Sénégal : le Premier ministre interdit les cérémonies de passation jugées démesurées

Le Premier ministre Ahmadou Alhaminou Lo demande aux responsables des départements ministériels et des structures publiques de tenir les cérémonies de passation de service dans la plus grande sobriété. Dans un communiqué rendu public le 6 octobre, il indique agir sur instructions du chef de l’État et prévient que « tout comportement de nature à porter atteinte à l’image de l’État est strictement prohibé ».

Le chef du gouvernement explique avoir été informé que, dans certains départements ministériels et démembrements de l’État, des cérémonies se tiennent en marge des passations proprement dites, dans une ambiance qu’il qualifie de manifestement démesurée. La consigne vaut pour les ministères comme pour les organismes, établissements et entités qui leur sont rattachés ou placés sous leur tutelle. Il est demandé aux responsables d’encadrer ces manifestations afin qu’elles restent conformes au caractère administratif et institutionnel de l’acte.

Ce que coûte une cérémonie de passation

Pour comprendre la portée de cette consigne, il faut savoir à quoi ressemblent certaines de ces cérémonies. Location de salle ou montage de tentes, sonorisation, chaises, rafraîchissements, parfois restauration pour plusieurs centaines d’invités, déplacement de délégations venues des régions, griots et animation. L’ensemble se paie, et il se paie sur des lignes budgétaires de fonctionnement.

Aucun chiffrage n’est donné par le communiqué, et c’est l’une de ses limites. Publier le coût de quelques-unes de ces manifestations ferait davantage pour les faire cesser qu’un rappel à l’ordre.

Le moment choisi ne doit rien au hasard. Le Sénégal négocie un programme de 2,2 milliards de dollars avec le Fonds monétaire international, conduit un traitement de sa dette extérieure, se refinance sur le marché régional à des taux proches de 8 % et s’est engagé à apurer ses arriérés envers les très petites et moyennes entreprises avant la fin de l’année. Dans ce contexte, des images de fête administrative circulant sur les réseaux sociaux posent un problème politique autant que budgétaire.

Le vrai enjeu se situe dans le procès-verbal

Une passation de service n’est pas une formalité protocolaire. C’est l’acte par lequel un responsable sortant remet à son successeur les dossiers en cours, l’état des finances de la structure, l’inventaire du matériel, les engagements pris et les contentieux en instance. Le procès-verbal qui en résulte engage les deux signataires et constitue la pièce de référence si une irrégularité est découverte plus tard.

Une cérémonie réussie ne garantit en rien qu’un tel document ait été établi correctement. L’inverse est également vrai. La sobriété demandée aujourd’hui aurait donc davantage d’effet si elle s’accompagnait d’une exigence sur le contenu : un procès-verbal complet, un inventaire contradictoire, un état des comptes à la date de remise.

Reste la portée juridique de ce texte. Un communiqué du Premier ministre adressé aux membres du gouvernement engage la hiérarchie administrative, sans créer de sanction. Aucune mesure n’est annoncée pour les responsables qui ne s’y conformeraient pas. L’autorité de la consigne reposera donc sur son application, et elle sera visible dès les prochains changements de responsables, qui ne manquent pas dans une administration en cours de recomposition.


Alioune Ndiaye

PARTAGER