Sénégal : le gouvernement chiffre ses engagements sociaux pendant que Sonko annonce le rejet du budget

Le Garde des Sceaux avance des chiffres précis. Cinq cent quarante-six agents ont suivi une formation au Centre de formation judiciaire entre décembre 2025 et mai 2026 ; tous ont satisfait aux évaluations, obtenu leur diplôme et vu leurs attestations signées.

Le ministre de la Justice, Me Moussa Sarr, affirme que près de 90 % des points du protocole d’accord conclu en août 2025 avec les syndicats des travailleurs de la justice ont été exécutés. Il s’exprimait devant la presse le lundi 19 octobre, le jour même où Ousmane Sonko annonçait que les députés de Pastef ne voteraient pas la loi de finances rectificative.

Le Garde des Sceaux avance des chiffres précis. Cinq cent quarante-six agents ont suivi une formation au Centre de formation judiciaire entre décembre 2025 et mai 2026 ; tous ont satisfait aux évaluations, obtenu leur diplôme et vu leurs attestations signées. Deux réunions au ministère du Travail, les 12 juin et 23 juillet 2026, ont permis de traiter les points en suspens. Un guichet unique a été accepté pour centraliser les dossiers de reclassement, et la régularisation des avancements de tous les travailleurs de la justice jusqu’en 2026 a été actée, y compris pour les agents qui n’en avaient jamais bénéficié. Le ministre qualifie cette dernière décision de concession majeure et annonce, sur la base de simulations, une hausse minimale de rémunération de 200 000 francs CFA.

Il a replacé le dossier dans sa durée. Le décret n° 2019-575 du 25 février 2019 avait été signé sans qu’aucune mesure d’exécution ne suive, et il a fallu attendre août 2025 pour qu’un accord soit conclu. Six ans entre un décret et son début d’application, c’est la mesure de l’attente des agents concernés. Nommé le 1er juin 2026, Me Moussa Sarr dit avoir porté leurs préoccupations « à la limite comme un avocat ».

Un point reste bloqué, et il n’est pas secondaire. Les syndicats demandent un reclassement avec conservation du grade. Le ministère du Travail oppose que cette demande ne repose sur aucune base légale et qu’elle créerait un précédent invocable par d’autres catégories de fonctionnaires. Les syndicats maintiennent leur contre-proposition et estiment que la question relève de la négociation sociale. Ce désaccord suffit à empêcher la finalisation du reclassement, donc à suspendre les hausses annoncées.

Ce point de presse n’était pas isolé. Le même 19 octobre, le ministre de l’Éducation nationale Moustapha Guirassy annonçait que 99 % des points du protocole syndical de son secteur étaient pris en charge, le gouvernement répondait à une menace de grève dans la santé en appelant au dialogue, et le ministre de l’Énergie Abdourahmane Diouf annonçait un consensus sur les primes des agents de la Senelec, dans l’attente d’un arbitrage présidentiel. Le lendemain, le ministre Bassirou Sarr détaillait les engagements financiers de l’État sur les arriérés, les recrutements et le logement.

Cette succession de prises de parole intervient alors que la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal a appelé à une grève générale les 21, 22 et 23 octobre, et que l’intersyndicale de la RTS a décrété un arrêt de travail du 31 octobre au 2 novembre, jours d’ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse. Le gouvernement choisit donc d’opposer aux mots d’ordre des taux d’exécution et des montants.

Reste que ces chiffres proviennent tous d’une seule partie. Aucune organisation syndicale de la justice n’a confirmé publiquement le taux de 90 %, et le seul point que le ministre reconnaît non résolu est précisément celui qui conditionne les gains de rémunération annoncés.


Alioune Ndiaye

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