Sénégal : au Camp Daara 2026, l’AEEMS place l’éthique numérique au cœur de l’éducation des jeunes

À Saint-Louis, l’Association des élèves et étudiants musulmans du Sénégal (AEEMS) a choisi de faire du numérique un sujet de citoyenneté. À l’occasion de sa Journée de la citoyenneté et de l’excellence, organisée dans le cadre du Camp Daara 2026, l’association a appelé à un usage plus responsable des réseaux sociaux, avec un discours centré sur la protection de la dignité, la maîtrise des comportements en ligne et le respect des libertés fondamentales.

À Saint-Louis, l’Association des élèves et étudiants musulmans du Sénégal (AEEMS) a choisi de faire du numérique un sujet de citoyenneté. À l’occasion de sa Journée de la citoyenneté et de l’excellence, organisée dans le cadre du Camp Daara 2026, l’association a appelé à un usage plus responsable des réseaux sociaux, avec un discours centré sur la protection de la dignité, la maîtrise des comportements en ligne et le respect des libertés fondamentales.

Le thème retenu — « Repenser l’usage du numérique : un pas vers une refondation morale des réseaux sociaux » — résume l’approche choisie par l’organisation. Il ne s’agit pas de rejeter les plateformes numériques, mais de questionner les pratiques qui les accompagnent, particulièrement chez les élèves et les étudiants, devenus à la fois consommateurs, producteurs et relais d’information.

Dans le discours lu par Ibrahima Diallo, responsable du Département de l’Éducation citoyenne de l’AEEMS, l’association a mis en avant plusieurs dérives qu’elle juge préoccupantes : discours de haine, insultes, violence verbale, cyberharcèlement, diffusion de fausses informations, contenus obscènes et atteintes à la vie privée. Elle alerte également sur les prises de parole visant des personnes ou des groupes selon leur appartenance ethnique, régionale ou politique, considérant que ces pratiques peuvent fragiliser la cohésion sociale.

Cette prise de position s’inscrit dans le thème général du Camp Daara 2026, organisé à Saint-Louis du 5 au 13 septembre autour du mot d’ordre « Retour aux valeurs cardinales dans une société en décadence ». Selon le programme officiel de l’AEEMS, ces neuf jours associent formation religieuse, enseignement, citoyenneté, culture, orientation et engagement social.

L’enjeu numérique y occupe ainsi une place cohérente avec la vocation générale du camp. Créée en 1993, l’AEEMS présente son action comme un travail de formation religieuse, pédagogique et citoyenne auprès des élèves et étudiants musulmans, avec l’ambition de concilier foi, savoir et responsabilité sociale.

Mais le message porté à Saint-Louis va au-delà d’un simple rappel moral. L’association appelle à la création d’un cadre d’action et de régulation en faveur d’un cyberespace éthique, en impliquant plusieurs niveaux de responsabilité : l’État, les familles, l’école, les acteurs sociaux et les jeunes eux-mêmes.

Cette répartition des responsabilités est importante. L’AEEMS insiste sur l’autodiscipline numérique des jeunes, mais elle ne fait pas reposer toute la charge sur les utilisateurs. Elle invite également les parents à renforcer la transmission des valeurs, l’école à développer le civisme numérique et l’État à garantir un encadrement juridique adapté aux abus observés en ligne.

L’association introduit cependant une limite essentielle : la régulation ne doit pas conduire à sacrifier la liberté d’expression ou les droits fondamentaux. Ce point donne au discours une portée plus équilibrée, car il évite de réduire le débat à une opposition entre contrôle des réseaux sociaux et liberté numérique.

Cette distinction est centrale dans les débats actuels sur la gouvernance numérique. Lutter contre le harcèlement, les appels à la haine, les manipulations ou les atteintes à la vie privée exige des mécanismes de prévention, d’éducation et de recours. Mais une régulation trop large ou imprécise peut aussi ouvrir la voie à des restrictions disproportionnées de la parole publique. C’est donc moins la présence d’une règle qui importe que sa précision, sa transparence et son respect des droits.

L’AEEMS adopte également une position nuancée sur les réseaux sociaux eux-mêmes. Elle reconnaît leur potentiel éducatif et spirituel, en particulier pour l’accès au savoir, la diffusion de contenus pédagogiques et la mise en relation des communautés. Sa critique porte donc d’abord sur les usages et non sur l’outil.

C’est probablement l’un des aspects les plus solides de cette initiative.

La transformation numérique des pratiques étudiantes est désormais difficilement réversible. Les jeunes s’informent, communiquent, débattent, apprennent et organisent une partie croissante de leur vie sociale sur les plateformes numériques. Dans ce contexte, la simple interdiction ou la dénonciation morale ne suffisent pas. La question devient celle de la formation à l’usage : savoir identifier une information douteuse, protéger ses données personnelles, mesurer la portée d’une publication et comprendre qu’un comportement en ligne peut avoir des conséquences réelles.

La Journée de la citoyenneté et de l’excellence s’inscrit justement dans cette logique pédagogique. L’AEEMS cherche à articuler valeurs religieuses, responsabilité civique et culture numérique au sein d’un même dispositif de formation.

Le Camp Daara lui-même est présenté par l’organisation comme son principal cadre annuel de formation spirituelle et citoyenne. Le programme officiel prévoit conférences, cours religieux, activités culturelles, ateliers et sessions de formation, avec l’Université Gaston Berger comme l’un des principaux espaces d’accueil.

L’intérêt de l’initiative réside donc moins dans la dénonciation des dérives numériques — désormais largement documentées dans toutes les sociétés connectées — que dans la tentative de les replacer dans un projet éducatif plus large.

Au Sénégal, où les réseaux sociaux jouent un rôle croissant dans les débats politiques, sociaux et communautaires, la question de la responsabilité numérique ne peut plus être considérée comme secondaire. Elle touche directement la formation des jeunes, le rapport à l’information, la réputation des personnes, la cohésion sociale et la qualité du débat public.

En choisissant d’intégrer ce sujet au Camp Daara 2026, l’AEEMS pose ainsi une question concrète : comment former des jeunes capables d’utiliser pleinement les outils numériques sans en reproduire les dérives ?

Sa réponse repose sur trois leviers clairement identifiés : éducation, responsabilité et régulation proportionnée. Sur ce point, l’initiative dépasse le seul cadre religieux et rejoint un défi beaucoup plus large de société : faire de la citoyenneté numérique une compétence aussi importante que l’accès aux technologies elles-mêmes.

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