Afrique : ZLECAf, ECO et corridors, Dakar veut faire passer l’intégration des textes aux échanges

Bassirou Diomaye Faye a défendu le 4 octobre à El-Alamein, en Égypte, une intégration africaine fondée sur la transformation locale des ressources et sur les corridors reliant les marchés. Président en exercice de la CEDEAO, le chef de l'État sénégalais s'exprimait devant la 8ᵉ réunion de coordination semestrielle entre l'Union africaine et les communautés économiques régionales.

Bassirou Diomaye Faye a défendu le 4 octobre à El-Alamein, en Égypte, une intégration africaine fondée sur la transformation locale des ressources et sur les corridors reliant les marchés. Président en exercice de la CEDEAO, le chef de l’État sénégalais s’exprimait devant la 8ᵉ réunion de coordination semestrielle entre l’Union africaine et les communautés économiques régionales.

Son déplacement en Égypte, du 2 au 4 octobre, comprenait également le sommet extraordinaire des cinq pays fondateurs du NEPAD, qui réunit l’Égypte, l’Algérie, le Nigeria, le Sénégal et l’Afrique du Sud, ainsi qu’un entretien avec le président Abdel Fattah Al-Sissi. Il s’est poursuivi à Abuja par une visite au siège de la Commission de la CEDEAO et l’installation des nouveaux juges de la Cour de justice communautaire.

Un marché ouvert ne suffit pas s’il n’y a rien à vendre

Sur la Zone de libre-échange continentale africaine, Dakar plaide moins pour de nouveaux engagements que pour l’exécution de ceux déjà pris, et surtout pour la transformation sur place des ressources. L’argument tient en une observation simple : un marché continental ne produit d’effets que si les économies disposent de biens transformés à s’échanger. Des pays qui exportent tous du minerai brut, du coton non filé ou du cacao en fèves n’ont rien à se vendre les uns aux autres.

Cette orientation rejoint la stratégie Sénégal 2050, qui prévoit de bâtir une offre industrielle nationale destinée à s’intégrer au marché sous-régional et continental.

Reste la contrainte physique, et elle est décisive. Transporter une marchandise d’Abidjan à Lagos ou de Dakar à Bamako coûte souvent davantage que de l’expédier vers l’Europe. Le président sénégalais plaide donc pour des corridors reliant les territoires et pour une coordination entre les politiques commerciales de la ZLECAf et les programmes d’infrastructures. La Commission de l’UEMOA travaille sur les corridors Bissau-Dakar et Dakar-Bamako-Ouagadougou-Niamey, ainsi que sur les réseaux ferroviaires, gaziers, numériques et les interconnexions électriques. La Banque africaine de développement rappelle de son côté que le rail et la baisse des coûts de transport conditionnent l’exploitation d’un marché de plus de 1,4 milliard de personnes.

Douze membres, quinze réseaux électriques

Un détail du dossier présidentiel mérite d’être relevé, parce qu’il contredit utilement le récit de la rupture régionale. La CEDEAO compte douze membres depuis le départ du Mali, du Burkina Faso et du Niger, et le dossier évoque l’interconnexion des réseaux électriques de quinze pays ouest-africains. Les deux chiffres sont exacts. Les lignes à haute tension, elles, continuent de relier des États que la politique a séparés, parce qu’on ne débranche pas un réseau comme on quitte une organisation.

C’est dans cette logique que Dakar défend la poursuite du dialogue avec l’Alliance des États du Sahel, afin de préserver les liens entre les populations et les acquis de l’intégration. Le même raisonnement vaut pour le commerce : le lithium malien de Bougouni s’exporte par le port ivoirien de San Pedro, et les corridors ont survécu à la rupture institutionnelle.

Sur le plan monétaire, le chef de l’État a rappelé la décision des chefs d’État de lancer la monnaie unique ECO en 2027. Cette formulation demande de la rigueur. Le lancement de l’ECO a été annoncé puis reporté à plusieurs reprises depuis 2020, et il suppose des critères de convergence que peu d’États remplissent simultanément. Une décision politique n’est pas une mise en circulation.

Le sommet a par ailleurs réaffirmé les principes censés organiser le travail entre l’Union africaine, les communautés régionales et les États membres : subsidiarité, complémentarité et avantage comparatif. Formulés depuis des années, ils visent à éviter que trois institutions traitent le même dossier sans que personne ne le mène à terme.

Trois indicateurs permettront de mesurer si cette séquence produit autre chose que des communiqués : le kilométrage de corridor effectivement mis en service, la part du commerce intra-africain dans les échanges du continent, et le dépôt par les États des instruments de ratification des protocoles de la ZLECAf. Les trois sont publiés, et Africa7 les suivra.


Alioune Ndiaye

Source : Agence de presse sénégalaise et communiqué de la Présidence de la République, 4 octobre 2026.

Sources complémentaires : Union africaine, Commission de l’UEMOA, Banque africaine de développement, stratégie Sénégal 2050, Le Soleil, EnquêtePlus, Dakar92. Texte : Africa7 Média.

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