Sénégal : un accord d’entreprise, deux directeurs généraux mis en cause, une grève le jour de l’ouverture des JOJ
L'intersyndicale SYNPICS-SYNPAP de la Radiodiffusion télévision sénégalaise a décrété une grève générale de soixante-douze heures, du samedi 31 octobre au lundi 2 novembre. Les Jeux olympiques de la jeunesse s'ouvrent le 31 octobre au stade Abdoulaye-Wade de Diamniadio, et la télévision publique en est le diffuseur national.
L’intersyndicale SYNPICS-SYNPAP de la Radiodiffusion télévision sénégalaise a décrété une grève générale de soixante-douze heures, du samedi 31 octobre au lundi 2 novembre. Les Jeux olympiques de la jeunesse s’ouvrent le 31 octobre au stade Abdoulaye-Wade de Diamniadio, et la télévision publique en est le diffuseur national.
Au cœur du conflit, un seul document, l’accord d’entreprise de la RTS, qui fixe les règles de travail des agents. Et deux mises en cause qui visent deux hommes différents.
Le Premier ministre Ahmadou Alhaminou Lo s’en est pris à celui qui l’a signé. Devant les centrales syndicales et le patronat, il a reproché à l’ancien directeur général Racine Talla d’avoir conclu cet accord avant son départ sans que la société dispose des ressources pour l’honorer. « Tout directeur général qui fera cela s’exposera à ce que nous utilisions tous les moyens de droit à son encontre, parce que c’est de la trahison », a-t-il averti, en reconnaissant l’objection qui lui sera faite : « On nous opposera la continuité de l’État, mais la situation est difficile. »
Les syndicats, eux, visent celui qui l’a suspendu. Ils accusent le directeur général en exercice, Pape Alé Niang, d’avoir suspendu l’accord de manière unilatérale et sans fondement juridique, et lui reprochent de refuser le dialogue depuis des mois. Youssouf Kaba, secrétaire général de la section SYNPICS de la RTS et porte-parole de l’intersyndicale, a présenté le dépôt du préavis de grève comme une première dans l’histoire de la chaîne.
La chronologie montre une escalade méthodique. Dès juillet, les syndicats brandissaient la menace d’un boycott de la couverture des Jeux si l’accord n’était pas rétabli. Le 1er septembre, l’intersyndicale déposait son préavis auprès de la Direction générale du travail. Le 10 septembre, une marche partait de la Poste de la Médina vers le siège du Triangle Sud. Le 23 septembre, après trois heures de négociations avec les autorités, le sit-in prévu le lendemain était suspendu, sans que le préavis soit retiré : il est entré en vigueur le 1er octobre. Vient aujourd’hui la grève de soixante-douze heures.
Le Premier ministre annonce de nouvelles discussions, mais en fixant sa position avant de s’asseoir. « Nous allons donc nous rasseoir avec eux pour leur faire comprendre que la RTS n’a pas les moyens de faire cela, et nous allons essayer de discuter. » Il assume par ailleurs d’avoir reçu d’abord les centrales et le patronat, au nom de l’ordre protocolaire, et d’avoir fait recevoir la RTS de façon informelle.
La date choisie par les syndicats n’a rien d’un hasard de calendrier. Un mouvement de trois jours à partir du 31 octobre frappe précisément le moment où la télévision publique dispose de son maximum d’audience et où l’État a le plus besoin d’elle, pour le premier événement olympique organisé sur le continent africain. C’est la seule fenêtre de l’année où le rapport de force penche du côté des agents, et ils l’ont retenue.
Le climat social dépasse d’ailleurs la seule RTS, la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal ayant appelé à une grève générale les 21, 22 et 23 octobre.
Deux chiffres manquent et ils décideraient du débat : le coût annuel de l’accord pour la RTS, et l’état exact de ses comptes. Ni l’un ni l’autre n’ont été rendus publics. Il reste quatorze jours pour trouver une issue.
Alioune Ndiaye



