Équipe de France : derrière les premières préconvocations de Zidane, le début d’une concurrence généralisée chez les Bleus
Équipe de France : derrière les premières préconvocations de Zidane, le début d’une concurrence généralisée chez les Bleus
Zinédine Zidane n’a encore convoqué officiellement aucun joueur. Pourtant, sa première liste fait déjà événement. Estéban Lepaul, Pablo Pagis, Enzo Le Fée, Lucas Da Cunha et plusieurs autres joueurs ont été cités parmi les préconvoqués avant le premier rassemblement du nouveau sélectionneur. Une cinquantaine de noms circuleraient dans cette sélection élargie. L’information est réelle, mais sa signification mérite d’être clarifiée : une préconvocation n’est ni une sélection, ni même la promesse d’une sélection.
La véritable première liste de Zidane sera dévoilée vendredi 18 septembre à 18 heures, au siège de la Fédération française de football. Elle ouvrira officiellement l’après-Didier Deschamps, quatorze années après la prise de fonctions de celui qui a conduit les Bleus au titre mondial en 2018.
Le calendrier ne laissera guère au nouveau sélectionneur le temps de s’installer. La France disputera quatre rencontres de Ligue des nations en onze jours : en Turquie le 25 septembre, en Belgique le 28, puis au Stade de France contre l’Italie le 2 octobre et la Belgique le 5. Ce programme, confirmé par la FFF, explique aussi pourquoi le groupe définitif pourrait être plus large que les 23 joueurs généralement convoqués.
Mais l’agitation autour de la préliste dit surtout quelque chose de très particulier : après quatorze années de Deschamps, personne ne connaît encore véritablement la hiérarchie de Zidane.
Sous son prédécesseur, les préconvocations suscitaient beaucoup moins d’attention. Le noyau de l’équipe était connu, certains joueurs bénéficiant d’une confiance durable dès lors qu’ils restaient compétitifs dans leurs clubs. La marge disponible pour les nouveaux venus existait, mais elle était relativement identifiable.
Avec Zidane, tous les compteurs ne sont évidemment pas remis à zéro. Kylian Mbappé, Ousmane Dembélé, Michael Olise, Rayan Cherki, Désiré Doué, Bradley Barcola et les autres internationaux installés ne perdent pas soudain leur statut parce qu’un nouveau sélectionneur arrive.
En revanche, la périphérie du groupe France redevient extrêmement ouverte.
C’est dans cette zone qu’il faut lire les noms qui émergent aujourd’hui.
Estéban Lepaul constitue le cas le plus spectaculaire. À 26 ans, l’attaquant de Rennes n’a encore jamais porté le maillot de l’équipe de France A. Mais il sort d’une saison à 21 buts en Ligue 1 et a déjà inscrit trois buts lors de ses trois premières rencontres de championnat cette saison. Sa préconvocation a été confirmée par plusieurs médias français.
Pablo Pagis appartient à une autre catégorie : celle des joueurs dont la progression récente a suffisamment attiré l’attention pour les faire entrer dans le champ de surveillance du nouveau staff. Enzo Le Fée, désormais à Sunderland, apparaît lui aussi parmi les joueurs observés. D’autres noms ont circulé, dont le jeune défenseur lensois Ismaëlo Ganiou et Andy Diouf.
Il faut cependant résister à la tentation d’en tirer déjà le onze de Zidane.
Une préconvocation est d’abord une précaution administrative
La procédure existe depuis longtemps.
Avant les fenêtres internationales, les fédérations préviennent les clubs qu’un joueur est susceptible d’être appelé. Cela permet à ces derniers d’anticiper son éventuelle absence et au sélectionneur de conserver plusieurs solutions jusqu’à la publication de sa liste définitive.
Le nombre de joueurs concernés peut donc être largement supérieur à celui des internationaux qui rejoindront effectivement Clairefontaine.
Selon les informations publiées autour de cette première sélection, le fichier français atteindrait cette fois une cinquantaine de joueurs.
Un joueur peut ainsi recevoir plusieurs préconvocations au cours de sa carrière sans jamais connaître une sélection en équipe A.
La nuance est fondamentale, notamment parce que certains clubs ont commencé à communiquer publiquement sur ces courriers. Pour un joueur qui n’a jamais approché l’équipe de France, recevoir une préconvocation demeure une reconnaissance. Pour son club, l’information constitue également une valorisation sportive.
Mais pour Zidane, cette liste élargie possède une autre utilité : elle lui permet de commencer son mandat sans figer immédiatement sa hiérarchie.
C’est probablement l’enseignement le plus intéressant de cette première séquence.
Zidane observe large avant de choisir
Le nouveau sélectionneur aurait pu reprendre presque mécaniquement l’effectif de la dernière Coupe du monde, procéder à quelques ajustements liés aux blessures et différer les changements importants.
Les premiers indices montrent une approche plus ouverte.
Préconvoquer des joueurs éloignés jusque-là de Clairefontaine revient à leur signifier qu’ils sont désormais suivis. Cela ne constitue pas une révolution tactique, encore moins une rupture avec l’ère Deschamps. C’est d’abord une manière de réintroduire de la concurrence.
Pour des joueurs situés juste derrière les internationaux installés, le message est considérable.
Le statut passé ne suffira peut-être plus. La performance en club, l’état physique, la compatibilité avec les besoins du sélectionneur et la forme du moment peuvent redistribuer certaines places.
Cette ouverture pourrait également devenir nécessaire compte tenu de l’enchaînement exceptionnel des quatre rencontres de septembre et octobre. Zidane devra gérer les temps de jeu, les risques de blessure et des joueurs qui arriveront après plusieurs semaines déjà chargées avec leurs clubs.
Il aura donc intérêt à disposer immédiatement d’un groupe suffisamment profond.
Mais il serait prématuré d’en déduire que Zidane prépare un grand renouvellement.
La France reste l’une des sélections disposant du plus grand réservoir de joueurs de très haut niveau. La difficulté du nouveau sélectionneur ne sera probablement pas de trouver des internationaux : elle sera d’établir une hiérarchie parmi eux.
Et c’est précisément pourquoi les préconvocations prennent aujourd’hui une importance inhabituelle.
Le premier véritable choix viendra vendredi
Pour Lepaul, Pagis, Le Fée ou les autres nouveaux noms apparus ces derniers jours, la première victoire est déjà d’être entrés dans le radar.
La seconde étape sera autrement plus difficile : franchir le passage entre la cinquantaine de joueurs surveillés et ceux qui seront effectivement convoqués.
Vendredi permettra donc de séparer deux informations que l’emballement actuel tend parfois à confondre : les joueurs que Zidane veut observer et ceux avec lesquels il veut immédiatement commencer à travailler.
C’est seulement à partir de cette liste qu’il deviendra possible de rechercher les premières orientations sportives du nouveau sélectionneur : profils privilégiés, équilibre entre générations, concurrence par poste et éventuelles ruptures avec les choix de Didier Deschamps.
Pour l’instant, les préconvocations délivrent un message plus simple.
Zidane ne semble pas vouloir commencer son mandat avec un groupe fermé. Il regarde plus loin que les internationaux habituels et remet plusieurs joueurs dans la course. Cela ne signifie pas que cinquante hommes ont une chance égale de devenir internationaux. Cela signifie que, pour la première fois depuis longtemps, les frontières exactes de l’équipe de France sont redevenues difficiles à tracer.
Pour les cadres, ce n’est pas encore une révolution. Pour ceux qui frappaient depuis longtemps à la porte sans savoir si quelqu’un les regardait, c’est déjà un changement.



