Ouganda : le chef d’état-major a annoncé sa candidature pour 2031 sans quitter le commandement des troupes

Le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Museveni, cumule trois positions : chef des forces de défense ougandaises, président de la Patriotic League of Uganda, et candidat déclaré à la présidentielle de 2031. La loi ougandaise interdit aux militaires en activité de s'engager en politique.

Le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Museveni, cumule trois positions : chef des forces de défense ougandaises, président de la Patriotic League of Uganda, et candidat déclaré à la présidentielle de 2031. La loi ougandaise interdit aux militaires en activité de s’engager en politique.

L’annonce a été relayée par David Kabanda, qui dirige le bureau du président de la PLU, lequel a affirmé que le général viserait 90 % des voix avec le soutien de son père. Muhoozi Kainerugaba préside lui-même cette organisation, née du MK Movement constitué autour de lui.

Il avait pourtant annoncé qu’il ne figurerait pas sur le bulletin en 2026 et apporté son soutien à la candidature de son père. Yoweri Museveni, 81 ans, a été réélu le 15 janvier 2026 avec 7 946 772 voix, soit 71,65 % des suffrages valides selon la Commission électorale, et investi en mai pour un septième mandat courant jusqu’en 2031. Il dirige le pays depuis 1986 et a fait supprimer les limitations de mandats en 2005 puis en 2017.

Le calendrier parle de lui-même. Le mandat du père s’achève l’année où le fils se présente, et celui-ci commande entre-temps l’armée.

Une déclaration publique du général éclaire les méthodes employées contre l’opposition. En mai 2025, il s’est vanté publiquement d’avoir personnellement torturé Edward Sebuufu, connu sous le nom d’Eddie Mutwe, chef de la garde rapprochée de l’opposant Bobi Wine, enlevé cinq jours plus tôt. L’armée ougandaise rejette les accusations de violations des droits humains visant son commandement et dénonce une campagne médiatique hostile.

Le précédent scrutin donne la mesure du contexte. Lors de l’élection de 2021, l’opposition a subi jusqu’à 3 000 enlèvements et déploré 54 morts, dix-huit personnes restant non localisées. La Commission électorale avait alors publié les résultats par région et non par bureau de vote comme la loi l’exige, ce qui avait empêché toute vérification du décompte.

Dans une analyse publiée le 16 septembre, l’Institute for Security Studies relève que l’influence croissante du fils du président et sa position à la tête de l’armée menacent la démocratie ougandaise, et que la participation institutionnelle des forces de sécurité à la vie politique les placera vraisemblablement en position de déterminer l’avenir du pays.

La question posée n’est donc plus celle d’une succession hypothétique. Elle porte sur le statut d’un chef d’état-major candidat déclaré, dans un pays où le même homme préside depuis quarante ans, et où la campagne doit s’ouvrir en janvier 2027.


Alioune Ndiaye

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