Royal Air Maroc prépare son retour au Congo : Casablanca veut reconnecter Brazzaville et Pointe-Noire à son réseau africain
Royal Air Maroc prépare son retour en République du Congo après plusieurs mois d’interruption. Le dossier a été au centre d’une rencontre organisée le 8 septembre à Brazzaville entre le ministre congolais des Transports, de l’Aviation civile et de la Marine marchande, Josué Rodrigue Ngouonimba, l’ambassadrice du Maroc au Congo, Najoua El Berrak, et le nouveau directeur général de la compagnie marocaine dans le pays, Fouad Razak.
Royal Air Maroc prépare son retour en République du Congo après plusieurs mois d’interruption. Le dossier a été au centre d’une rencontre organisée le 8 septembre à Brazzaville entre le ministre congolais des Transports, de l’Aviation civile et de la Marine marchande, Josué Rodrigue Ngouonimba, l’ambassadrice du Maroc au Congo, Najoua El Berrak, et le nouveau directeur général de la compagnie marocaine dans le pays, Fouad Razak.
Pour l’heure, aucune date officielle de reprise n’a été annoncée. Les discussions portent encore sur les conditions techniques et opérationnelles nécessaires au rétablissement des vols, avec deux plateformes directement concernées : Brazzaville et Pointe-Noire.
Cette prudence est importante. Royal Air Maroc ne revient pas sur un marché abandonné de longue date : elle cherche plutôt à reconstruire une desserte interrompue dans un contexte économique particulièrement difficile pour le transport aérien.
Le 23 mai 2026, la compagnie avait annoncé la suspension provisoire de plusieurs lignes internationales en raison de la forte hausse du prix du kérosène liée aux tensions au Moyen-Orient et d’un ralentissement de la demande sur certaines destinations. Casablanca-Brazzaville figurait parmi les routes concernées, au même titre que Kinshasa, Douala, Yaoundé, Libreville ou Bangui.
Le Congo faisait donc partie d’un ajustement beaucoup plus large du réseau africain de RAM.
Quelques semaines auparavant, la compagnie avait pourtant renforcé plusieurs dessertes du continent, notamment Abuja, Accra, Bamako, Douala, Lagos, Libreville, Lomé et Ouagadougou. Une programmation prévoyait également des vols triangulaires Casablanca-Brazzaville-Kinshasa. Cette succession d’expansion puis de suspension rappelle une réalité souvent négligée : développer un réseau africain exige une capacité permanente d’adaptation aux coûts du carburant, aux niveaux de demande et aux performances commerciales de chaque ligne.
Le retour au Congo présente néanmoins un intérêt stratégique évident pour Royal Air Maroc.
Brazzaville est une capitale politique et administrative d’Afrique centrale. Pointe-Noire constitue pour sa part le principal centre économique congolais et un pôle majeur de l’industrie pétrolière et gazière de la région. Les deux villes répondent donc à des marchés différents mais complémentaires : déplacements institutionnels et familiaux pour l’une, trafic d’affaires et mobilité professionnelle pour l’autre.
Pour RAM, l’objectif ne consiste surtout pas à transporter uniquement des voyageurs entre le Maroc et le Congo. Le véritable produit commercial est Casablanca comme plateforme de correspondance.
Depuis Mohammed-V, un passager congolais peut poursuivre son voyage vers l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Afrique de l’Ouest ou d’autres marchés du réseau marocain. C’est cette capacité à agréger plusieurs flux de trafic qui permet à une compagnie de rendre viable une liaison dont la seule demande point-à-point serait parfois insuffisante.
Cette logique explique largement la place de l’Afrique dans la stratégie de Royal Air Maroc.
La compagnie ambitionne de changer profondément de dimension. Son plan à long terme prévoit une flotte pouvant atteindre environ 200 appareils à l’horizon 2037, contre une cinquantaine lors du lancement du programme. Royal Air Maroc vise parallèlement un réseau beaucoup plus large et plus de 30 millions de passagers annuels. Les premières livraisons issues de son grand programme d’acquisition devraient intervenir à partir de 2028, la compagnie utilisant notamment le leasing pour soutenir sa croissance dans l’intervalle.
L’objectif dépasse donc l’ouverture de nouvelles destinations. Le Maroc cherche à renforcer Casablanca comme hub intercontinental reliant l’Afrique à l’Europe et aux Amériques.
Dans cette architecture, Brazzaville et Pointe-Noire ne sont pas des destinations marginales. Elles représentent deux points d’accès supplémentaires à l’Afrique centrale, une région où la fragmentation du transport aérien continue d’obliger de nombreux passagers à effectuer des correspondances parfois longues ou géographiquement peu naturelles.
Le paradoxe est connu : il peut encore être plus simple de relier certaines capitales africaines en passant par un hub extérieur à leur sous-région que par une liaison directe intra-africaine.
Royal Air Maroc cherche précisément à exploiter cette faiblesse structurelle de la connectivité continentale.
Mais le retour au Congo pose aussi une question économique fondamentale : la connectivité doit être durable, pas seulement annoncée.
L’expérience de 2026 démontre que même une compagnie engagée dans une forte expansion peut suspendre rapidement des routes lorsque les coûts d’exploitation augmentent et que la demande ne permet plus de les absorber. La performance d’une ligne dépend du remplissage, du yield, du coût du carburant, des droits et taxes aéroportuaires, des horaires proposés et surtout de la qualité des correspondances offertes au hub.
Une reprise réussie entre Casablanca et le Congo devra donc être évaluée non seulement par l’ouverture des ventes ou le premier vol, mais par sa capacité à maintenir des fréquences régulières sur la durée.
Un élément mérite d’ailleurs d’être suivi avec prudence. Des programmations publiées plus tôt dans l’année avaient évoqué une reprise de Casablanca-Pointe-Noire à partir du 25 octobre 2026, avec deux vols hebdomadaires en Boeing 737 MAX 8. Cependant, les déclarations faites à Brazzaville cette semaine indiquent encore qu’aucune date officielle de reprise n’est arrêtée. Le calendrier commercial devra donc être confirmé par la compagnie avant d’être considéré comme définitif.
Cette nuance est essentielle dans le transport aérien : une ligne chargée dans les systèmes de réservation ou annoncée plusieurs mois auparavant peut encore être ajustée, reportée ou supprimée en fonction des conditions opérationnelles.
Le retour annoncé de Royal Air Maroc au Congo révèle ainsi une bataille beaucoup plus large dans le ciel africain.
Ethiopian Airlines, Kenya Airways, EgyptAir, Air Côte d’Ivoire et plusieurs transporteurs du Golfe ou européens cherchent eux aussi à capter les flux entre Afrique, Europe, Moyen-Orient et Amériques. Dans cette compétition, la force d’une compagnie ne se mesure plus seulement au nombre de destinations desservies, mais à la densité de son réseau, aux fréquences offertes et à l’efficacité de son hub.
Pour Casablanca, reconnecter durablement Brazzaville et Pointe-Noire permettrait donc à Royal Air Maroc de consolider une pièce supplémentaire de son dispositif en Afrique centrale.
Mais après les suspensions du printemps 2026, l’enjeu n’est plus simplement de revenir.
Il est de revenir durablement.



