Rufisque : Quand les vivants n’ont plus de place pour honorer leurs morts (Par Aly Saleh)
Il est des crises qui dépassent le cadre de la simple gestion urbaine pour toucher au cœur même de notre humanité et de notre foi. Ce que vit la communauté de Rufisque aujourd’hui n’est pas seulement un problème de foncier ou d’aménagement du territoire. C’est un drame social, religieux et moral. Une ville historique, carrefour de traditions, se retrouve aujourd’hui face à une réalité insoutenable : l’impossibilité d’offrir une sépulture digne à ses enfants.
L’alerte est lancée depuis des années. Avec les cimetières de Thiawlène et de Diokoul qui affichent complet, la pression sur le site de Dangou est devenue intenable. Ce dernier ne craque pas seulement sous le poids de la démographie locale, mais subit également l’effet de l’expansion fulgurante de la grande banlieue dakaroise, de Keur Massar à Jaxaay. Face à cette marée humaine qui grandit, l’espace du repos éternel, lui, rétrécit à vue d’œil.
La mobilisation exceptionnelle de ce week-end, portée d’une seule voix par les imams, les dignitaires coutumiers et la jeunesse, montre que le seuil de tolérance de la population a été franchi. Devant l’inertie des réponses locales et l’immensité des coûts financiers en jeu, l’attente des populations s’est déplacée. Elle ne se tourne plus vers les promesses municipales, mais vers le sommet de l’État.
L’enjeu est désormais clair : il tient en un espace de 9 hectares attenant au cimetière de Dangou. Une propriété privée que seule la puissance publique peut arracher à la spéculation foncière. L’unique clé de sortie de cette crise est la signature d’un décret d’expropriation pour cause d’utilité publique.
Le respect des morts est le miroir de la dignité des vivants. Ignorer ce cri du cœur venu de Rufisque, ce ne serait pas seulement faire la sourde oreille à une revendication citoyenne, ce serait fragiliser le pacte social et spirituel qui unit notre nation. Monsieur le Président de la République, la balle est dans votre camp. Les Rufisquois, dans le calme mais avec une détermination inébranlable, attendent l’acte officiel qui rendra à leurs défunts la dignité qu’ils méritent.
Aly Saleh



