Sénégal : à la Senelec, trois revendications, deux codes du travail et aucun préavis reconnu
Le Syndicat unique des travailleurs de l'électricité suivra la grève générale des 21, 22 et 23 octobre. Ses revendications sont au nombre de trois : le paiement de la prime sur le résultat annuel bénéficiaire 2025, le contrat AKILEE et le processus de filialisation. La direction générale de la Senelec affirme n'avoir reçu aucune notification formelle de préavis.
Le Syndicat unique des travailleurs de l’électricité suivra la grève générale des 21, 22 et 23 octobre. Ses revendications sont au nombre de trois : le paiement de la prime sur le résultat annuel bénéficiaire 2025, le contrat AKILEE et le processus de filialisation. La direction générale de la Senelec affirme n’avoir reçu aucune notification formelle de préavis.
Dans une note au personnel datée du 19 octobre et signée du directeur général Papa Toby Gaye, l’entreprise indique avoir appris le mouvement par des canaux de communication non officiels. Elle rappelle qu’en application de l’article 436 du Code du travail, un préavis de trente jours est requis avant toute grève en l’absence de conciliation, et cite l’article 438, qui prévoit des sanctions disciplinaires en cas de violation.
Sur la prime 2025, la direction oppose une procédure déjà menée : un différend a été porté devant la Direction générale du Travail et de la Sécurité sociale, la direction de la Senelec et la CSTS ont été entendues le 1er septembre 2026, et un procès-verbal de conciliation a été signé par les parties. Sur le contrat AKILEE et la filialisation, elle se dit ouverte à la poursuite des discussions.
Les dates invoquées de part et d’autre dessinent une difficulté que le droit devra trancher. Les articles 436 et 438 appartiennent à la loi n° 2026-18 du 3 septembre 2026 portant Code du travail. Le procès-verbal de conciliation que la direction oppose au syndicat a été signé le 1er septembre, deux jours avant la promulgation de ce texte.
Le SUTELEC répond sur un autre terrain. Son Conseil syndical national, réuni le 3 octobre, a décidé de suivre le mot d’ordre lancé par le Front syndical pour la défense du travail, auquel l’UNSAS est partie prenante, et dont le préavis a été déposé auprès du ministère chargé du Travail, avec un délai arrivé à expiration. Le syndicat en déduit que l’absence d’un préavis distinct adressé à sa direction générale ne suffit pas à établir l’irrégularité de sa participation, et invoque l’article 25 de la Constitution, qui reconnaît le droit de grève.
Un second litige s’est greffé sur le premier. La direction générale conteste la qualité de membre de l’UNSAS du SUTELEC. Le syndicat objecte qu’il n’a ni démissionné, ni fait l’objet d’une procédure d’exclusion, ni été dissous, et qu’une direction d’entreprise ne peut se substituer aux instances d’une centrale syndicale pour apprécier qui en est membre.
Le ministère de la Fonction publique, du Travail et de la Réforme du service public a de son côté publié un communiqué contestant le principe même d’un préavis unique couvrant les secteurs public, parapublic et privé, qui relèvent selon lui de régimes distincts, le nouveau Code du travail pour les deux premiers, la loi n° 61-33 du 15 juin 1961 et son article 7 pour la fonction publique.
Le 20 octobre, la Senelec a diffusé un communiqué à sa clientèle assurant que toutes les dispositions nécessaires ont été prises pour garantir la continuité et la qualité du service public de l’électricité pendant les trois journées annoncées. Le même 19 octobre, selon le compte rendu de la RTS, le ministre Abdourahmane Diouf avait annoncé un consensus sur les primes des agents de la Senelec, dans l’attente d’un arbitrage présidentiel.
Alioune Ndiaye



