États-Unis : Vance reproche à Microsoft 6 000 licenciements et 6 300 visas H-1B, l’entreprise répond 9 200 embauches américaines

Le vice-président américain JD Vance a affirmé le 8 octobre à Washington que Microsoft avait licencié 6 000 travailleurs américains l'an dernier tout en bénéficiant de 6 300 visas H-1B et de près de 3 000 cartes vertes. Le président de l'entreprise, Brad Smith, a répondu le mercredi 14 octobre depuis l'Irlande que cette présentation était « complètement à côté de la plaque » et que Microsoft avait embauché 9 200 travailleurs américains sur le même exercice.

Le vice-président américain JD Vance a affirmé le 8 octobre à Washington que Microsoft avait licencié 6 000 travailleurs américains l’an dernier tout en bénéficiant de 6 300 visas H-1B et de près de 3 000 cartes vertes. Le président de l’entreprise, Brad Smith, a répondu le mercredi 14 octobre depuis l’Irlande que cette présentation était « complètement à côté de la plaque » et que Microsoft avait embauché 9 200 travailleurs américains sur le même exercice.

Le calcul de Vance, livré lors d’une conférence de presse consacrée à la fraude aux visas, aboutissait à une formule sans ambiguïté : pour chaque salarié licencié, Microsoft en aurait remplacé un et demi par des travailleurs étrangers qu’il a qualifiés de serviteurs sous contrat. Le secrétaire au Travail Keith Sonderling et le procureur général Todd Blanche se tenaient à ses côtés.

La mesure annoncée ce jour-là interdit à plusieurs entreprises technologiques de demander la résidence permanente pour leurs titulaires de visas H-1B. Des enquêtes ont été ouvertes sur Microsoft et Adobe, et six sociétés de services informatiques ont été suspendues : Cognizant, Infosys, Tata, Wipro, HCL et Capgemini.

La procédure visée s’appelle PERM, et elle n’est pas le visa H-1B. Le H-1B autorise un professionnel étranger qualifié à travailler temporairement aux États-Unis, pour trois ans renouvelables jusqu’à six. Le PERM permet ensuite à ce titulaire de basculer vers la carte verte, c’est-à-dire la résidence permanente, pour lui et souvent pour sa famille. L’employeur doit y démontrer qu’aucun Américain ne peut occuper le poste, et c’est sur cette démonstration que portent les accusations d’abus, certaines entreprises étant soupçonnées de publier les annonces dans des supports confidentiels et de rédiger les intitulés sur mesure pour le titulaire du visa.

La réponse de Brad Smith porte précisément sur ce point. Selon lui, la grande majorité des demandes de visas comme de cartes vertes ne concernait pas de nouveaux employés mais des personnes qui travaillaient déjà chez Microsoft, souvent depuis des années, l’arriéré des services d’immigration allongeant les délais. Il a ajouté que les titulaires de H-1B n’étaient pas moins payés que leurs collègues nés aux États-Unis.

Smith a également relevé une coïncidence de calendrier. Le jour même où Vance annonçait les suspensions, Donald Trump remettait la médaille nationale de la technologie au directeur général de Microsoft, Satya Nadella, ancien titulaire d’un visa H-1B. Sur les six Américains distingués ce jour-là, cinq étaient arrivés aux États-Unis comme immigrés, et Smith souligne que leurs entreprises réunies pèsent plus du quart de la valeur boursière du S&P 500.

Stuart Anderson, directeur exécutif de la National Foundation for American Policy, estime que l’effet principal de cette décision sera de pousser les entreprises à investir et recruter davantage hors des États-Unis, en particulier pour la recherche et le développement, ce qui nuirait aux travailleurs américains plus que les faits allégués. Il rappelle que le flux annuel de titulaires de H-1B représente 0,05 % de la population active américaine, que jusqu’à 80 % des étudiants à temps plein en master dans les filières liées à l’intelligence artificielle sont internationaux, et que 59 % des startups américaines valorisées à plus d’un milliard de dollars comptent au moins un fondateur immigré.

Cette suspension s’inscrit dans une série de mesures. L’administration a instauré des frais de 100 000 dollars pour les nouvelles demandes de H-1B, durci les règles applicables en fin de visa ou en cas de perte d’emploi, et le ministère de la Sécurité intérieure a annoncé cette semaine la suppression des renouvellements automatiques, chaque dossier devant être réexaminé même lorsque rien n’a changé. Pour les professionnels africains employés dans la technologie américaine, c’est ce dernier point qui pèse le plus lourd, puisqu’il remet en cause la stabilité de situations déjà acquises. Microsoft, sollicitée, a indiqué n’avoir rien à ajouter.


Alioune Ndiaye

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