VIE ÉCONOMIQUE ET SOCIALE DU SÉNÉGAL:LES URGENCES SONT AILLEURS PAR HABY DIENG FALL

VIE ÉCONOMIQUE ET SOCIALE DU SÉNÉGAL:LES URGENCES SONT AILLEURS PAR HABY DIENG FALL

Pour une priorité nationale au service du pouvoir d’achat des Sénégalais

Une polémique qui masque le vrai débat

Nous avons récemment suivi, sur 2STV, l’intervention d’un chroniqueur affirmant que les agents de la Senelec ne paieraient pas leur facture d’électricité. Cette affirmation est inexacte : les agents paient bel et bien leur électricité, mais bénéficient d’un tarif préférentiel. Cet avantage est légitime, puisqu’ils sont, à travers leur travail, les producteurs de cette électricité.

Le véritable enjeu n’est donc pas de remettre en cause les avantages des travailleurs, mais de s’interroger sur la meilleure stratégie pour réduire durablement le coût de l’électricité, afin de soulager les ménages et les entreprises, et pour bâtir une énergie abondante et à prix abordable.

Le retard du gaz de Yaakaar Téranga, un coup dur pour les prévisions

Dans le cadre de son programme d’accès universel à une énergie à moindre coût, inscrit dans le Plan Sénégal Émergent puis repris par le Plan Sénégal 2050, l’État avait prévu d’utiliser le gaz de Yaakaar Téranga pour alimenter les centrales électriques et réduire significativement le coût du kilowattheure, ainsi que les subventions à l’énergie.

Malheureusement, un management défaillant de ce projet a entraîné un retard considérable, qui compromet aujourd’hui l’ensemble des prévisions de baisse des tarifs. Il est urgent de trouver des solutions alternatives pour réduire les coûts, faute de quoi le Sénégal — pourtant producteur de pétrole et de gaz — continuera de ne pas tirer parti de la réduction du coût de son principal facteur de production, tant pour les ménages que pour les entreprises.

Des solutions structurelles existent, à court terme

En attendant que le réseau gazier de Yaakaar Téranga devienne opérationnel, l’État doit explorer les moyens d’acheminer par voie maritime le gaz de GTA (Grand Tortue Ahmeyim) vers Dakar, en s’appuyant sur le réseau historique reliant Fortesa à Cap des Biches, où la Senelec dispose de turbines à gaz depuis 1982 — sous réserve, bien sûr, d’un diagnostic de l’état actuel de ces infrastructures.

À court terme également, l’État peut mettre à la disposition des centrales de la Senelec le pétrole sénégalais raffiné par la SAR, dont la capacité de raffinage a été augmentée. Une convention avec la raffinerie Dangote pourrait aussi être étudiée, sous réserve d’analyses de rentabilité sérieuses, en attendant la montée en puissance de la SAR.

Ce sont des solutions structurelles qu’il faut privilégier, et non des mesures conjoncturelles comme le seul ciblage des tarifs de consommation, qui ne suffira pas à réduire durablement les subventions à l’énergie ni le coût de la vie et de la production des entreprises. La vérité est que même les classes moyennes s’appauvrissent, sous l’effet conjugué du coût de la vie et du chômage, qui maintient des milliers de jeunes — parfois jusqu’à 35 ou 40 ans — à la charge de leurs parents.

La filialisation n’est pas la réponse

Sur la question de la filialisation, récemment évoquée par le Ministre du Pétrole et des Énergies, il convient de rappeler qu’elle ne constitue pas une solution pour atteindre l’accès universel à l’électricité à moindre coût.

La Senelec de 2009 n’est plus celle de 2026. C’est aujourd’hui une entreprise performante, qui a réalisé plus de 1 000 milliards de francs CFA d’investissements entre 2012 et 2024, dégage des bénéfices et a atteint l’ensemble des ratios de performance fixés dans son contrat avec l’État du Sénégal.

Les difficultés actuelles sont avant tout des problèmes de trésorerie, liés aux 182 milliards de francs CFA dus par l’État, à la poursuite des programmes d’investissement financés par des concours concessionnels ou des partenariats public-privé, et à la lutte contre la fraude — et non des problèmes de structure.

Le Ministère gagnerait à s’approprier les conclusions des Assises des syndicats de la Senelec et de l’ACAS (Association des Cadres de la Senelec), et à s’entourer de conseillers réellement engagés pour le développement du Sénégal, avant de s’aventurer dans une réforme pensée par des bailleurs de fonds sur la base de modèles ayant déjà échoué en Europe — a fortiori dans un pays comme le nôtre, dont l’industrie recule depuis les plans d’ajustement structurel de la Banque mondiale dans les années 1980.

Sachons donc raison garder et aller à l’essentiel, pour préserver les acquis de ce secteur grâce à la mobilisation des travailleurs, de l’État et des partenaires financiers, plutôt que de fragiliser les avantages obtenus de haute lutte par les Sénélécois. Le pays a besoin de paix et de stabilité pour travailler et sortir des affres de la précarité.

Mieux investir l’argent des élections dans le vécu quotidien des Sénégalais

Dans le même esprit de priorités bien ordonnées, plutôt que la société civile et l’opposition ne se précipitent pour réclamer l’organisation, dans l’urgence, des élections législatives puis de la présidentielle de 2029, il serait plus responsable d’envisager qu’une partie du budget consacré à ces scrutins serve d’abord à soulager le quotidien des Sénégalais.

Une part de ces ressources pourrait ainsi contribuer à financer la baisse du prix de denrées de première nécessité devenues trop chères pour de nombreux ménages. Plus significatif encore, plus de 7 milliards de francs CFA pourraient être réorientés vers le secteur agricole ou vers d’autres projets à fort impact social, dans un contexte où une large partie de la population ne vit plus décemment. Ce n’est pas remettre en cause le principe des échéances électorales, mais rappeler qu’aucune joute politique ne peut primer sur la survie économique du plus grand nombre.

Les Sénégalais qui ont faim et soif se préoccupent avant tout de leur survie au quotidien, non d’un calendrier électoral. Le seul combat qui vaille aujourd’hui est celui de propositions concrètes de sortie de crise — à l’image de celles portées par le Conseil National du Patronat (CNP) — pour remettre le pays sur les rails du développement.

Qu’Allah, dans Sa miséricorde infinie, nous facilite le chemin.

Citoyenne Haby Dieng FALL
Retraitée de la Senelec

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