Sénégal : le waqf pèse 4,6 milliards, l’immeuble censé le financer en coûte bien davantage
Le Premier ministre Ahmadou Alhaminou Lô a reçu le 9 octobre les responsables de la Haute Autorité du Waqf, rattachée à la Primature, pour examiner son plan stratégique et le lancement annoncé du Fonds waqf public. La séance a réuni le directeur général, Dr Ahmed Lamine Athie, et le président de la Commission de supervision, El Hadj Amar Lô. Le chef du gouvernement a réaffirmé son soutien institutionnel.
Le waqf est une dotation perpétuelle. Un bien ou une somme est immobilisé, et seuls ses revenus financent l’objet choisi, ce qui distingue le mécanisme d’un don ordinaire, consommé une fois. Appliqué à une politique publique, il doit produire un revenu année après année sans peser sur le budget. L’État du Sénégal a créé le waqf public monétaire en septembre 2022 pour permettre à toute personne d’en constituer un, quel que soit son revenu.
Un immeuble de vingt niveaux au Plateau
Le projet le plus avancé est un immeuble dont la première pierre a été posée le 26 mars 2026 par Ousmane Sonko, alors Premier ministre, à l’angle de la rue Amadou Assane Ndoye et de la rue Huart. Vingt niveaux, soit deux sous-sols, un rez-de-chaussée, une mezzanine et seize étages. Le coût global s’élève à 24 millions de dollars, cofinancés par la Banque islamique de développement et l’État. Les revenus annuels attendus sont estimés à environ 2 milliards de FCFA, destinés au financement durable des daaras modernes. Un projet pilote de cantines scolaires, adossé à un waqf monétaire, prend déjà en charge 1 600 élèves dans deux établissements de Dakar.
Ce que disent les montants
La valeur de l’ensemble des waqfs enregistrés au Sénégal est estimée à plus de 4,6 milliards de FCFA. Entre janvier 2025 et janvier 2026, douze waqfs privés ont été constitués, pour une valeur cumulée de plus de 408 millions. L’immeuble du Plateau coûte à lui seul plusieurs fois ce patrimoine, et ses revenus annuels attendus dépasseraient quatre fois le total des waqfs privés créés en un an.
Ces chiffres ne disqualifient pas la démarche, ils la situent. Le dispositif n’est pas aujourd’hui alimenté par la collecte, mais par un prêt et par le budget de l’État. La Banque islamique de développement et le Trésor construisent l’actif, dont les loyers financeront ensuite les daaras. C’est un montage classique, qui fonctionne si le bâtiment se loue au niveau prévu dans un quartier d’affaires où l’offre de bureaux augmente.
Deux conventions signées en septembre préparent la suite. Le 17, un accord de trois ans renouvelables a été conclu avec le Programme national d’aménagement et de modernisation des villes religieuses, assorti d’un comité technique conjoint pour la sélection et le suivi des projets. Le 22, une convention-cadre de même durée a été signée avec l’Observatoire de la qualité des services financiers. Elle prévoit un dispositif de règlement amiable des litiges liés aux produits du waqf et la labellisation du système de collecte du Fonds waqf public monétaire.
Cette labellisation est le point à suivre. Un mécanisme qui demande à des particuliers d’immobiliser définitivement une somme doit démontrer où va l’argent, qui le gère et selon quelles règles. Le calendrier de lancement du Fonds waqf public, ses modalités de financement et ses mécanismes de contrôle n’ont pas été rendus publics.


