Loi de Finances Rectificative 2026 : « Thiakhane bakhoul ! »
Quand le ministre Cheikh Diba perd son sang-froid et que le budget perd sa crédibilité
L’Assemblée nationale a offert aujourd’hui un spectacle politique aussi révélateur que préoccupant. D’un côté, un ministre de l’économie et des Finances, Cheikh Diba, visiblement piqué au vif, distribuant des « Thiakhane bakhoul ! » comme si l’hémicycle était une arène de quartier. De l’autre, des députés qui lui renvoient une réplique autrement plus embarrassante : « Nous avons connu la dette cachée, nous ne voulons pas d’un budget caché ! »
Et pour cause ! La majorité parlementaire a fini par rejeter la LFR 2026 : 109 voix pour la question préalable, 20 contre et 3 abstentions. Un camouflet monumental pour un gouvernement confronté à une crise de confiance jusque dans son propre camp.
Au cœur de la tempête : la sincérité des prévisions budgétaires, les crédits spéciaux insuffisamment encadrés et surtout le mystérieux rapport Forvis Mazars, devenu document hautement confidentiel dès qu’il s’agit de le communiquer aux représentants du peuple. On invoque les clauses de confidentialité, les secrets bancaires et les risques de divulgation. Décidément, au Sénégal, la transparence est une vertu gouvernementale… à condition de ne pas trop regarder derrière le rideau !
Mais il faudrait rappeler une évidence à ceux qui semblent l’avoir oubliée : l’Assemblée nationale représente le peuple, pas le secrétariat particulier de l’Exécutif. Lui dissimuler des informations et des documents essentiels tout en exigeant son approbation budgétaire relève d’une conception pour le moins acrobatique de la démocratie. On ne peut pas réclamer un vote de confiance après avoir organisé la rétention d’informations. Espérer faire adopter une LFR dans ces conditions, c’est prendre les députés pour une chambre d’enregistrement et le peuple pour un spectateur docile.
La sincérité budgétaire n’est ni une faveur ministérielle ni une variable d’ajustement politique. C’est une obligation juridique contraignante et une exigence de souveraineté nationale. Elle ne se négocie pas au gré des majorités, des humeurs ministérielles ou des secrets soigneusement rangés dans les tiroirs de l’État. La vérité des comptes n’appartient pas au gouvernement : elle appartient aux Sénégalais !
Les chiffres, eux, sont moins bavards que les ministres : 173,3 milliards recouvrés sur 762 milliards de recettes attendues à fin septembre. Les députés dénoncent des prévisions irréalistes et des investissements amputés. Des centres de santé rayés de la programmation, des projets hydrauliques rabotés, des écoles sacrifiées. Mais apparemment, le véritable problème serait la manière dont les députés posent leurs questions !
Et lorsque le gouvernement conteste le rapport de la commission des Finances, Amadou Bâ sort la VAR : les enregistrements des travaux en commission sont là. On ne réécrit pas les débats parlementaires comme on arrange une ligne budgétaire !
Le plus savoureux dans cette séquence, c’est que le gouvernement n’a même pas réussi à obtenir le soutien parlementaire nécessaire à son projet. Quand la majorité refuse de cautionner les chiffres de l’Exécutif, ce n’est plus une simple querelle de procédure : c’est un sérieux avertissement politique.
Cheikh Diba devrait méditer cette leçon : un ministre des Finances peut s’autoriser un coup de colère, mais il ne peut pas exiger un chèque en blanc. Les « thiakhane » ne règlent ni les déficits, ni les incohérences, ni les problèmes de transparence.
On ne gouverne pas les finances publiques à coups d’indignation. On les gouverne avec des chiffres sincères, des comptes accessibles et des explications convaincantes.
Après la dette cachée, le Sénégal devrait-il maintenant craindre le budget caché ?
Car lorsqu’un gouvernement réclame la confiance sans fournir toutes les garanties de transparence, il ne faut pas s’étonner que le Parlement lui oppose un refus en bonne et due forme.
La transparence n’est pas un « thiakhane ». C’est une obligation !
Malick BA


