Sénégal : appel à épargner davantage, alors que la microfinance prête 887 milliards pour 642 collectés
Le ministre a filé l'image domestique : « Si vous voulez construire une maison, vous n'allez pas faire toutes vos dépenses dans la consommation alimentaire. » Il a rappelé que l'épargne est déjà une pratique ancrée au Sénégal, par les tontines et les Associations villageoises d'épargne et de crédit, et cité deux instruments publics de formation, le Fonds d'impulsion de la microfinance, intervenu récemment à Kolda, et le Fonds de développement de la microfinance islamique.
« On ne peut pas promouvoir le développement s’il n’y a pas d’épargne. » Le ministre de la Microfinance et de l’Économie sociale et solidaire, Alioune Dione, s’exprimait le dimanche 25 octobre à Dakar, en marge d’une randonnée pédestre organisée avec l’Association professionnelle des institutions de microfinance et la Direction de la microfinance et de l’inclusion financière, avant la Journée mondiale de l’épargne du 31 octobre, placée cette année sous le thème « Épargner aujourd’hui pour sécuriser demain ».
Le ministre a filé l’image domestique : « Si vous voulez construire une maison, vous n’allez pas faire toutes vos dépenses dans la consommation alimentaire. » Il a rappelé que l’épargne est déjà une pratique ancrée au Sénégal, par les tontines et les Associations villageoises d’épargne et de crédit, et cité deux instruments publics de formation, le Fonds d’impulsion de la microfinance, intervenu récemment à Kolda, et le Fonds de développement de la microfinance islamique.
Les données de la Direction de la réglementation et de la supervision des systèmes financiers décentralisés situent l’effort. L’encours des dépôts atteignait 634,7 milliards de francs CFA au quatrième trimestre 2025, 640,8 milliards au premier trimestre 2026, en hausse de 8,5 % sur un an, et 641,8 milliards à la fin du deuxième trimestre. Dans le même temps, l’encours de crédits s’élevait à 878,5 milliards au premier trimestre puis 887,4 milliards au second, en progression de 9,8 % sur un an. Le secteur prête donc environ 38 % de plus qu’il ne détient en dépôts, ce qui mesure sa dépendance au refinancement et éclaire autrement l’appel à épargner davantage.
La trajectoire importe davantage que le niveau. Le taux de crédits en souffrance s’établissait à 6,0 % au quatrième trimestre 2025, à 7,1 % au premier trimestre 2026, puis à 7,7 % au second, pour une norme prudentielle fixée à 3 %. Trois trimestres consécutifs de dégradation, et un niveau désormais plus de deux fois supérieur à la norme.
La même note trimestrielle publie six ratios prudentiels, et cinq se situent hors norme au premier trimestre 2026. Le coefficient de liquidité s’établit à 78 % pour un minimum de 80 %. L’autosuffisance opérationnelle atteint 111 % pour un minimum de 130 %. La marge bénéficiaire tombe à 9 % pour un minimum de 20 %. Le ratio de charges d’exploitation monte à 82 % pour un maximum de 60 %. Et les prêts aux dirigeants représentent 12 % pour un plafond de 10 %. Seul le ratio de capitalisation est conforme, à 17 % pour un minimum de 15 %. Le dépassement du plafond des prêts aux dirigeants n’est pas un indicateur de risque de crédit, c’est un indicateur de gouvernance, et c’est celui qui concerne le plus directement la protection des déposants.
Un écart public de 1,7 point mérite d’être expliqué. Le 1er octobre, à l’ouverture de la trentième session du Comité national de coordination des activités de microfinance, le ministre a évalué le taux de créances en souffrance à 6,0 %, quand Amar Seck, du ministère de l’Économie, des Finances et du Plan, l’a chiffré à 7,7 % dans la même réunion. Les deux chiffres sont exacts, mais ils ne portent pas sur la même période, le premier remontant à fin 2025 et le second au deuxième trimestre 2026. Lorsque deux membres de l’exécutif présentent publiquement deux niveaux différents sans préciser la date d’arrêté, le secteur devient illisible pour celui qui y dépose son argent.
La taille du secteur donne la mesure de l’enjeu. Les bénéficiaires cumulés passent de 4 778 409 au premier trimestre 2026 à 4 839 301 au second. Le ministre place le Sénégal au premier rang de la microfinance dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine, avec 15,5 % des comptes ouverts dans la zone en 2025, une part calculée sur le nombre de comptes et non sur les encours, et 849,9 milliards de francs CFA de fonds investis.
Selon l’Agence de presse africaine, les échanges doivent déboucher sur une Déclaration de Dakar sur l’Épargne 2026, suivie d’une feuille de route, après des activités programmées du 27 au 30 octobre et la cérémonie officielle du 31. Le document qui permettra de juger existe déjà et paraît tous les trois mois : la note de la Direction de la réglementation et de la supervision des systèmes financiers décentralisés sur le troisième trimestre 2026 dira si la courbe des crédits en souffrance s’est infléchie et si les cinq ratios revenus sous surveillance ont bougé.


