Formation professionnelle : à Gossas, le 3FPT veut faire des ASC les nouvelles portes d’entrée vers les métiers

À Gossas, le Fonds de financement de la formation professionnelle et technique veut déplacer la formation vers ceux qui en sont encore éloignés. À l’occasion des soixante-douze heures consacrées à l’emploi et à la formation professionnelle, organisées du 19 au 21 septembre, le 3FPT a présenté une nouvelle approche baptisée « Une ASC, des métiers ».

À Gossas, le Fonds de financement de la formation professionnelle et technique veut déplacer la formation vers ceux qui en sont encore éloignés. À l’occasion des soixante-douze heures consacrées à l’emploi et à la formation professionnelle, organisées du 19 au 21 septembre, le 3FPT a présenté une nouvelle approche baptisée « Une ASC, des métiers ». L’idée est simple mais stratégique : s’appuyer sur les Associations sportives et culturelles, profondément implantées dans les quartiers et les villages, pour identifier les jeunes, connaître les compétences recherchées localement et rapprocher la qualification professionnelle des territoires. Avec 107 ASC ciblées dans le département, Gossas devient ainsi un laboratoire de la territorialisation de la formation.

Pendant longtemps, l’un des problèmes de la formation professionnelle au Sénégal a été moins son existence que son accessibilité.

Les dispositifs peuvent être disponibles sans nécessairement atteindre le jeune d’un village, la femme d’un groupement ou celui qui a quitté précocement le système scolaire et ne sait ni quelle formation choisir ni auprès de quelle structure s’adresser.

C’est cette distance que le 3FPT cherche désormais à réduire.

Faire de l’ASC un relais vers le métier

Le choix des Associations sportives et culturelles n’est pas anodin.

Présentes au plus près des populations, particulièrement des jeunes, elles disposent d’une connaissance du territoire que ne possède pas toujours une administration centrale.

Le programme pilote annoncé à Gossas prévoit de travailler avec 107 ASC du département.

Il ne s’agit donc plus seulement d’attendre que le candidat à la formation trouve le dispositif public. Le raisonnement est inversé : le dispositif cherche à se rapprocher du candidat.

L’ASC pourrait ainsi devenir un relais entre les besoins exprimés dans une communauté et les possibilités de qualification financées par le 3FPT.

Cette méthode devra toutefois être évaluée sur ses résultats : combien de jeunes effectivement orientés, combien formés, dans quels métiers et surtout combien insérés durablement ?

Partir des besoins du territoire

La territorialisation n’a de sens que si les formations proposées correspondent à une activité économique réelle.

Former massivement à un métier sans débouché local ne résout pas le chômage : cela déplace simplement le problème.

Les soixante-douze heures de Gossas ont donc également servi à recueillir les besoins en qualification et en insertion auprès des acteurs locaux.

Cette étape est essentielle.

Agriculture, élevage, transformation, artisanat, bâtiment, services, numérique ou maintenance ne présentent ni les mêmes besoins ni les mêmes perspectives selon les territoires.

Une politique de proximité doit par conséquent partir du bassin économique avant de construire l’offre de formation.

Huit cents femmes déjà formées

L’opération permet également au 3FPT de dresser le bilan de ses interventions dans le département entre 2021 et 2026.

Parmi les résultats annoncés figure la formation de huit cents femmes de Gossas, qui doivent recevoir prochainement leurs attestations.

Ce chiffre constitue un indicateur d’accès à la formation, mais il ne suffit pas à lui seul à mesurer l’impact économique du programme.

La question suivante est déterminante : que deviennent les bénéficiaires après leur formation ?

Une politique de qualification professionnelle atteint véritablement son objectif lorsque la compétence acquise débouche sur un emploi, une activité indépendante viable, une augmentation de revenus ou le développement d’une entreprise.

C’est donc la chaîne orientation–formation–certification–insertion qui devra être observée.

Le financement de la formation ne peut plus être séparé de l’insertion

Le 3FPT a précisément été conçu comme un instrument de financement de la formation professionnelle et technique.

Ses interventions couvrent différents publics et différents secteurs, tandis que certains de ses programmes associent déjà qualification et entrepreneuriat. Le projet Espoir Jeunes, par exemple, a été conçu pour développer un enseignement professionnel orienté vers l’insertion, avec plusieurs formats de formation et de certification.

L’expérience de Gossas pousse cette logique plus loin en introduisant un intermédiaire communautaire.

Si le dispositif fonctionne, la proximité pourrait permettre de mieux identifier les jeunes qui échappent aux circuits traditionnels d’information et de formation.

Mais l’efficacité du modèle dépendra de sa capacité à éviter un écueil fréquent : multiplier les bénéficiaires formés sans disposer ensuite d’un environnement économique capable d’absorber leurs compétences.

Gossas devient un test

C’est pourquoi « Une ASC, des métiers » mérite d’être considéré comme une expérimentation plutôt que comme une réussite déjà acquise.

Le potentiel existe.

Les ASC disposent d’un maillage territorial, d’une capacité de mobilisation et d’une proximité avec la jeunesse. Le 3FPT dispose, lui, des instruments de financement et d’un réseau de formation.

La rencontre de ces deux structures peut réduire la distance entre politique publique et bénéficiaire.

Mais le véritable indicateur ne sera pas le nombre d’ASC enrôlées.

Ce ne sera pas davantage le seul nombre d’attestations distribuées.

Il faudra regarder, dans quelques mois, combien de jeunes de Gossas auront effectivement obtenu une qualification correspondant à un besoin économique, combien auront trouvé un emploi, combien auront créé une activité et combien auront réussi à la maintenir.

C’est là que se joue la différence entre une politique de formation et une véritable politique d’insertion.

En choisissant Gossas pour expérimenter « Une ASC, des métiers », le 3FPT fait donc un pari intéressant : utiliser l’une des structures sociales les plus familières de la jeunesse sénégalaise pour conduire cette jeunesse vers les compétences professionnelles.

Si le modèle produit des résultats mesurables, son intérêt dépassera largement Gossas.

Car le défi national n’est plus seulement d’ouvrir des centres de formation.

Il est de faire en sorte que, jusque dans les territoires les plus éloignés des grands centres urbains, chaque jeune puisse identifier une compétence, accéder à une qualification et trouver derrière cette qualification une véritable perspective économique.

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