Mali : six ans à la Réconciliation, dont deux sans l’accord qui fondait le portefeuille
Le général de corps d’armée Ismaël Wagué occupe le portefeuille de la Réconciliation, de la Paix et de la Cohésion nationale depuis le 5 octobre 2020. L’accord qui donnait son objet à ce ministère a été dénoncé par le gouvernement malien le 25 janvier 2024, et les décrets qui en organisaient l’application ont été abrogés le 27 mars suivant.
Il faut remonter à l’origine pour mesurer le déplacement. Wagué apparaît au grand public le 18 août 2020, parmi les officiers qui renversent Ibrahim Boubacar Keïta, et devient porte-parole du Comité national pour le salut du peuple, fonction qu’il exerce jusqu’au 18 janvier 2021. Le 5 octobre 2020, il remplace Lassine Bouaré à la Réconciliation. Son intitulé précise alors qu’il est chargé de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale, celui signé les 15 mai et 20 juin 2015 avec la Coordination des mouvements de l’Azawad. Le portefeuille était défini par un document.
Ce document, Bamako l’a dénoncé. Le communiqué 064 du 25 janvier 2024, lu par le porte-parole du gouvernement de transition, le colonel Abdoulaye Maïga, constate l’inapplicabilité absolue de l’accord et annonce sa fin avec effet immédiat. Trois motifs sont invoqués : le changement de posture de certains groupes signataires, devenus selon les autorités des acteurs terroristes poursuivis par l’État malien, des actes d’hostilité et d’instrumentalisation imputés à l’Algérie, chef de file de la médiation, et l’incapacité de la médiation internationale à faire respecter leurs obligations aux groupes armés, malgré les plaintes adressées par le ministre de la Réconciliation lui-même. Le 27 mars 2024, le Conseil des ministres abroge les décrets portant l’architecture institutionnelle de l’accord.
Le même communiqué de janvier 2024 appelait à un dialogue inter-maliens. Le cadre a donc changé de nature, passant d’un accord négocié sous médiation étrangère à un processus conduit par Bamako. Le ministère, lui, est resté, et il a monté en grade. Le décret n° 2026-0062/PT-RM du 12 février 2026 élève Wagué au rang de ministre d’État, troisième position protocolaire du gouvernement, au même titre que Sadio Camara à la Défense et Alousséni Sanou aux Finances.
Son activité publique récente relève davantage de la médiation sociale et de la coopération que de la négociation politique. Le 14 août 2026, il recevait à Bamako Haoliang Xu, secrétaire général adjoint des Nations unies et administrateur associé du Programme des Nations unies pour le développement, venu réaffirmer la disponibilité du PNUD à accompagner le pays. Le 27 août, il participait à la grande conférence du Maouloud organisée par la Communauté soufie internationale Nour Bilaliya, au Centre international de conférences de Bamako, aux côtés de Cheick Soufi Bilal Diallo.
Le 24 juillet 2026, le ministre a par ailleurs déclaré qu’il n’existait pas de politique d’exactions visant les Peuls au Mali. Un ministre de la réconciliation amené à démentir des violences communautaires mesure l’écart entre son intitulé et la situation du pays.
Six années dans la même fonction, dont deux depuis la disparition de l’accord qui la fondait, posent une question simple et vérifiable. Le dialogue inter-maliens annoncé en janvier 2024 doit produire des textes, et ce sont eux qui diront si ce ministère négocie encore ou s’il administre.



