Ebola en RDC : 7 475 cas, un virus sans vaccin homologué et un plan financé à moins d’un dixième

Déclarée le 15 mai en Ituri, l’épidémie d’Ebola qui frappe la République démocratique du Congo a franchi 7 475 cas confirmés et 3 605 décès. Elle touche sept provinces, a atteint Kinshasa, l’Ouganda, et donné lieu à trois cas importés en Europe. Elle est causée par le virus Bundibugyo, contre lequel aucun vaccin n’est homologué. Et le plan de riposte, chiffré à 1,3 milliard de dollars, reste très loin d’être financé.

La plus rapide de l’histoire du pays

Au 16 septembre, la RDC a notifié 7 475 cas confirmés, dont 3 605 décès, soit une létalité de 48 %. 905 patients étaient hospitalisés en isolement ; 1 798 personnes ont guéri. L’Ituri, foyer initial, concentre 5 792 cas et 2 642 décès, soit près de 78 % du total. Le Nord-Kivu en compte 1 350, dont 828 décès.

La vitesse est inédite. Selon le CDC américain, l’épidémie a dépassé 1 000 cas confirmés en 40 jours de riposte. Celle de 2018 avait mis environ 235 jours à franchir ce seuil. C’est la dix-septième épidémie d’Ebola en RDC depuis l’identification du virus en 1976, la plus rapide jamais observée dans le pays et la deuxième par son ampleur. Elle survient cinq mois seulement après la fin de la précédente, en décembre 2025.

Sept provinces, et un saut vers l’ouest

L’alerte remonte au 5 mai, lorsque l’OMS est informée d’une maladie inconnue à forte mortalité dans la zone de santé minière de Mongbwalu, avec des décès parmi les soignants. Le 15 mai, l’Institut national de recherche biomédicale confirme le virus Bundibugyo et le gouvernement déclare l’épidémie. Dès le 16 mai, un cas est confirmé à Kinshasa. Le 17 mai, l’OMS déclare une urgence de santé publique de portée internationale.

Le virus a depuis gagné le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé, le Bas-Uélé et la Tshopo. Le 11 septembre, un premier cas a été confirmé dans le Sud-Ubangi, au nord-ouest du pays, à des centaines de kilomètres de l’épicentre, dans une province frontalière de la Centrafrique et du Congo-Brazzaville. Le Sud-Kivu, lui, n’a plus notifié de cas depuis le 29 mai.

Ce saut géographique est le vrai signal. Une amélioration dans certaines zones ne vaut pas maîtrise nationale quand le virus surgit simultanément ailleurs. Les zones touchées cumulent insécurité, déplacements de populations, mobilité minière et passages de frontière quotidiens : exactement les conditions qui font perdre la trace des contacts.

Hors de la RDC : Ouganda, Allemagne, France

L’Ouganda a confirmé son épidémie le même jour que la RDC, après la mort à Kampala d’un Congolais venu du pays voisin. Le CDC y recense 21 cas confirmés et probables et 3 décès.

En Europe, trois cas importés : un ressortissant américain évacué vers l’Allemagne en mai, un cas en France signalé le 24 juin, un autre travailleur humanitaire américain évacué vers l’Allemagne le 13 juillet. Tous trois ont guéri. Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies juge le risque d’importation dans l’Union européenne très faible.

Il faut le dire clairement : urgence internationale ne signifie pas pandémie mondiale. Ebola ne se transmet pas par l’air comme la grippe ou la rougeole, mais par contact direct avec le sang ou les liquides biologiques d’un malade ou d’un défunt, ou avec des objets contaminés. Les chaînes de transmission peuvent donc être rompues — à condition de trouver les malades vite, d’isoler, de suivre les contacts et de sécuriser les funérailles.

Un virus sans vaccin homologué

C’est la faille centrale. Le vaccin Ervebo, homologué et préqualifié par l’OMS, a été développé contre le virus Ebola anciennement appelé Zaïre, responsable de l’épidémie ouest-africaine de 2014-2016. Contre le virus Bundibugyo, il n’existe ni vaccin homologué ni traitement spécifique. Les précédentes épidémies de ce virus ont eu des létalités comprises entre 25 et 50 %. Seuls les soins de soutien précoces sauvent des vies.

Le 20 août, l’OMS et Africa CDC ont salué l’allocation à la RDC de 70 000 doses d’Ervebo par le groupe international de coordination qui gère le stock mondial : 20 000 pour un essai clinique de phase 3 destiné à mesurer son effet contre Bundibugyo, 50 000 pour les soignants et les intervenants de première ligne. L’OMS l’écrit sans détour : on ne sait pas si ce vaccin protège l’homme contre ce virus. Les données de laboratoire et animales suggèrent seulement une possible protection.

L’essai a démarré. Le 19 septembre, Médecins sans frontières et son centre de recherche Epicentre ont lancé une étude qui suivra 20 000 travailleurs de première ligne en Ituri et au Nord-Kivu pendant neuf à douze mois. Selon les autorités sanitaires congolaises, plus de 3 000 personnes avaient déjà été vaccinées dans la Tshopo et plus de 700 dans le Bas-Uélé dans le cadre de l’essai. Le responsable de la riposte, le professeur Steve Ahuka, reconnaît que personne ne sait encore à quel pourcentage le vaccin pourrait être efficace. La RDC soigne et cherche en même temps.

1,3 milliard de dollars demandés

Le 4 septembre, à Kinshasa, le gouvernement a lancé avec l’OMS, Africa CDC et le système des Nations unies un plan multisectoriel révisé de 180 jours : détection rapide, laboratoires, prise en charge, recherche des contacts, prévention dans les structures de santé, surveillance transfrontalière, engagement communautaire. Son coût est estimé à 1,3 milliard de dollars.

L’appel a reçu une première réponse chiffrée : le Royaume-Uni a annoncé plus de 50 millions de livres supplémentaires, portant son engagement total à 78 millions de livres — environ 105 millions de dollars. C’est à peine 8 % du besoin. Les instruments de la riposte sont connus et éprouvés. Ce qui manque, ce sont les moyens de les déployer partout à la fois, dans un pays immense, en zone de conflit, avant que le virus ne prenne une nouvelle longueur d’avance.

La bataille se gagne dans les villages

Aucune épidémie d’Ebola n’a été vaincue depuis les seuls laboratoires. Une famille qui cache un malade par peur de l’isolement prolonge une chaîne. Des funérailles sans protection exposent des dizaines de personnes. Une rumeur contre les équipes médicales ferme des portes. À l’inverse, une communauté qui reconnaît les symptômes et alerte devient elle-même une ligne de défense — c’est l’approche que défendent l’OMS et Africa CDC.

Le risque d’une pandémie mondiale n’est pas le sujet. Le sujet est plus simple et plus dur : une épidémie qui avance plus vite que toutes les précédentes, contre un virus sans vaccin homologué, avec une riposte financée à moins d’un dixième, devient chaque semaine plus difficile et plus coûteuse à arrêter. Chaque malade isolé à temps, chaque contact retrouvé, chaque soignant protégé compte. Le financement aussi.


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