Afrique de l’Ouest : CEDEAO et AES ont préparé chacune de leur côté les négociations qui s’ouvrent à Dakar
Les négociations formelles entre la CEDEAO et la Confédération des États du Sahel se sont ouvertes le samedi 17 octobre à Dakar. La veille, les deux ensembles avaient tenu séparément leur réunion préparatoire, les ministres de la CEDEAO dans la capitale sénégalaise, ceux de l'AES à Ouagadougou.
Les négociations formelles entre la CEDEAO et la Confédération des États du Sahel se sont ouvertes le samedi 17 octobre à Dakar. La veille, les deux ensembles avaient tenu séparément leur réunion préparatoire, les ministres de la CEDEAO dans la capitale sénégalaise, ceux de l’AES à Ouagadougou.
Côté CEDEAO, le président de la Commission, le général Birame Diop, a demandé aux ministres des Affaires étrangères de dégager les orientations politiques nécessaires et de donner aux équipes techniques un mandat clair pour défendre les intérêts de la Communauté. Il a annoncé qu’un projet d’accord-cadre général avait été élaboré en interne, couvrant dix-huit domaines prioritaires regroupés en cinq pôles, parmi lesquels la libre circulation des personnes et des biens, le commerce, la sécurité et la coopération transfrontalière. Le texte a été conçu, selon lui, pour préserver ce qui peut encore être construit ensemble.
Le ministre sénégalais de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, Cheikh Niang, a posé une condition de méthode qui vise une tentation précise. Il faut négocier en bloc unifié, en évitant toute conclusion d’accords bilatéraux qui pourraient menacer la cohésion de l’organisation. Chaque État membre pris isolément aurait intérêt à traiter directement avec ses voisins sahéliens, et c’est exactement ce que la Commission cherche à empêcher, faute de quoi l’accord-cadre deviendrait sans objet avant d’exister.
Le négociateur en chef de la CEDEAO auprès des pays de l’AES, l’ancien Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté, a présenté un mandat en quatre points : établir un mécanisme permanent de consultation entre les deux ensembles, définir des relations respectueuses des choix souverains des États, préserver les acquis de l’intégration et renforcer la coopération face aux défis communs, en particulier sécuritaires.
Il a défini sa position en deux phrases qui disent l’essentiel du dossier. « Une négociation réussie n’est pas celle où une partie l’emporte sur l’autre. C’est celle où chacun repart avec la confiance d’avoir été entendu. » Et surtout : « Les États peuvent choisir leurs alliances, mais les peuples, eux, ne choisissent pas leur géographie. »
À Ouagadougou le même jour, le Comité ministériel de pilotage de l’AES a examiné les conclusions des réunions tenues à Bamako puis à Niamey pour harmoniser les positions des trois pays. Le ministre burkinabè Jean Karamoko Traoré a décrit l’objectif comme la recherche de nouvelles bases juridiques permettant aux populations de poursuivre leurs activités et de profiter des bénéfices acquis ensemble dans le passé. Le Malien Abdoulaye Diop a invoqué une réalité géographique jamais niée, celle d’appartenir à un même espace. Le Nigérien Bakary Yaou Sangaré a réaffirmé l’attachement de son pays à la Confédération tout en assurant qu’elle n’est bâtie contre personne.
Les deux camps emploient donc le même argument, la géographie et les liens entre les peuples, pour justifier des positions de départ opposées. La CEDEAO veut préserver un cadre communautaire que trois États ont quitté. L’AES veut des relations nouvelles qui ne rétablissent aucune tutelle. Entre les deux se trouvent des commerçants, des transporteurs, des travailleurs migrants et des familles dont la vie quotidienne dépend de règles qui n’ont plus de base juridique.
Le choix de Dakar n’est pas indifférent. Le Sénégal assure la présidence en exercice de la Conférence des chefs d’État, un Sénégalais dirige la Commission, et un autre préside depuis le 12 octobre le comité des chefs d’état-major de la Défense. Aucun accord n’est annoncé à ce stade, et le projet d’accord-cadre reste une base de négociation que l’AES n’a pas acceptée.



