 46 blessés décédés ensuite, soit 70. François Hollande a retenu ce second chiffre à Dakar en 2014. Armelle Mabon défend une fourchette de 300 à 400 morts, en s’appuyant notamment sur 400 tirailleurs que les autorités de l’époque ont dits restés à Casablanca lors d’une escale, sans que le commandant du navire ni aucun officier n’en fasse mention.

Trois mesures permettraient de trancher, et aucune des trois n’a été prise. Des fouilles archéologiques sur les sites d’inhumation présumés, la communication intégrale des fonds du Service historique de la Défense et des Archives nationales d’outre-mer, et le réexamen des condamnations prononcées en mars 1945 contre trente-quatre tirailleurs.

Du côté sénégalais, Bassirou Diomaye Faye avait annoncé le 1er décembre 2024, lors du quatre-vingtième anniversaire, la création d’un comité international de chercheurs chargé de reconstituer les faits. Les conclusions de ce comité n’ont pas été rendues publiques à ce jour. Biram Senghor, lui, avait 86 ans lorsqu’il a déposé sa plainte en juin 2025.


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