Le Trésor sénégalais lève 336 milliards en un mois, et s’engage désormais sur cinq ans

Le vendredi 25 septembre, le Trésor sénégalais a levé 157,89 milliards de francs CFA sur le marché régional, alors qu’il en recherchait 150. Trois adjudications en un mois, 336 milliards au total, et un changement qui mérite d’être regardé de près : les investisseurs ne se contentent plus de prêter à un an, ils acceptent désormais de s’engager sur trois et cinq ans.

La comparaison entre trois séances raconte l’essentiel. Le 28 août, avant l’accord technique conclu avec le Fonds monétaire international, le Trésor recherchait 70 milliards. Les offres ont afflué, à hauteur de 162,60 % du montant recherché, mais il n’en a retenu que 77 milliards, soit un taux d’absorption de 67,65 %. Autrement dit, un tiers des propositions a été écarté. L’analyste financier Same Mbaye, cité par Le Soleil, invite à décrire ce mécanisme pour ce qu’il est : une sélection selon les conditions de prix et de rendement, et non la preuve que toutes les offres rejetées étaient trop coûteuses.

Le 11 septembre, sur 100 milliards recherchés, 109,02 milliards ont été proposés et 101,34 milliards retenus, soit une absorption de 92,96 %. Le 25 septembre enfin, la totalité des soumissions a été retenue. La séquence est claire : les offres arrivent moins abondantes qu’en août, mais elles correspondent désormais à ce que le Trésor est prêt à payer. Un émetteur qui accepte l’intégralité de ce qu’on lui propose se trouve dans une position confortable, pas dans une position de contrainte.

La bascule vers le long terme

Le mouvement le plus significatif porte sur les maturités. La part des obligations à 3 et 5 ans dans les montants retenus est passée de 68,3 % le 28 août à 75,5 % le 11 septembre, puis à 89,7 % le 25 septembre. Ce vendredi là, sur 157,89 milliards retenus, les obligations pesaient 141,62 milliards contre 16,27 milliards pour le bon à 364 jours, la seule obligation à 3 ans représentant 96,74 milliards, soit environ 61 % du total.

Cette progression n’est pas un détail technique, elle change la nature du risque budgétaire. Quand un État ne se finance qu’à court terme, il doit refinancer sa dette tous les douze mois et reste exposé à la première fermeture de guichet. Allonger les maturités éloigne les échéances, réduit la pression de refinancement et donne au ministère des Finances une visibilité qu’il n’avait plus. Cela suppose en face des prêteurs qui acceptent d’immobiliser leur argent trois ou cinq ans sur la signature sénégalaise, ce qu’ils faisaient beaucoup moins il y a un an.

Le prix de cette visibilité se lit dans les taux, et il reste élevé. Le 28 août, les rendements moyens pondérés s’établissaient à 7,85 % sur le bon à un an, 7,77 % sur l’obligation à 3 ans et 8,24 % sur celle à 5 ans. Deux semaines plus tard, les données d’UMOA Titres situaient l’obligation à trois ans autour de 7,75 % et celle à cinq ans autour de 7,89 %, soit un recul d’environ 35 points de base sur la maturité longue. La détente est réelle et elle est mesurable, mais emprunter à près de 8 % dans une zone à parité fixe et à inflation contenue reste une charge lourde. Sur les 141,62 milliards d’obligations placées le 25 septembre, un rendement voisin de 8 % représente de l’ordre de onze milliards de francs d’intérêts par an, à verser jusqu’à l’échéance.

Une donnée manque d’ailleurs pour boucler l’analyse, et elle est de taille : les rendements de l’adjudication du 25 septembre n’ont pas été publiés dans le compte rendu. Sans eux, on sait combien le Trésor a levé et pour quelle durée, mais pas à quel prix. C’est précisément ce que devrait contenir toute information financière publique sur une opération de cette ampleur.

Ce que le marché régional dit, et ce qu’il ne dit pas

L’élément de contexte intervenu entre ces séances est l’accord technique conclu le 1er septembre avec le FMI, sur un programme de 2,2 milliards de dollars, assorti d’un plan de traitement de la dette. Same Mbaye se garde d’en faire la cause de l’amélioration. Il note que la chronologie est compatible avec cette hypothèse sans l’établir, et cite d’autres explications possibles : anticipations de taux, besoins de liquidité des investisseurs, stratégies d’allocation de portefeuille, conditions générales du marché régional. Cette prudence est celle qui convient à un marché où plusieurs États émettent chaque semaine.

Une dimension mérite toutefois d’être ajoutée à sa lecture. Le plan de traitement annoncé par Dakar exclut explicitement la dette libellée en francs CFA, afin de préserver le marché régional et les banques de l’Union qui en détiennent l’essentiel. Les acheteurs d’obligations sénégalaises en francs savent donc que leurs titres ne figurent pas dans le périmètre de la renégociation. Le retour de l’appétit pour les maturités longues s’explique aussi par cette garantie de périmètre, qui est un choix politique autant qu’un signal de marché.

Reste ce que ces trois séances ne prouvent pas. Un mois d’adjudications réussies mesure l’accès au financement, pas la soutenabilité de la dette. Le Sénégal continue d’emprunter pour couvrir ses besoins courants, à un coût élevé, et sa dette publique était évaluée à environ 132 % du produit intérieur brut pour l’ensemble du secteur public à fin 2024. L’analyste le formule à sa manière en rappelant que la consolidation budgétaire devra concilier soutenabilité de la dette, crédibilité financière, protection sociale et soutien à la croissance.

Trois indicateurs diront, dans les semaines qui viennent, si la détente se confirme : le maintien d’un taux d’absorption élevé, la poursuite de la baisse des rendements à cinq ans, et la publication systématique de ces rendements après chaque séance. Les deux premiers dépendent des investisseurs. Le troisième ne dépend que du Trésor.


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