Sénégal : société civile, majorité et opposition réclament les documents que le Premier ministre dit détenir

« Vous ne pouvez pas affirmer avoir découvert à la Primature des actes qui n'auraient jamais dû s'y trouver », écrit Babacar Ba. Il reproche au chef du gouvernement de multiplier « les allusions et les sous-entendus », de « tourner autour du pot », et d'entretenir l'ambiguïté au lieu d'éclairer les citoyens. Le Forum du Justiciable est une organis

Babacar Ba, président du Forum du Justiciable, a publié le 26 octobre une interpellation directe d’Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô : « Monsieur le Premier ministre, votre démarche ne me semble pas transparente. » En vingt-quatre heures, un défenseur des droits humains, un député du parti majoritaire et un député d’opposition ont formulé la même demande avec des mots différents. Produire les pièces, ou se taire.

« Vous ne pouvez pas affirmer avoir découvert à la Primature des actes qui n’auraient jamais dû s’y trouver », écrit Babacar Ba. Il reproche au chef du gouvernement de multiplier « les allusions et les sous-entendus », de « tourner autour du pot », et d’entretenir l’ambiguïté au lieu d’éclairer les citoyens. Le Forum du Justiciable est une organisation de défense des droits humains, et son président s’exprime à ce titre, non comme acteur partisan.

La veille au soir, depuis la tribune de son parti, le député Amadou Ba avait répondu en wolof, « Lou Nguén Xamal Sonko, Guénné Lénko », c’est-à-dire ce que vous savez sur Sonko, sortez-le. Il a demandé au Premier ministre de cesser ses menaces et de publier tout dossier qu’il détiendrait sur son prédécesseur. La demande émane donc du groupe majoritaire à l’Assemblée nationale, celui que dirige Ousmane Sonko, par ailleurs président de cette assemblée.

Le 26 octobre, sur X, le député Thierno Alassane Sall a posé la question en termes de procédure : « Pourquoi refuser de saisir la justice ? » Il écrit que « le chantage a remplacé la reddition des comptes », que les responsables « en savent trop les uns sur les autres », que « Kiiraay et Pastef se déchirent en public, mais se protègent en coulisse », et appelle les Sénégalais à s’organiser pour « exiger les comptes qu’ils refusent de rendre ». Une organisation de droits humains, la majorité et l’opposition convergent ainsi sur une même exigence, ce qui est rare et constitue la donnée politique du moment.

Un fait doit être posé avant d’aller plus loin. Aucune des sources consultées ne reproduit les mots exacts du Premier ministre sur ce qu’il affirme avoir trouvé à la Primature. Les rédactions écrivent « des actes inadmissibles », « des actes qui n’auraient jamais dû s’y trouver » ou « hors norme », mais ces formules sont des reformulations de presse, et l’une d’elles provient d’un résumé produit automatiquement par un site d’information. La phrase d’origine n’a pas été publiée. Un média qui place ces mots entre guillemets attribue donc au chef du gouvernement une déclaration dont rien n’établit qu’il l’ait prononcée dans ces termes.

Ce qu’il a effectivement dit est accessible. Le 26 octobre, sur RFI et France 24, il a déclaré : « On peut faire beaucoup de surenchères, mais à la fin de la journée », en renvoyant à l’intérêt supérieur de la Nation. Il a qualifié la crise de « peut-être de la surenchère, un blocage temporaire, dû certainement à des incompréhensions », rappelé que « le Sénégal a démontré sa résilience dans des cas beaucoup plus graves » et assuré qu’« il n’y aura pas de shutdown ». Sur le contenu des pièces qu’il dit avoir découvertes, rien.

Reste la question que Thierno Alassane Sall est le seul à avoir formulée en termes de droit. Si des actes irréguliers ont été constatés à la Primature, les voies de signalement existent, et n’en emprunter aucune appelle une explication publique. Le Forum du Justiciable ne demande pas que la gestion passée échappe à l’examen. Il demande que les citoyens puissent distinguer un fait établi d’un soupçon, et cette distinction est le minimum que doit garantir une autorité qui a fait de la reddition des comptes son mot d’ordre.

La plénière sur la loi de finances rectificative s’ouvre ce mardi 27 octobre, et c’est le même homme qui doit y défendre son budget devant la majorité qu’il met en cause. Deux documents suffiraient à clore la polémique, les pièces que le Premier ministre dit détenir, ou le verbatim de la déclaration qui l’a ouverte. Ni l’un ni l’autre n’a été rendu public.


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