Sénégal : le CUDIS refuse que l’étranger devienne l’ennemi

Le Cadre unitaire de l'Islam au Sénégal a publié le mercredi 21 octobre à Dakar un communiqué dénonçant la montée des discours de haine et des propos xénophobes visant les communautés étrangères, et demandant aux autorités de sanctionner sans faiblesse leurs auteurs.

Le Cadre unitaire de l’Islam au Sénégal a publié le mercredi 21 octobre à Dakar un communiqué dénonçant la montée des discours de haine et des propos xénophobes visant les communautés étrangères, et demandant aux autorités de sanctionner sans faiblesse leurs auteurs.

L’organisation appuie sa position sur deux textes religieux. Elle cite le hadith selon lequel celui qui croit en Allah et au Jour dernier doit honorer son hôte, et le verset 13 de la sourate Al-Hujurat, qui présente la diversité des peuples et des tribus comme un signe divin destiné à ce que les hommes se connaissent les uns les autres. Elle qualifie la teranga de vertu religieuse, d’éthique sociale et de pacte de civilisation.

Le texte avance ensuite un argument de réciprocité. Les Sénégalais sont présents en Gambie, en Guinée, en Mauritanie, au Mali, en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Congo, au Maroc, en Tunisie et en Afrique du Sud, où ils sont accueillis, employés et intégrés. Le CUDIS demande comment le pays pourrait tolérer que d’autres Africains soient traités chez lui comme des indésirables.

Cet argument recoupe un avertissement formulé six jours plus tôt par le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique. Le jeudi 15 octobre, Mouhamadou Makhtar Cissé a mis en garde les médias contre la stigmatisation des étrangers et l’ethnicisation du débat public, rappelant que plus de deux millions de Sénégalais vivent à l’étranger. « Ces discours mettent en danger les Sénégalais de l’étranger. La haine que l’on autorise ici chez nous revient là-bas à travers nos propres frères », a-t-il déclaré, en citant le rôle de la propagande dans l’Allemagne nazie, celui de la Radio-télévision libre des Mille Collines au Rwanda et les violences survenues au Kenya après la présidentielle de 2007.

La succession des prises de position dessine une séquence continue. Le 6 juillet, le Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologie dans les médias mettait en garde les organes de presse. Le 18 août, la RADDHO, la Ligue sénégalaise des droits humains et Amnesty International s’inquiétaient des discours anti-étrangers sur les réseaux sociaux et dans les médias. Le 3 octobre, Présence Chrétienne appelait à expulser la xénophobie et non l’étranger. Le CUDIS intervient après eux.

Une étude de la coalition citoyenne Tournons la Page, publiée le 17 octobre, nomme ce que les communiqués institutionnels désignent sans le préciser. Les communautés guinéenne et nigérienne sont en première ligne en 2026, les premiers, installés de longue date dans le petit commerce, accusés de concurrence déloyale, les seconds, visibles dans la mendicité urbaine, associés à des réseaux organisés. L’étude rattache ces tensions au chômage des jeunes, à la cherté de la vie, à la rigueur budgétaire liée à la crise de la dette et à l’émigration irrégulière. Le sociologue Pape Moustapha Sall y observe que tous les maux sont attribués aux étrangers, au détriment d’une introspection nationale.

Le communiqué n’est pas à sens unique. Le CUDIS rappelle que les étrangers vivant au Sénégal sont tenus de respecter les lois de la République ainsi que les coutumes et les valeurs en vigueur, et demande à l’État d’appliquer ses lois et règlements dans le respect des droits humains.

L’organisation annonce enfin, avec l’appui des plus hautes autorités, une Semaine du vivre-ensemble au Sénégal, destinée à sceller un Pacte national pour le vivre-ensemble. Elle appelle les imams, les prédicateurs et les enseignants à porter des messages de fraternité, les médias et les acteurs du numérique à refuser toute complaisance envers la haine, et les jeunes à ne pas se laisser instrumentaliser.


Alioune Ndiaye

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