Sénégal | AIBD : à Dakar, des compagnies abandonnent encore les bagages au sol
À l’Aéroport international Blaise Diagne, des bagages retardés, mal acheminés ou arrivés sans leurs propriétaires finissent encore directement au sol, entre les tapis de livraison. Ils restent là sans prise en charge appropriée, exposés à la confusion, à la détérioration et au risque de disparition.
À l’Aéroport international Blaise Diagne, des bagages retardés, mal acheminés ou arrivés sans leurs propriétaires finissent encore directement au sol, entre les tapis de livraison. Ils restent là sans prise en charge appropriée, exposés à la confusion, à la détérioration et au risque de disparition.
La situation est suffisamment récurrente pour que le gestionnaire de l’aéroport décide de sévir.
Ce qui pourrait passer pour un simple désordre dans une aérogare révèle en réalité un problème beaucoup plus sérieux. Derrière chaque valise se trouve un passager qui a payé son billet et confié ses biens à une compagnie aérienne. Lorsqu’un bagage arrive en retard, la responsabilité du transporteur ne disparaît pas avec l’atterrissage de l’avion.
Les bagages dits RUSH doivent être identifiés, tracés, réacheminés et finalement restitués. Ce principe est au cœur des procédures internationales de traitement des bagages.
À Dakar pourtant, certaines compagnies les déposent directement entre les tapis sans souscrire aux services d’un prestataire d’assistance agréé chargé d’assurer leur livraison effective. Le constat dressé à AIBD est sévère : encombrement de la salle, obstruction de la circulation des voyageurs, augmentation des risques de perte ou de substitution, détérioration de produits périssables, nuisances sanitaires et multiplication des réclamations. Note circulaire relative à la …
Des valises au sol à Dakar, des procédures strictes en Europe
Le contraste devient difficile à défendre lorsque l’on observe le fonctionnement d’autres grands aéroports internationaux.
À Milan Malpensa, par exemple, le règlement aéroportuaire organise la prise en charge des bagages présentant des anomalies et définit les responsabilités des différents intervenants. À Rome Ciampino, le traitement des bagages RUSH repose également sur des procédures de réétiquetage, de traçabilité, de contrôle et de réacheminement.
Ce niveau d’organisation n’est ni un privilège européen ni un luxe réservé aux passagers voyageant au Nord. C’est une exigence normale de l’exploitation aéroportuaire moderne.
Dakar ne peut donc pas devenir l’endroit où des pratiques que les compagnies encadrent rigoureusement sur d’autres plateformes seraient tolérées plus longtemps.
Le passager qui débarque à AIBD possède les mêmes droits sur ses biens et mérite le même niveau de considération que celui qui récupère sa valise à Milan, Paris, Bruxelles ou Madrid.
LAS vient précisément de franchir un cap. Désormais, tout bagage RUSH abandonné entre les tapis doit faire l’objet d’un constat et entraîner la facturation à la compagnie concernée des frais d’encombrement et de manutention. Les responsables d’escale doivent également organiser le transfert des bagages aux passagers dans un délai maximal de 24 heures après leur arrivée. Note circulaire relative à la …
Le directeur général de LAS, Askin DEMIR, engage ainsi directement l’autorité du gestionnaire.
La mesure mérite d’être soutenue, mais elle sera jugée sur son application. Après des rappels répétés, une nouvelle circulaire sans contrôle effectif ne changerait rien aux habitudes installées. Les frais annoncés doivent être appliqués lorsque les conditions prévues sont constatées et les compagnies concernées doivent assumer financièrement les conséquences de leurs propres défaillances.
Air Sénégal, Transair et les autres transporteurs opérant à AIBD ne sont pas désignés dans le document comme responsables de ces abandons. Il serait donc incorrect de leur attribuer individuellement les faits constatés. Mais toutes les compagnies présentes sur la plateforme, nationales comme étrangères, sont concernées par l’exigence de discipline opérationnelle. Le Board of Airline Representatives porte également une responsabilité collective dans le dialogue avec les transporteurs.
Le pavillon d’une compagnie ne doit procurer ni indulgence particulière ni traitement défavorable.
À AIBD, une personne âgée ne devrait pas attendre un ascenseur occupé par ceux qui peuvent prendre l’escalator
Une autre décision prise par LAS touche à quelque chose de plus quotidien, mais tout aussi révélateur de la qualité d’un aéroport : la manière dont les personnes vulnérables sont traitées.
Les ascenseurs du terminal sont fortement sollicités. Cette occupation provoque des attentes importantes pour ceux qui en ont réellement besoin.
Le gestionnaire donne désormais la priorité aux voyageurs transportant des bagages encombrants ou utilisant un chariot, aux parents accompagnés d’enfants en bas âge ou d’une poussette, aux personnes âgées et aux personnes à mobilité réduite. Les voyageurs valides ainsi que le personnel aéroportuaire sont invités à utiliser les escaliers fixes et les escalators lorsque leur situation le permet. Note Circulaire relative à la …
Cette mesure relève autant de l’organisation que du civisme.
Un employé valide qui monopolise un ascenseur alors qu’une personne âgée, un voyageur en fauteuil ou une mère avec une poussette attend devant la porte participe lui aussi à la dégradation de l’expérience passager.
La qualité d’un aéroport ne se mesure donc pas uniquement à ses infrastructures. Elle se mesure à ce qui se passe lorsque le passager descend de l’avion, cherche son bagage, traverse le terminal ou demande simplement à pouvoir circuler dignement.
LAS a posé les règles. Les compagnies doivent maintenant les respecter et le régulateur exercer son contrôle
La responsabilité ne s’arrête pas au bureau du gestionnaire.
2AS et les autres assistants en escale, les services de sécurité, les Douanes, la CGTA, la CSFA, HAAS, AIBD S.A. ainsi que les compagnies aériennes interviennent à différents niveaux dans le fonctionnement de la plateforme. Chacun doit répondre des responsabilités qui lui sont effectivement attribuées.
L’ANACIM occupe une position particulière. Elle est l’autorité de l’aviation civile au Sénégal et ses missions comprennent le contrôle de l’application des dispositions réglementaires nationales et internationales par les exploitants aériens, les compagnies, les sociétés d’assistance en escale et les autres prestataires de services aériens. Ses propres procédures prévoient une surveillance continue des exploitants et des opérateurs titulaires d’autorisations.
Elle n’a donc pas vocation à se substituer à LAS dans la gestion quotidienne des tapis ou dans la facturation des frais d’encombrement. En revanche, dès lors qu’un comportement constaté entre dans son domaine réglementaire, de sécurité, de sûreté, de facilitation ou de surveillance des opérateurs, son contrôle prend tout son sens.
C’est à ce niveau que la répétition des rappels devient préoccupante. Lorsqu’une règle existe, que le manquement est constaté et qu’il se reproduit, le système de contrôle doit produire un résultat dans le cadre exact des compétences de chaque autorité.
AIBD est la principale porte aérienne internationale du Sénégal. Ce qui s’y passe engage le gestionnaire, les compagnies et les services présents, mais aussi l’image du pays.
Un passager sénégalais ne vaut pas moins lorsqu’il arrive à Dakar que lorsqu’il débarque à Milan.
Sa valise non plus.
Alioune NDIAYE


