Les pratiques néfastes à l’Assemblée nationale du Sénégal traduisent une législature de déception !

CONTRIBUTION — DENIS NDOUR

Il est temps que nous puissions examiner, au Sénégal, les contextes sociopolitiques et culturels au niveau de l’hémicycle, qui ne tient pas suffisamment compte de la déontologie, du leadership, de l’éthique et de la responsabilité personnelle dans l’exercice d’une fonction élective.

Au lieu de réparer, par le comportement et l’exemplarité, l’incident de 2022 avec l’honorable députée Amy Ndiaye, cette quinzième législature continue encore d’écorcher l’image de notre institution à travers la violence et les agressions verbales contre des députés de l’opposition, notamment les honorables Abdou Mbow et Thierno Alassane Sall, lors de la session du 30 septembre 2026.

Une majorité mécanique qui ne tient pas compte des voix discordantes et des critiques objectives ne traduit rien d’autre que la tyrannie de la majorité et étouffe la sacralité de l’institution.

Des pratiques indignes de notre démocratie

Les ruptures promises lors de la campagne des dernières élections législatives ont fini par laisser place à la démagogie et à des tares indignes de notre démocratie :

  • Un combat de personnes et non un combat d’idées ;
  • Des débats de stigmatisation à travers des attaques ethniques ou confrériques ;
  • Des pratiques qui violent la République (installation forcée d’un président avec des chants religieux et un code couleur) ;
  • Des procédures juridiques et réglementaires bafouées pour des raisons partisanes ;
  • Une sélection partisane des scandales visant à établir des commissions d’enquête parlementaire ;
  • Une absence de transparence sur l’utilisation du budget de fonctionnement de l’Assemblée nationale ;
  • Les « mille s’il vous plaît » du président de séance lors des sessions pour faire taire des députés qui s’expriment sans demander la parole ;
  • L’enrichissement personnel avec des salaires démesurés, des émoluments et des avantages (véhicules de fonction, autres primes) jugés scandaleux au vu de la pauvreté de la majorité de la population ;
  • Les députés « godillots » ou « caisses de résonance » : des députés qui se contentent alors de voter aveuglément des lois sans exercer de véritable contrôle électoral ;
  • Le syndrome du député « candidat saisonnier » : de nombreux élus désertent totalement leurs circonscriptions après leur élection et ne réapparaissent qu’à l’approche du scrutin suivant pour solliciter à nouveau les suffrages ;
  • Des débats parlementaires qui dégénèrent en affrontements physiques ou en insultes, ce qui ternit l’image de l’institution ;
  • Des propositions de loi utilisées comme instruments de représailles pour régler des comptes politiques, sans prendre en considération l’avis des citoyens ;
  • Des prises de parole hors sujet pour procéder à des règlements de comptes politiques, avec des invectives, de la grossièreté, des violences verbales, voire parfois physiques ;
  • Des députés qui se détournent des maux des citoyens (famine, chômage, vie chère, accès à l’eau potable, coût élevé de l’électricité et du carburant… ou encore faire un plaidoyer pour aider nos sept compatriotes condamnés à la peine capitale en Arabie saoudite et en Mauritanie) pour se focaliser sur des propositions de loi à caractère politique et de portée non générale.

Des comportements de députés qui, à la fois, symbolisent et influencent la fracture ambiante d’une nation dont les fondements, posés par nos pères fondateurs (Léopold Sédar Senghor, Lamine Guèye, Amadou Makhtar Mbow et les autres), reposaient sur un esprit fraternel malgré le contexte politique de l’époque.

La diversité des points de vue devrait nous enrichir et non nous diviser. Mais, hélas, nos députés du moment ont choisi de se camper dans l’adversité radicale.

Il faut le dire : depuis un certain temps, l’immobilisme et l’absence de dialogue entre les institutions (exécutif et législatif) plombent aujourd’hui le fonctionnement d’une Assemblée qui devrait refléter les préoccupations des populations, à la place des querelles partisanes de borne-fontaine.

Repenser les critères d’éligibilité

Il devient impératif de renforcer les mécanismes de dialogue direct entre les députés et leurs mandants. C’est un levier essentiel pour restaurer la confiance, prévenir les tensions sociales et ancrer durablement la démocratie participative. Les citoyens, en particulier les jeunes, les femmes et les personnes handicapées, expriment un besoin croissant d’être écoutés, compris et associés aux décisions publiques qui impactent directement leurs conditions de vie.

Pour lutter contre ces pratiques à l’avenir, il nous faut obligatoirement repenser les critères d’éligibilité des candidats à la députation.

  • Réformer le mode de scrutin pour les prochaines élections législatives (supprimer les listes nationales = plus de raw gaddu) ;
  • Faciliter les conditions de participation pour les candidats indépendants ;
  • Mettre en place un mécanisme permettant aux députés d’assurer leur redevabilité vis-à-vis de leurs mandants (les citoyens sénégalais) ;
  • Limiter le nombre de mandats des députés ;
  • Supprimer les salaires des députés pour payer des indemnités de session avec des avantages ;
  • Enfin, il faudra repositionner le citoyen dans le processus de décision et de contrôle de l’action publique. Cela va pousser les élus à justifier leurs décisions et à s’assurer qu’elles sont alignées sur les intérêts du public.

Si les députés ne veulent pas, au nom du sens du service, se remettre en cause pour corriger ces tares, il serait mieux que cette Assemblée nationale de déception soit dissoute.


DENIS NDOUR
Consultant en Droits Humains
Président de la LSDH
denisndour@gmail.com

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