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Les jours de Conseil des ministres sont devenus, au SĂ©nĂ©gal, des moments particuliĂšrement suivis. Ă peine le communiquĂ© publiĂ©, une rubrique attire presque naturellement lâattention : les « mesures individuelles ». Qui a Ă©tĂ© nommĂ© ? Qui a Ă©tĂ© remplacĂ© ? Qui revient aux responsabilitĂ©s ? Un changement Ă la tĂȘte dâune direction,
Les jours de Conseil des ministres sont devenus, au SĂ©nĂ©gal, des moments particuliĂšrement suivis. Ă peine le communiquĂ© publiĂ©, une rubrique attire presque naturellement lâattention : les « mesures individuelles ». Qui a Ă©tĂ© nommĂ© ? Qui a Ă©tĂ© remplacĂ© ? Qui revient aux responsabilitĂ©s ? Un changement Ă la tĂȘte dâune direction, dâune agence ou dâune sociĂ©tĂ© nationale peut parfois susciter davantage de conversations que les dĂ©cisions de politique publique annoncĂ©es le mĂȘme jour.
Cette attention est comprĂ©hensible. Nommer, câest aussi donner des visages Ă lâaction de lâĂtat. Le PrĂ©sident de la RĂ©publique exerce en la matiĂšre une importante prĂ©rogative constitutionnelle. Mais notre intĂ©rĂȘt presque passionnel pour les nominations dit peut-ĂȘtre autre chose de notre rapport Ă la responsabilitĂ© publique.
Ătre nommĂ© directeur gĂ©nĂ©ral, prĂ©sident de conseil dâadministration ou responsable dâune grande structure publique est volontiers interprĂ©tĂ© comme une promotion. Ătre remplacĂ© peut prendre les allures dâune disgrĂące. Une nomination traduit certes une confiance. Elle peut reconnaĂźtre une compĂ©tence, une expĂ©rience ou un parcours. Mais elle signifie surtout quâune partie de la responsabilitĂ© de lâĂtat est confiĂ©e, pour un temps, Ă une femme ou Ă un homme.
Et si nous apprenions Ă regarder davantage la charge que lâhonneur ?
Encore faut-il comprendre pourquoi certaines nominations sont devenues si convoitĂ©es. La rĂ©ponse nâest pas seulement politique ou symbolique. Elle est aussi matĂ©rielle. Selon les structures, une nomination peut sâaccompagner dâune rĂ©munĂ©ration, dâavantages, de moyens et dâune capacitĂ© dâaction trĂšs diffĂ©rents de ceux attachĂ©s Ă dâautres responsabilitĂ©s administratives pourtant importantes. LâĂtat contribue alors lui-mĂȘme Ă transformer certaines fonctions en promotions particuliĂšrement attractives.
Nous ne changerons pas la culture des nominations sans changer aussi leur économie.
Il faut pour cela revenir Ă une question que nous avons fini par oublier : pourquoi avons-nous créé des agences Ă cĂŽtĂ© des directions nationales ? LâidĂ©e Ă©tait prĂ©cisĂ©ment de disposer, pour certaines missions, de structures plus autonomes, plus souples et davantage orientĂ©es vers la performance et les rĂ©sultats. Cette autonomie nâavait de sens que parce quâelle devait permettre de faire mieux, plus vite ou plus efficacement ce que lâadministration classique accomplissait difficilement.
Avec le temps, pourtant, la frontiĂšre est devenue moins lisible. Des agences et des directions nationales peuvent intervenir dans des domaines voisins, tandis que leurs rĂ©gimes de fonctionnement, leurs moyens et surtout leurs rĂ©munĂ©rations peuvent ĂȘtre trĂšs diffĂ©rents. DĂšs lors, une question simple doit ĂȘtre posĂ©e : lorsquâune agence nâapporte plus une autonomie fonctionnelle ou une performance qui justifie son existence, pourquoi devrait-elle continuer Ă exister sous cette forme ?
Dans le contexte actuel du SĂ©nĂ©gal, la rationalisation des agences et, plus largement, du secteur parapublic est une nĂ©cessitĂ©. Elle ne devrait cependant pas ĂȘtre une simple opĂ©ration comptable. Il faut examiner les missions : lesquelles nĂ©cessitent rĂ©ellement une agence ? Lesquelles peuvent ĂȘtre exercĂ©es par une direction nationale ? Quelles structures font doublon ? Pour celles qui doivent demeurer, quels rĂ©sultats justifient leur autonomie et les moyens qui leur sont accordĂ©s ?
La mĂȘme cohĂ©rence devrait sâappliquer aux rĂ©munĂ©rations. Le seul statut dâagence ne devrait plus suffire Ă justifier un traitement salarial sensiblement diffĂ©rent de celui dâune direction nationale exerçant des responsabilitĂ©s comparables. Il ne sâagit pas dâaligner mĂ©caniquement tous les salaires. Des diffĂ©rences peuvent ĂȘtre justifiĂ©es par la technicitĂ©, le niveau de responsabilitĂ©, le budget administrĂ©, les effectifs ou lâexposition au risque. Mais elles devraient reposer sur des critĂšres objectifs, publics et cohĂ©rents.
Le principe devrait finalement ĂȘtre simple : lâautonomie doit se justifier par la mission et la performance ; la diffĂ©rence de traitement, par une diffĂ©rence rĂ©elle de responsabilitĂ©.
Cette mĂȘme logique doit prĂ©sider aux nominations. Une bonne politique de nomination ne commence pas avec le nom de celui qui est choisi. Elle commence avec la mission, le profil et les compĂ©tences quâelle exige. Nommer devrait ouvrir un cycle de responsabilitĂ© : choisir une personne adaptĂ©e Ă la mission, lui fixer des objectifs, lui donner les moyens dâagir, Ă©valuer son action et lui demander dâen rendre compte.
Cette rĂ©flexion rejoint un principe que le PrĂ©sident Bassirou Diomaye Faye a lui-mĂȘme placĂ© au cĆur de son engagement : les responsabilitĂ©s doivent ĂȘtre des devoirs et non des rĂ©compenses.
Une fonction publique peut légitimement honorer celui qui la reçoit. Mais elle ne devrait devenir ni une rente, ni un privilÚge, ni un trophée. à chaque nomination, plutÎt que de nous demander seulement « qui a été nommé ? », demandons-nous aussi : « pour quelle mission, avec quels objectifs, quels moyens et quelle obligation de résultats ? » Et lorsque le responsable quitte ses fonctions : « quel bilan laisse-t-il ? »
Câest ainsi que nous passerons progressivement dâune culture de la nomination comme reconnaissance Ă une culture de la responsabilitĂ© comme service.
Une nomination prĂ©sidentielle peut honorer celui qui la reçoit. Mais elle doit dâabord lâobliger.
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