Sénégal : Air France met un A350 sur Dakar six jours avant les Jeux, Air Sénégal y vole en affrètement

À compter du 25 octobre, premier jour du programme hiver IATA, le vol quotidien AF718-AF719 entre Paris-Charles-de-Gaulle et Dakar sera opéré en Airbus A350-900, avec un départ à 23h45. LAS Dakar A

À compter du 25 octobre, premier jour du programme hiver IATA, le vol quotidien AF718-AF719 entre Paris-Charles-de-Gaulle et Dakar sera opéré en Airbus A350-900, avec un départ à 23h45. LAS Dakar Aéroport, gestionnaire de la plateforme, annonce assurer les conditions d’accueil de l’appareil.

Deux configurations de cabine seront employées. L’A350A offre 324 sièges, dont 34 en Business, 24 en Premium et 266 en Economy. L’A350S en compte 292, répartis en 48 Business, 32 Premium et 212 Economy. L’écart entre les deux versions, trente-deux sièges, porte presque entièrement sur l’avant de l’appareil : la seconde embarque quatorze sièges Business de plus pour cinquante-quatre sièges Economy de moins. Le choix de la version sur une rotation donnée dira donc, mois après mois, comment Air France lit la demande affaires sur cet axe.

Une question se pose avant d’applaudir. L’A350-900 affiche une envergure de 64,75 mètres, ce qui le place en lettre de code E de l’OACI. C’est la même catégorie d’infrastructure que le Boeing 777-300ER, dont l’envergure atteint 64,80 mètres, et que l’A330-900neo qu’Air Sénégal exploitait précisément sur Paris au départ de cette plateforme. L’AIBD accueille donc cette catégorie d’appareils depuis des années. Dès lors, qu’y a-t-il exactement à saluer, et en quoi les conditions d’accueil annoncées diffèrent-elles de celles déjà assurées pour l’A330neo national ? La réponse appartient au gestionnaire, et elle intéresse les exploitants.

Ce qui change relève de l’exploitation fine. Un A350-900 consomme sensiblement moins par siège qu’un A330 de génération précédente, et sa cabine, pressurisée à une altitude plus basse avec un taux d’humidité supérieur, modifie l’expérience sur une rotation de nuit de près de six heures. Pour l’assistance au sol, l’enjeu porte sur les temps de rotation, la coordination du refueling, le traitement des soutes et la régularité du créneau de nuit, non sur la capacité d’accueil.

La date retenue mérite d’être lue pour ce qu’elle est. Le 25 octobre tombe six jours avant l’ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse, le 31 octobre à Diamniadio. Air France positionne son appareil le plus récent sur Dakar au moment précis où l’aéroport accueillera les délégations de deux cent six comités nationaux olympiques et où la plateforme sera la plus observée de son histoire.

C’est la comparaison avec la compagnie nationale qui donne à cette annonce sa portée réelle. Air Sénégal a perdu ses deux A330-900neo, « Casamance » et « Sine Saloum », repris par leur bailleur en avril 2026 à la suite d’un jugement du Commercial Court de Londres du 28 novembre 2025, pour plus de seize millions d’euros de loyers impayés. Depuis le 17 septembre 2026, l’ensemble de son personnel navigant commercial affecté à Dakar-Paris est suspendu à titre conservatoire, dans le cadre d’une enquête interne sur des soupçons de convoyage rémunéré de colis. La desserte a été maintenue au moyen d’un affrètement avec équipage auprès de la compagnie géorgienne MyWay, qui fournit l’appareil, l’équipage, la maintenance et l’assurance, le vol restant commercialisé sous le code HC. Les vols HC403 et HC404 figuraient encore au programme début octobre, dans un communiqué de reprogrammation daté du 3 octobre.

Le constat est celui d’une place laissée vacante et aussitôt occupée. Sur la ligne la plus fréquentée par la diaspora sénégalaise, le pavillon national vole avec un appareil et un équipage étrangers, tandis que son concurrent européen y engage son appareil le plus récent. Rien n’indique qu’Air France ait arrêté ce choix en fonction des difficultés d’Air Sénégal, et le calendrier d’un changement de type s’arrête des mois à l’avance. Mais le résultat est là : l’A330neo qui portait les couleurs sénégalaises sur Paris a disparu de l’axe, et un A350 aux couleurs françaises y arrive six jours avant les Jeux.

Pour LAS, l’échéance ne se joue pas sur l’accueil d’un A350, qui relève de l’ordinaire pour un aéroport de code E. Elle se joue sur ce qui n’est pas encore public : les temps de traitement bagages en pointe, la disponibilité des matériels de piste lors des arrivées simultanées de délégations, et la capacité à tenir des créneaux de nuit sans report. Ce sont ces indicateurs, et non le type d’appareil, qui diront si la plateforme a franchi un palier.


Alioune Ndiaye

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