Géopolitique : Rabat avance ses pions dans l’énergie sahélienne

Le ministre nigérien du Pétrole, Hamadou Tini, a reçu le 30 octobre le nouvel ambassadeur du Maroc à Niamey, Mohammed Iboumraten, pour évoquer une coopération dans les hydrocarbures. Aucun contrat ni investissement n'a été annoncé à l'issue de cette rencontre, rapportée le 2 novembre par l'Agence de presse africaine

Le ministre nigérien du Pétrole, Hamadou Tini, a reçu le 30 octobre le nouvel ambassadeur du Maroc à Niamey, Mohammed Iboumraten, pour évoquer une coopération dans les hydrocarbures. Aucun contrat ni investissement n’a été annoncé à l’issue de cette rencontre, rapportée le 2 novembre par l’Agence de presse africaine. Mais elle confirme la volonté de Rabat de se positionner sur la valorisation énergétique d’un Sahel où le Maroc multiplie, depuis 2023, les offres de coopération.

Une relation qui se construit par étapes

L’entretien du 30 octobre prolonge des échanges déjà engagés : en décembre 2025, une délégation nigérienne conduite par le ministre des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, avait rencontré l’Office national des hydrocarbures et des mines à Rabat pour discuter investissements et transfert d’expertise. En avril 2026, Maroc et Niger avaient signé quatorze conventions à l’occasion de leur cinquième Commission mixte, tenue à Niamey. Aucune de ces étapes n’a toutefois débouché, à ce jour, sur un accord opérationnel dans le secteur pétrolier.

Le vrai tuyau de Niamey passe par le Bénin

L’urgence énergétique du Niger tient moins à un manque de partenaires qu’à la fragilité de son unique corridor d’exportation. Le pétrole du gisement d’Agadem rejoint le port béninois de Sèmè Kpodji par un oléoduc construit par la China National Petroleum Corporation, pour un investissement de plusieurs milliards de dollars. Cette ligne a déjà été fermée deux fois pour des raisons politiques : par le Bénin après les sanctions de la CEDEAO consécutives au coup d’État de juillet 2023, puis par Niamey elle-même en juin 2024, après l’arrestation par Cotonou de cinq ressortissants nigériens au terminal. Les exportations n’ont repris qu’en août 2024, sous pression chinoise. C’est cette dépendance à un canal unique et contesté qui rend toute alternative, même lointaine, stratégiquement intéressante pour Niamey.

L’Initiative Atlantique, toile de fond stratégique

Le rapprochement s’inscrit dans l’Initiative Atlantique, proposée par le roi Mohammed VI le 6 novembre 2023 pour offrir aux États sahéliens un accès à l’océan via les infrastructures marocaines. Mali, Burkina Faso et Niger y ont réaffirmé leur adhésion à plusieurs reprises, le Niger la rappelant encore en avril dernier. Trois projets la structurent : le gazoduc Nigeria-Maroc, le port Dakhla Atlantique et un projet de marine marchande. Pour certains analystes du Sahel, l’initiative sert aussi à Rabat à redéfinir l’équilibre géopolitique régional face à l’Algérie, son principal rival sur le dossier du Sahara occidental.

Niamey multiplie les partenaires, Alger reste incontournable

Le Niger ne met pas tous ses œufs dans le même panier. Son ministre du Pétrole négocie aussi, et de façon plus concrète, avec l’Algérie dans le cadre du gazoduc transsaharien, projet vieux de plusieurs décennies reliant le Nigeria, le Niger et l’Algérie. Face à cette diplomatie à plusieurs vitesses, l’ouverture marocaine reste, pour l’instant, une option parmi d’autres. Sa portée se mesurera, comme pour les autres pistes évoquées par Niamey, aux accords techniques et aux investissements qui pourraient en découler, non aux seules déclarations.

Africa7Media

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