BRICS+ : à Dakar, le Sud global réclame sa place à la table où se décide le monde

La question dépasse largement un débat académique organisé dans la capitale sénégalaise. À Dakar, responsables institutionnels, diplomates, experts, acteurs des médias et jeunes ont débattu lundi de la transformation de la gouvernance mondiale et de la place que le Sud global entend désormais occuper dans un système international longtemps structuré autour des puissances occidentales. Organisée par CGTN Français en partenariat avec le Groupe de Dakar, la rencontre avait pour thème : « Le développement du Sud global et la transformation de la gouvernance mondiale à l’ère des BRICS+ ».

Derrière les discours, une réalité géopolitique mérite d’être précisée. Les BRICS ne sont plus seulement le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud. L’élargissement engagé ces dernières années a porté le groupe à onze membres, tandis qu’un statut distinct de « pays partenaire » permet à d’autres États de participer à certaines rencontres. Le Sénégal, lui, n’est actuellement ni membre ni pays partenaire des BRICS.

Cette précision change la lecture du rendez-vous de Dakar : il ne s’agissait pas d’annoncer un rapprochement institutionnel du Sénégal avec les BRICS, mais de réfléchir à ce que la recomposition en cours peut signifier pour l’Afrique.

El Hadji Hamidou Kassé, président du Groupe de Dakar, a ainsi défendu l’idée que la dynamique des BRICS pouvait contribuer à la recherche d’un ordre international « plus équilibré », fondé davantage sur la coopération, la paix et le développement partagé. Il a également appelé les jeunes générations à ne pas rester spectatrices de ces transformations.

Amadou Tidiane Wone, ministre-conseiller à la présidence de la République, a replacé le débat dans une perspective historique plus profonde. Selon lui, les interrogations actuelles rappellent l’esprit de Bandung de 1955, lorsque les pays nouvellement indépendants ou en voie de décolonisation cherchaient à s’affranchir de la logique des blocs. Son propos déplace surtout la question de l’économie vers celle de la souveraineté : avant même les financements et les rapports commerciaux, l’Afrique devrait, selon lui, reconquérir une souveraineté culturelle et intellectuelle.

Cette dimension rejoint l’intervention de Mariama Sylla Faye, directrice administrative de CGTN Sénégal, qui a insisté sur une autre bataille, moins visible mais stratégique : celle de l’information et de la représentation du Sud dans les récits internationaux.

Le débat de Dakar intervient surtout à un moment où les BRICS eux-mêmes revendiquent une réforme de la gouvernance mondiale, notamment des institutions politiques et financières internationales. Le groupe défend officiellement une représentation accrue des économies émergentes et des pays en développement, tout en se présentant comme une plateforme de coopération plutôt que comme un bloc idéologique homogène.

Pour l’Afrique, cependant, l’existence d’un monde plus multipolaire ne garantit pas automatiquement un rapport de force plus favorable. Entre les anciennes puissances, la Chine, l’Inde, la Russie, les pays du Golfe et les nouveaux pôles économiques, le continent peut multiplier ses partenaires ; encore faut-il qu’il définisse ses propres intérêts et dispose des capacités de négociation nécessaires pour les défendre.

C’est peut-être là que le panel de Dakar prend toute sa portée. La véritable question n’est plus seulement de savoir si les BRICS peuvent transformer l’ordre mondial. Elle est de savoir quelle place les pays africains seront capables de négocier dans l’ordre qui se transforme.

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