Hépatite B au Sénégal : à Nioro, une prévalence proche de 10 % révèle les limites de l’accès aux soins en milieu rural
Dans le département de Nioro du Rip, au centre du Sénégal, près d’une personne sur dix serait porteuse de l’hépatite B, selon le médecin-chef du district sanitaire. Derrière ce chiffre préoccupant se dessine une réalité plus complexe : des progrès de la vaccination chez les jeunes générations, mais des capacités de diagnostic insuffisantes, des difficultés d’approvisionnement en médicaments et des patients contraints de chercher ailleurs les examens nécessaires à leur suivi. À la frontière gambienne, la lutte contre cette infection chronique pose désormais une double question : comment rapprocher les soins des populations rurales et organiser une réponse sanitaire qui dépasse les frontières nationales ?
Africa7 | Santé publique — 27 septembre 2026
À Nioro du Rip, l’hépatite B demeure un problème de santé publique dont l’ampleur contraste avec les moyens disponibles pour y répondre. Samedi 26 septembre, à l’occasion d’une journée de sensibilisation et de consultations médicales organisée par Nioro Assistance médicale, le docteur Ousseynou Cissé, médecin-chef du district sanitaire, a indiqué que la prévalence de la maladie avoisinait 10 % dans le département.
Cette estimation locale appelle une précision : les données détaillées de l’enquête, notamment sa période, la taille de l’échantillon et la méthode de dépistage, ne sont pas publiées dans le compte rendu de l’Agence de presse sénégalaise. Le chiffre doit donc être attribué au responsable sanitaire et ne saurait être extrapolé à l’ensemble du Sénégal.
Il constitue néanmoins un signal important dans un pays où l’hépatite B reste fortement présente. Selon une estimation de l’Organisation mondiale de la santé publiée en 2022, environ 1,2 million de personnes vivaient avec cette infection au Sénégal.
La vaccination protège les nouvelles générations, mais les adultes restent exposés
L’un des enseignements du constat établi à Nioro concerne les différences observées entre générations. Selon le docteur Cissé, la prévalence est plus élevée chez les personnes nées avant l’introduction de la vaccination contre l’hépatite B à la naissance. Elle diminue chez celles qui ont bénéficié des programmes de vaccination.
Cette évolution correspond aux résultats documentés par l’OMS. Le Sénégal a introduit la vaccination contre l’hépatite B dans son programme infantile en 2004, avant d’ajouter, en 2016, une dose administrée dès la naissance. En 2021, l’organisation estimait à moins de 1 % la proportion d’enfants de moins de cinq ans infectés dans le pays.
La prévention demeure essentielle, car le virus peut être transmis de la mère à l’enfant lors de l’accouchement, mais également par contact avec du sang contaminé ou lors de rapports sexuels non protégés. Une infection contractée très tôt dans la vie présente un risque particulièrement élevé de devenir chronique.
La vaccination des nouveau-nés dans les vingt-quatre heures suivant la naissance, complétée par les doses ultérieures, constitue donc un instrument majeur de prévention.
En juillet 2025, le Sénégal a également introduit le vaccin hexavalent, qui protège notamment contre l’hépatite B, la poliomyélite et quatre autres maladies. Cette évolution du calendrier vaccinal ne remplace toutefois pas la nécessité d’administrer rapidement la dose de naissance.
Diagnostiquer la maladie ne suffit pas : encore faut-il pouvoir suivre les patients
La situation de Nioro révèle une difficulté qui dépasse la seule sensibilisation. Le district ne dispose ni d’un équipement permettant de mesurer la charge virale ni d’un FibroScan, appareil utilisé pour évaluer la fibrose du foie.
Or ces examens jouent un rôle important dans la prise en charge de l’hépatite B chronique. La mesure de la charge virale permet d’évaluer la quantité de virus présente dans le sang. L’examen du foie aide, quant à lui, à apprécier les lésions éventuelles et à orienter les décisions thérapeutiques.
Sans ces moyens, les patients peuvent être contraints de se déplacer vers des structures mieux équipées. Ces déplacements représentent une difficulté supplémentaire pour les populations rurales, notamment lorsque les consultations et les examens nécessitent un suivi régulier.
Le médecin-chef signale également des problèmes de disponibilité du ténofovir, un antiviral utilisé dans le traitement de l’hépatite B chronique.
Le traitement n’est pas systématiquement indiqué chez toutes les personnes infectées. Il dépend notamment de l’état du foie, de l’activité du virus et de l’évaluation médicale. En revanche, lorsqu’un traitement est prescrit, sa continuité et le suivi du patient sont essentiels.
L’OMS rappelle que l’infection peut rester longtemps silencieuse avant de provoquer des complications graves, notamment une cirrhose ou un cancer du foie. Cette évolution souvent discrète renforce l’importance du dépistage et de l’accès aux examens appropriés.
Décentraliser les soins pour éviter que la distance ne devienne un obstacle
Pour le docteur Ousseynou Cissé, la réponse passe par un renforcement du plateau technique, mais aussi par la décentralisation du diagnostic et de la prise en charge vers les centres et postes de santé.
Cette orientation répond à une difficulté concrète : lorsqu’un patient doit parcourir de longues distances pour accéder à un examen, le risque de retarder ou d’interrompre son suivi augmente.
La décentralisation ne signifie pas nécessairement installer tous les équipements spécialisés dans chaque poste de santé. Elle suppose une organisation capable d’assurer le dépistage de proximité, l’orientation vers les examens appropriés, l’accès aux médicaments et le suivi régulier des personnes diagnostiquées.
L’enjeu est également de mieux identifier les adultes qui n’ont pas bénéficié de la vaccination infantile et qui peuvent vivre avec une infection chronique sans le savoir.
Les recommandations internationales insistent sur la nécessité d’élargir l’accès au dépistage et aux traitements antiviraux. Le rapport mondial 2026 de l’OMS souligne que, malgré les progrès de la prévention, l’hépatite B continue de provoquer un nombre élevé de décès évitables, principalement en raison de ses complications hépatiques.
Sénégal–Gambie : la frontière ne doit pas interrompre la prévention
La position géographique de Nioro du Rip introduit une autre dimension dans la lutte contre la maladie. Situé à proximité de la Gambie, le département entretient des relations humaines et économiques régulières avec les localités du pays voisin.
Le médecin-chef appelle ainsi à une meilleure coordination entre les programmes sanitaires sénégalais et gambien, afin d’harmoniser leurs interventions contre l’hépatite B.
Une telle coopération pourrait notamment faciliter la continuité de la prévention et du suivi médical des populations mobiles. Les modalités concrètes d’un éventuel dispositif commun restent toutefois à définir : aucune convention nouvelle ni aucun financement spécifique n’ont été annoncés dans les informations disponibles.
Cette dimension transfrontalière rappelle qu’une stratégie sanitaire ne peut se limiter aux découpages administratifs lorsque les populations circulent quotidiennement entre deux pays.
Une maladie évitable qui met à l’épreuve les systèmes de santé
Le constat de Nioro intervient alors que les objectifs internationaux d’élimination des hépatites virales à l’horizon 2030 se rapprochent.
Selon l’OMS, environ 240 millions de personnes vivaient avec une hépatite B chronique dans le monde en 2024. L’organisation estime que la maladie a provoqué 1,1 million de décès cette année-là, principalement des suites d’une cirrhose ou d’un cancer du foie. La région africaine demeure l’une des plus touchées.
Pour le Sénégal, les progrès enregistrés grâce à la vaccination des enfants constituent une base importante. Mais la protection des nouvelles générations ne règle pas à elle seule la situation des adultes déjà infectés, dont beaucoup peuvent ignorer leur statut.
À Nioro, les besoins identifiés sont précis : renforcer les capacités de diagnostic, améliorer l’accès aux examens spécialisés, sécuriser la disponibilité des traitements et rapprocher les services des populations rurales.
Le chiffre de 10 % annoncé par le médecin-chef doit désormais être accompagné de données épidémiologiques détaillées permettant de mesurer les disparités entre les groupes d’âge et d’orienter les ressources sanitaires.
Car l’enjeu ne consiste pas seulement à dépister davantage de personnes. Il est aussi de garantir qu’une personne diagnostiquée puisse accéder, près de son lieu de vie, aux examens, au traitement lorsqu’il est nécessaire et à un suivi médical durable.
À Nioro comme ailleurs au Sénégal, les avancées de la vaccination montrent qu’il est possible de réduire la transmission de l’hépatite B. La prochaine étape consiste à faire en sorte que les personnes déjà infectées ne restent pas à l’écart de ces progrès.


