Président Diomaye au FMI : Le « je » de Kristalina: Par Mademba Aas Njaay
Le FMI a publié, le 15 septembre 2026, le communiqué n° 26/289, intitulé « Déclaration de la Directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva », après la visite du chef de l’État sénégalais, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, au siège du FMI à Washington. J’ose y déceler un soutien personnel et explicite de
Le FMI a publié, le 15 septembre 2026, le communiqué n° 26/289, intitulé « Déclaration de la Directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva », après la visite du chef de l’État sénégalais, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, au siège du FMI à Washington. J’ose y déceler un soutien personnel et explicite de
@KGeorgieva au traitement de la dette envisagé par le Sénégal. Kristalina Georgieva dit : « Je félicite particulièrement les autorités pour leur intention de procéder à un traitement de la dette […] et leur détermination à rétablir rapidement la viabilité des finances publiques. » Si je souligne le « je », c’est parce que ce passage est exactement dans la ligne du mandat du FMI. Les universitaires Ameth Ndiaye et Chérif Salif Sy
@lenschain mettent régulièrement en garde, dans des posts très lus, contre une perception du FMI comme un prêteur de même nature que la Banque mondiale ou la Banque africaine de développement. Et ce n’est sans doute pas un hasard si Kristalina Georgieva dit également : « J’ai fait part au Président et à son équipe de ma profonde reconnaissance pour notre partenariat solide alors que nous œuvrons rapidement en vue d’un nouveau programme appuyé par le FMI. » Encore le mandat du FMI : stabilité macroéconomique, viabilité des finances publiques et appui temporaire à un pays confronté à des difficultés de financement extérieur. Le Fonds rappelle lui-même dans d’autres documents qu’il n’est pas une banque de développement finançant routes, écoles. En revanche, lorsque Kristalina Georgieva dit : « Nous sommes pleinement déterminés à soutenir les efforts de réforme des autorités dans la poursuite de leurs ambitions de développement. Je suis convaincue qu’en travaillant de concert, nous pourrons obtenir des résultats pérennes pour le peuple sénégalais », j’y vois néanmoins un signal qui compte pour les autres partenaires financiers. Kristalina Georgieva ne parle évidemment pas juridiquement au nom de la Banque mondiale, de la BAD ou des autres bailleurs, mais l’évaluation macroéconomique du FMI pèse lourd dans leurs propres décisions. Soit dit en passant, pour devenir membre de la Banque mondiale — plus précisément de la BIRD — un pays doit d’abord être membre du FMI. Autre passage intéressant : « Nos entretiens ont réaffirmé notre volonté commune de faire progresser des réformes qui favorisent la stabilité macroéconomique, renforcent les activités du secteur privé et procurent des avantages sociaux et économiques tangibles à la population sénégalaise. » Il faut ici distinguer les rôles. La stabilité macroéconomique est pleinement dans le cœur de métier du FMI. En revanche, le financement direct du développement relève davantage des banques multilatérales de développement, comme la Banque mondiale ou la BAD. Kristalina Georgieva estime également que le Sénégal a enregistré des « progrès encourageants » dans la consolidation de son économie et l’amélioration des perspectives d’investissement, d’emploi et de croissance. Donc, si le communiqué du 1er septembre indiquait déjà que les autorités sénégalaises souhaitaient solliciter un traitement de leur dette, le texte publié le 15 septembre marque un pas supplémentaire : la Directrice générale du FMI elle-même accueille favorablement cette orientation, après en avoir discuté directement avec
@PR_Diomaye. En revanche — et c’est normal — le communiqué n’annonce aucune date de passage devant le Conseil d’administration, qui est l’instance appelée à se prononcer sur le programme de quelque 2,2 milliards de dollars. L’accord du 1er septembre reste expressément soumis à l’approbation de la direction puis du Conseil d’administration du FMI. Donc, même lorsque la Directrice générale affiche publiquement son soutien, la décision formelle appartient toujours au Conseil d’administration. Autant ne pas lui retirer ses prérogatives avant même qu’il ne se réunisse ! 😃Même si, à 99 %, le Conseil devrait suivre la patronne du FMI ! Le 1 % restant relève peut-être de l’humeur de M. Trump, qui peut se réveiller un matin et écrire sur ses réseaux sociaux : « Diomaye is a good president! »… ou, au contraire : « No money for Diomaye ! », parce qu’il aurait refusé d’accueillir sur le territoire sénégalais des personnes expulsées des États-Unis. 😃 Je plaisante, bien sûr — mais avec Trump, on ne sait jamais ! Petite histoire pour les Jarbaat friands du passé En fait, ce n’est pas la première fois que Kristalina Georgieva fait une déclaration à la suite d’échanges avec un président sénégalais. La précédente remonte à décembre 2019, à Dakar, lorsque Kristalina — qui avait d’ailleurs été ma collègue à la Banque mondiale donc je l’appelle par son prénom 😃 — effectuait sa première visite en Afrique subsaharienne en qualité de Directrice générale du FMI. Elle avait publié, le 3 décembre, une déclaration officielle après sa visite et ses échanges avec le président
@Macky_Sall. Évidemment, les contextes étaient totalement différents. En 2019, Georgieva saluait longuement les performances économiques récentes du Sénégal et la mise en œuvre du Plan Sénégal émergent, évoquant une croissance élevée, des progrès dans les infrastructures et des perspectives favorables. En 2026, elle met davantage l’accent sur le travail qui reste à accomplir : nouveau programme avec le FMI, réformes, stabilité macroéconomique, traitement de la dette et retour rapide à la viabilité des finances publiques. En 2019, elle participait à Dakar à la conférence de haut niveau « Développement durable, dette viable : trouver le juste équilibre ». Amina Mohammed, Vice-Secrétaire générale des Nations Unies, était présente, ainsi que plusieurs chefs d’État africains et Hafez Ghanem, alors vice-président Afrique de la Banque mondiale. Macky Sall avait notamment profité de cette rencontre pour défendre une meilleure prise en compte des réalités africaines dans l’appréciation de la dette et du risque. Il avait aussi fortement insisté sur le coût budgétaire de la lutte contre le terrorisme au Sahel, estimant que les dépenses de sécurité devenaient, pour certains États, un véritable impératif de survie. Et, pour terminer sur une note beaucoup moins économique, je me souviens aussi d’un épisode avec Alain Foka, alors journaliste à RFI et faisant office de MC lors de cette conférence. Macky Sall l’avait alors gentiment recadré alors qu’il insistait pour faire intervenir Faure Gnassingbé ! 😃 C’est long ce post. Juste pour t’énerver !
Mademba Aas Njaay



