Sénégal : le colonel Georges Boissy, officier à Ziguinchor et bâtisseur du village que l’armée avait détruit
Dans le cimetière de Mandina Mancagne, à côté de l'église, une tombe retient encore les regards. Celle du colonel Georges Boissy, né le 24 avril 1938, fils de Raphaël Boissy, ancien chef de corps du 5e bataillon d'infanterie. Le camp militaire de ce bataillon, à Ziguinchor, porte aujourd'hui son nom.
Dans le cimetière de Mandina Mancagne, à côté de l’église, une tombe retient encore les regards. Celle du colonel Georges Boissy, né le 24 avril 1938, fils de Raphaël Boissy, ancien chef de corps du 5e bataillon d’infanterie. Le camp militaire de ce bataillon, à Ziguinchor, porte aujourd’hui son nom.
Sa carrière a suivi la ligne des responsabilités les plus exposées. Il a dirigé l’École nationale des officiers d’active de Thiès entre 1987 et 1990, puis commandé la zone militaire numéro 5, celle de Ziguinchor, c’est-à-dire la région où se déroulait le conflit casamançais. Hyppolite Minkette, jeune cadre du village, rappelle ces fonctions dans les témoignages recueillis à Mandina Mancagne.
C’est la suite qui rend ce parcours singulier. Mandina Mancagne, situé à trois kilomètres de Ziguinchor, figurait parmi les bastions du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance. Le 19 août 1997, une embuscade y a coûté la vie à des dizaines de soldats sénégalais, 25 selon certaines sources, 33 selon d’autres, et la date reste inscrite comme l’une des plus meurtrières de l’histoire de l’armée. La riposte a suivi, les habitants ont fui vers Ziguinchor ou vers la Guinée-Bissau, et le village est resté vide.
Le village en question était le sien. Après sa retraite, Georges Boissy s’est investi dans sa reconstruction et dans le retour des familles déplacées. Hyppolite Minkette le décrit comme un catalyseur de ce mouvement. À Mandina Centre, Dominique Mancabou résume la mémoire locale en une formule, Georges Boissy y est « l’absent le plus présent », et rappelle son soutien aux équipements collectifs du village.
Un officier supérieur qui a commandé la zone militaire d’un conflit et qui consacre ensuite ses dernières années à relever un village pris dans ce même conflit, cela ne s’invente pas et cela ne se décrète pas davantage. C’est ce qui explique que son nom tienne dans deux mémoires qui se parlent rarement, celle de l’institution militaire et celle d’une population civile de Casamance.
Le camp Colonel Georges Boissy n’est d’ailleurs pas un lieu de commémoration figé. L’hôpital militaire Médecin-colonel Georges Nioucky, qui s’y trouve, vient de recevoir un centre d’imagerie médicale doté d’un scanner, inauguré par le directeur du Service de santé des Armées, le médecin-colonel Abdou Razak Ndiaye, et financé sur l’engagement du chef d’état-major général des Armées, le vice-amiral d’escadre Oumar Wade. L’équipement bénéficie aux militaires, à leurs familles et aux populations de la région sud.
Le nom de l’officier reste ainsi attaché à un lieu qui soigne des civils casamançais, là où il a commandé des opérations. Vingt et un ans après sa disparition, c’est la forme la plus concrète que peut prendre un hommage.



