Sénégal : équipements américains, policiers espagnols, gestionnaire turc, la sûreté des JOJ se joue à l’AIBD

Le 31 octobre, les délégations de 206 comités nationaux olympiques convergeront vers un seul point d'entrée, l'aéroport international Blaise-Diagne. Deux semaines plus tôt, le 15 octobre, la plateforme recevait des équipements radioscopiques à double vue financés sur fonds propres avec l'appui de la Transportation Security Administration américaine. Entre ces deux dates se joue la crédibilité opérationnelle du Sénégal.

Le 31 octobre, les délégations de 206 comités nationaux olympiques convergeront vers un seul point d’entrée, l’aéroport international Blaise-Diagne. Deux semaines plus tôt, le 15 octobre, la plateforme recevait des équipements radioscopiques à double vue financés sur fonds propres avec l’appui de la Transportation Security Administration américaine. Entre ces deux dates se joue la crédibilité opérationnelle du Sénégal.

Un aéroport n’est pas un site olympique, il est le seul passage obligé

Les Jeux se disputeront sur huit sites de compétition répartis entre Dakar, Diamniadio et Saly, du 31 octobre au 13 novembre, avec environ 2 700 athlètes de 15 à 17 ans, 25 sports de compétition, 10 sports d’engagement et 153 épreuves. Un site de compétition peut être sécurisé par un périmètre et des fouilles. Un aéroport, lui, doit absorber en quelques jours l’arrivée simultanée de délégations, d’officiels, de fédérations, de journalistes et de spectateurs, sans interrompre le trafic commercial régulier.

C’est pourquoi le choix technique annoncé le 15 octobre mérite d’être lu par ce qu’il résout. Un appareil radioscopique à double vue produit deux images d’un même bagage sous des angles différents. Les zones masquées diminuent, les ouvertures manuelles se raréfient, et le débit de la ligne d’inspection filtrage augmente sans que le niveau de détection baisse. Askin Demir, directeur général de LAS, a situé l’enjeu exactement là, en parlant de services d’inspection filtrage irréprochables face au flux attendu.

La machine ne vaut rien sans l’opérateur, et c’est le deuxième volet de l’accord

Le colonel François Sambou, secrétaire général de la Haute Autorité des aéroports du Sénégal, a précisé que la coopération américaine comprend un programme de formation continue destiné aux agents de sûreté. Cette précision vaut autant que la livraison. Une image radioscopique n’arrête rien par elle-même, elle est interprétée par un agent qui dispose de quelques secondes, et la performance d’un poste d’inspection filtrage se mesure au taux de détection de cet agent, pas aux caractéristiques de l’appareil. Les administrations qui achètent du matériel sans financer la formation obtiennent des files d’attente plus longues et une détection inchangée.

Le gestionnaire a fait ce que peu d’exploitants africains font, il a testé en vraie grandeur

Avant la livraison des équipements, Dakar Aéroport et la Haute Autorité des aéroports ont organisé, à la demande de l’État, un exercice grandeur nature sur la plateforme pour éprouver les mécanismes de réaction en cas d’incident majeur. Y participaient la Gendarmerie nationale, la Police nationale, les services des Douanes, les équipes du comité d’organisation et les services aéroportuaires.

Un exercice de ce type est coûteux, perturbant et sans bénéfice commercial immédiat. Il immobilise des personnels, mobilise plusieurs administrations et met en évidence des défauts que personne n’a intérêt à voir écrits. Qu’un exploitant l’ait conduit à moins d’un mois de l’événement en dit plus sur sa préparation que n’importe quelle déclaration d’intention.

Quatre forces, un commandement, et la coordination du ciel confiée aux Armées

Le dispositif national repose sur le Comité national de coordination de la sécurité des Jeux, qui articule Police nationale, Gendarmerie nationale, Armées et Brigade nationale des sapeurs-pompiers. La coordination de la protection de l’espace aérien et de l’espace maritime revient aux Armées, ce qui place l’aéroport à l’intersection des deux chaînes, la sûreté civile à l’intérieur de l’aérogare et la défense aérienne au-dessus.

La montée en puissance a commencé tôt. Dès le 24 mars, le coordonnateur du comité a été reçu par le chef d’état-major général des Armées, le vice-amiral d’escadre Oumar Wade. Les 7 et 8 août, un exercice baptisé Evans a éprouvé pendant quarante-huit heures la réaction des forces de police. Un exercice interforces a ensuite réuni les quatre composantes autour d’un dispositif commun. Le 28 septembre, le directeur de la Sécurité publique, le commissaire divisionnaire de classe exceptionnelle Ndiarra Sène, a inspecté les postes de commandement opérationnels de Dakar et de Thiès-Saly.

Trois drapeaux dans une même salle de commandement

Les JOJ prennent une dimension qui dépasse le sport. Les deux postes de commandement visités le 28 septembre accueillent chacun des officiers de la police espagnole, au titre d’une coopération bilatérale. Le Département de la défense des États-Unis a par ailleurs conduit jusqu’au 18 septembre une formation sur les menaces explosives réunissant Armées, Police et Gendarmerie sénégalaises, avant que la TSA n’appuie l’équipement de l’aéroport en octobre. Et la plateforme elle-même est exploitée par LAS, société qui réunit le turc Limak, l’AIBD et le turc Summa.

Un gestionnaire turco-sénégalais, des équipements et une formation américains, des policiers espagnols dans les salles d’opérations, sous commandement sénégalais. Cette composition n’est pas un hasard de calendrier, elle dessine une doctrine. Dakar a su obtenir des appuis techniques de partenaires qui n’appartiennent pas au même bloc, sans déléguer à aucun la conduite du dispositif. Peu d’États du continent ont réussi cet assemblage sur un événement de cette taille.

Le Sénégal avait un procès en sécurité à gagner, il l’a gagné sur pièces

Il faut rappeler d’où vient cette mobilisation. Un rapport interne de la fédération américaine de gymnastique, fondé sur une mission d’inspection du Comité olympique et paralympique des États-Unis, avait évoqué des failles majeures touchant à la sécurité et aux conditions d’accueil. L’hypothèse d’une absence américaine a circulé. Après le séminaire des chefs de mission organisé à Dakar, l’USOPC a démenti catégoriquement toute idée de boycott et confirmé sa participation.

Entre ce doute et cette confirmation, il y a eu des exercices, des inspections et des livraisons documentées. C’est la différence entre une communication de crise et une démonstration de capacité. Les 166 mesures de régulation de la circulation présentées le 6 octobre par le gouverneur de Dakar, Ousmane Kane, et la mise en service commercial du tronçon du TER reliant Diamniadio à l’aéroport le 28 septembre complètent la chaîne entre l’avion et les sites.

Deux inconnues demeurent, et elles sont de nature différente. Le montant de l’investissement du 15 octobre et la part respective de LAS et de la TSA n’ont pas été publiés, alors que ce chiffre dirait ce que l’exploitant a engagé de ses propres ressources, à un moment où ses créances sur Air Sénégal font l’objet d’un conflit social . Et aucun dispositif de sûreté ne se juge sur son inauguration : il se juge le jour où une délégation de quarante personnes se présente à l’inspection filtrage pendant qu’un vol commercial embarque. Ce jour arrive le 31 octobre.


Alioune Ndiaye

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