Sénégal : 28 interpellations à Ziguinchor le jour du septième anniversaire d’un meurtre jamais jugé

Vingt-huit personnes, dont neuf femmes, ont été interpellées le mardi 27 octobre à Ziguinchor, lors d'une opération conjointe de la Légion de gendarmerie et de l'Armée nationale dans une concession de Magoukouro. Elles sont soupçonnées d'appartenir au Mouvement des forces démocratiques de la Casamance et s'étaient réunies pour commémorer la mort d'Abdou Elinkine Diatta, tué le dimanche 27 octobre 2019. Sept ans jour pour jour, et aucune poursuite connue dans ce dossier.

Vingt-huit personnes, dont neuf femmes, ont été interpellées le mardi 27 octobre à Ziguinchor, lors d’une opération conjointe de la Légion de gendarmerie et de l’Armée nationale dans une concession de Magoukouro. Elles sont soupçonnées d’appartenir au Mouvement des forces démocratiques de la Casamance et s’étaient réunies pour commémorer la mort d’Abdou Elinkine Diatta, tué le dimanche 27 octobre 2019. Sept ans jour pour jour, et aucune poursuite connue dans ce dossier.

Le drapeau du mouvement, hissé sur les lieux, a été abaissé. Les gendarmes ont saisi dix-sept téléphones portables, des documents présentés comme liés aux activités du mouvement, des drapeaux et des insignes. Les personnes interpellées et les objets saisis ont été remis à la Section de recherches de Ziguinchor. Les comptes rendus publiés situent l’opération dans le quartier de Boucotte et le secteur de Lyndiane à Colobane, et désignent la concession comme le siège de l’aile politique du mouvement, un seul média écrivant « siège présumé ».

Aucune de ces informations n’est portée par une déclaration signée. Les récits publiés ne citent ni porte-parole, ni communiqué officiel de la Gendarmerie nationale. Un site les attribue à des « sources sécuritaires » rapportées par l’Agence de presse sénégalaise, un autre à « une source proche du dossier » non identifiée, un troisième les publie sous sa propre signature tout en reprenant le compte rendu des forces de l’ordre et en le concluant par une référence à la Gendarmerie nationale. Les qualifications de « mouvement subversif » et de « documents compromettants », reprises telles quelles par plusieurs supports, n’ont donc pas d’auteur identifié, et elles tranchent avant l’enquête ce que l’enquête doit établir. Les vingt-huit personnes n’ont, à ce stade, fait l’objet d’aucune inculpation publiquement connue.

Abdou Elinkine Diatta a été abattu vers neuf heures du matin, à Mlomp, dans le département de Bignona, par deux hommes à moto qui ont ouvert le feu sur une assemblée réunie pour une cérémonie d’initiation traditionnelle. Une seconde victime est morte pendant son évacuation, plusieurs autres ont été blessées et transportées vers les hôpitaux de Ziguinchor. Ancien porte-parole de l’abbé Diamacoune Senghor, il avait été désigné secrétaire général du MFDC lors d’une assemblée générale tenue les 3 et 4 mars 2017 à Ziguinchor, un titre que la presse de l’époque qualifiait d’autoproclamé. Il avait publiquement tendu la main au président Macky Sall et écrit au gouverneur de Ziguinchor en ce sens. La gendarmerie avait ouvert une enquête à Thionk Essyl. Ni arrestation, ni inculpation, ni procès n’ont été rendus publics depuis.

Le contexte rend l’opération politiquement lourde. Le 13 mai 2023, à Mongone, dans la commune de Djinaky au nord de Bignona, plus de deux cent cinquante combattants de la faction de Diakaye et de l’Initiative pour la réunification des ailes politiques et armées du MFDC ont déposé les armes et signé l’acte 3 de l’accord de paix avec l’État du Sénégal. Les accords de Mongone, conclus avec le Front Nord Diakaye, ne lient pas les autres factions. L’État y a adossé le Plan Diomaye pour la Casamance, chiffré à 53 milliards de francs CFA, et le bilan présenté en mai 2026 fait état de plus de 62 000 enrôlements à l’état civil et de 150 anciens combattants formés à l’agriculture.

Deux logiques d’État se croisent dans la même région. Hisser le drapeau d’un mouvement séparatiste expose son auteur à la loi sénégalaise, et l’intégrité territoriale n’y est pas négociable : l’opération du 27 octobre relève de ce registre. Mais le processus engagé depuis 2023 repose sur l’entrée des factions restées dehors, et l’aile politique est précisément l’interlocuteur qu’une solution négociée suppose. Fatoma Coly, ancien commandant du Front Nord Diakaye, appelle les autres factions à rejoindre le processus. Léonie Gomis rappelle que la paix ne sera définitive que lorsqu’elles auront toutes déposé les armes. Et parmi les chantiers que le bilan de mai 2026 laisse ouverts figurent la justice et la réparation pour les victimes.

Deux échéances diront la suite. La Section de recherches de Ziguinchor doit indiquer quelles qualifications pénales elle retient contre les vingt-huit personnes, ou prononcer leur libération. Et le dossier ouvert à Thionk Essyl en octobre 2019 sur la mort d’Abdou Elinkine Diatta demeure sans suite publique connue, sept ans après les faits.


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