Cancer: Sept malades sur dix arrivent trop tard, et la radiothérapie publique reste inaccessible
Environ 2 220 nouveaux cas de cancer du sein chaque année au Sénégal et plus de 1 300 décès. Le chiffre a été donné dimanche par le docteur Fatma Guenoune, présidente de la Ligue sénégalaise contre le cancer, au lancement d’Octobre Rose. Un autre chiffre, qu’elle rappelle depuis des années, explique mieux encore la mortalité : sept malades sur dix arrivent à un stade avancé, alors qu’un cancer du sein dépisté tôt guérit dans neuf cas sur dix.
Le lancement, dimanche 27 septembre, a pris la forme d’une randonnée pédestre qui a rassemblé plus de 3 400 personnes, sous le thème « Agir pour la vie ». À partir du 1er octobre, la Ligue ouvre des consultations de dépistage à son siège, du lundi au samedi, et accompagnera les femmes chez lesquelles une anomalie sera détectée. Les pharmaciens du pays sont mobilisés pour tout le mois. DP World, la Fondation Sénégal Solidaire et Wave Sénégal figurent parmi les partenaires de cette édition.
Il faut commencer par ce que le dépistage change concrètement, parce que c’est l’information la plus utile de tout ce dossier. Une tumeur détectée petite se traite par chirurgie conservatrice, sans ablation du sein, avec une radiothérapie ciblée et parfois sans chimiothérapie. Détectée tard, elle impose la chimiothérapie, souvent la mastectomie, et les chances de guérison chutent. L’autopalpation, que les spécialistes recommandent d’apprendre dès la vingtaine, ne coûte rien et repère les changements qui doivent conduire à consulter : une masse, une rougeur, une déformation, un écoulement, un ganglion sous l’aisselle.
Des chiffres qui bougent d’une année à l’autre
Un examen attentif des données publiées au fil des ans révèle une difficulté de fond. En octobre 2025, la même responsable faisait état de 1 838 nouveaux cas de cancer du sein et de 976 décès, et présentait alors le cancer du col de l’utérus comme le plus répandu avec 2 064 cas. Un an plus tard, le cancer du sein passe au premier rang avec 2 220 cas et plus de 1 300 décès. En 2020, un chiffre de 7 000 cas annuels circulait, attribué à des sources officielles.
Ces écarts ne mettent pas en cause la Ligue, qui communique les données dont elle dispose. Ils signalent autre chose : le Sénégal ne publie pas de registre national du cancer consolidé et régulier. Or on ne planifie pas une politique de santé publique sur des estimations qui varient de vingt pour cent d’une année à l’autre. Combien d’appareils de mammographie faut-il installer, où, pour quelle population cible, à quel rythme de renouvellement ? Ces décisions supposent un dénombrement fiable, par région et par tranche d’âge. C’est un chantier moins visible qu’une campagne de sensibilisation, et il en conditionne l’efficacité.
Ce qui est gratuit, ce qui ne l’est pas
Depuis le 1er octobre 2019, la chimiothérapie est gratuite dans les établissements publics pour les cancers du sein et du col de l’utérus, et prise en charge à hauteur de 60 % pour les autres cancers. La mesure a mis fin à une situation où une chimiothérapie coûtait entre 200 000 et 1 500 000 francs CFA, somme hors d’atteinte pour la plupart des familles. Elle reste, sept ans après, l’une des décisions de santé publique les plus lourdes de conséquences prises au Sénégal.
Deux verrous demeurent toutefois, et ils sont documentés. Le premier se situe en amont : la gratuité porte sur le traitement, pas sur le diagnostic. Une mammographie, une biopsie et les examens d’imagerie restent à la charge des patientes, ce qui produit une situation paradoxale où une femme sans ressources ne peut pas accéder à une chimiothérapie gratuite faute de pouvoir payer les examens qui l’établissent. Des associations de patientes réclament depuis des années la gratuité du diagnostic.
Le second verrou se situe en aval, et c’est le plus sérieux. En janvier 2026, le docteur Guenoune a déclaré que l’accès à la radiothérapie reste problématique au Sénégal, en l’absence d’appareils fonctionnels dans les structures publiques. La radiothérapie est l’une des trois étapes du traitement, avec la chirurgie et la chimiothérapie. Sans elle, une chirurgie conservatrice devient difficile à proposer, et le recours à l’ablation augmente. Les patientes que la Ligue accompagne sont orientées vers des structures privées, ce qui replace une dépense au centre d’un parcours que la gratuité devait précisément dégager. La chirurgie, environ 300 000 francs, et la radiothérapie, environ 150 000, restent par ailleurs à la charge des familles.
La présidente de la Ligue a d’ailleurs relevé dimanche le coût élevé de la prise en charge et appelé à un renforcement du soutien financier à son organisation. Une association de bénévoles finançant des traitements par des collectes et des partenariats d’entreprise en dit long sur l’endroit où passe aujourd’hui la ligne de partage entre ce que l’État couvre et ce qui reste à trouver ailleurs.
Reste l’essentiel, et il ne dépend d’aucun budget. Pendant tout le mois d’octobre, le dépistage est accessible au siège de la Ligue, du lundi au samedi, et dans les structures qui s’associent à la campagne. Une consultation prend quelques minutes. Les femmes de la diaspora qui rentrent au pays en octobre peuvent en profiter, comme celles qui accompagnent une mère, une sœur ou une voisine qui n’irait pas seule. Sur 2 220 diagnostics annuels, la différence entre un dépistage précoce et une consultation tardive se compte en centaines de vies.
Alioune Ndiaye
Sources : Ligue sénégalaise contre le cancer, Agence de presse sénégalaise, Le Soleil (27 septembre 2026), ministère de la Santé et de l’Action sociale, France 24, Ouestaf, Le360 Afrique, SenePlus. Texte : Africa7 Média.


