À l’ONU ce jeudi, Diomaye Faye parle pour deux : le Sénégal et une CEDEAO réduite à douze membres
Le président Bassirou Diomaye Faye au siège des Nations unies à New York, en septembre 2026.
Bassirou Diomaye Faye s’exprime ce jeudi 24 septembre devant le débat général de la 81e Assemblée générale des Nations unies, dans l’après-midi à New York, en soirée à Dakar. Ce sera son premier discours à cette tribune depuis qu’il préside la CEDEAO. Il y parlera donc pour deux : pour un Sénégal qui négocie un programme avec le Fonds monétaire international, et pour une organisation régionale réduite à douze membres.
Deux mandats, une seule tribune
Le 19 juillet 2026, à Freetown, la 69e session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO a porté le président sénégalais à sa présidence en exercice, pour un an. Il succède au Sierra-Léonais Julius Maada Bio, qui n’a pas sollicité de second mandat.
Le même sommet a consacré une double avancée pour Dakar : la désignation du général Birame Diop, ancien ministre de la Défense et ancien chef d’état-major général des armées sénégalaises, à la présidence de la Commission de la CEDEAO pour 2026-2030, entré en fonction le 1er septembre à Abuja ; et l’attribution au Sénégal de la médiation de l’organisation dans la crise politique en Guinée-Bissau.
Depuis mardi, le chef de l’État se présente donc à New York avec cette double casquette. Il a été accueilli au siège des Nations unies par le secrétaire général António Guterres et la vice-secrétaire générale Amina J. Mohammed, avant d’assister à l’ouverture du débat général.
Le chiffre qu’il a mis sur la table
Ses priorités sont déjà connues. Le 22 septembre, lors de la réunion de haut niveau consacrée au Pacte pour l’avenir en Afrique — deux ans jour pour jour après son adoption — il s’est exprimé devant des représentants de la Namibie, de la Zambie, de l’Union africaine et des Nations unies.
Il y a rappelé que le déficit annuel de financement des Objectifs de développement durable atteint 4 000 milliards de dollars. Il l’a assorti d’une seconde donnée, plus rarement citée et pourtant décisive : l’aide publique au développement a chuté de plus de 23 % en 2025. L’écart se creuse donc des deux côtés, par les besoins et par les ressources.
Il a enfin dénoncé un système dans lequel l’essentiel des ressources financières va au service de la dette, dans des proportions qu’il a qualifiées d’exorbitantes, au détriment de l’éducation, de la santé et des infrastructures. Venant d’un chef d’État dont le pays consacre une part majeure de ses recettes au remboursement de sa dette et attend l’approbation d’un programme de 2,2 milliards de dollars par le Conseil d’administration du FMI, la phrase n’est pas théorique.
Une semaine de bilatérales
La journée du 22 septembre a été consacrée aux entretiens. Le président sénégalais a rencontré le président roumain Nicușor Dan, pour relancer une coopération économique après soixante ans de relations diplomatiques ; le président du Conseil européen António Costa, sur l’énergie, la santé, les transports, la pêche et la migration irrégulière ; le président français Emmanuel Macron, sur la sécurité internationale et la prochaine élection du secrétaire général des Nations unies ; le président burundais Évariste Ndayishimiye, qu’il a invité à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse de Dakar ; et le président somalien Hassan Sheikh Mohamoud, sur les défis sécuritaires communs à la Corne de l’Afrique et au Sahel.
Le mercredi a été consacré au débat sur le droit au développement et à un entretien avec le président finlandais Alexander Stubb. Le retour à Dakar est prévu vendredi 25 septembre.
Ces rencontres ne constituent pas, en elles-mêmes, des accords. Elles dessinent une méthode : diversifier les interlocuteurs plutôt que dépendre d’un partenaire historique.
Parler pour douze pays au lieu de quinze
La casquette régionale a un poids particulier cette année. La CEDEAO compte douze membres depuis le retrait effectif du Mali, du Burkina Faso et du Niger, le 29 janvier 2025. Elle affronte simultanément la pression djihadiste au Sahel, la recomposition de ses mécanismes sécuritaires, la libre circulation des personnes et la définition de ses relations avec l’Alliance des États du Sahel.
Le président en exercice a lui-même fixé ses chantiers lors de sa prise de fonction : accélérer l’opérationnalisation de la force régionale de lutte contre le terrorisme, mutualiser les moyens entre États membres, consolider l’autonomie financière de la communauté. Le 28 juillet, il s’est rendu au Mali, première visite d’un président en exercice de la CEDEAO dans un pays de l’AES depuis la rupture.
Parler au nom de douze États plutôt que quinze, devant l’Assemblée générale, n’est pas un détail protocolaire. C’est le résumé, en un chiffre, de ce que l’Afrique de l’Ouest a perdu — et de ce qu’un mandat d’un an peut, au mieux, tenter de réparer.
En toile de fond, la succession de Guterres
Cette session est la dernière du mandat d’António Guterres, et son thème — rétablir la confiance dans une organisation en pleine transformation — prend de ce fait un relief particulier. L’ancien président sénégalais Macky Sall est candidat à sa succession, avec le soutien de Dakar. Le sujet a été abordé lors de l’entretien entre Bassirou Diomaye Faye et Emmanuel Macron, la France disposant d’un siège permanent au Conseil de sécurité, qui recommande le candidat à l’Assemblée générale.
Ce processus est distinct du débat général et ne doit pas être confondu avec les positions du Sénégal sur la réforme des Nations unies. Mais il ajoute une donnée au calcul diplomatique de la semaine : un président sénégalais qui plaide pour une meilleure représentation africaine dans les instances mondiales le fait au moment précis où un Sénégalais brigue le premier poste de l’organisation.
Ce qu’il faudra mesurer
Les thèmes attendus à la tribune sont connus : sécurité au Sahel et en Afrique de l’Ouest, financement du développement, dette, gouvernance mondiale, migrations. Le contenu exact du discours ne sera connu que ce jeudi soir, heure de Dakar.
Un discours à l’Assemblée générale ne produit ni décaissement ni réforme. Son utilité se mesure ailleurs, et à trois marqueurs précis dans les semaines qui viennent : la date d’examen du programme sénégalais par le Conseil d’administration du FMI ; l’avancée des négociations avec les créanciers obligataires du Sénégal ; et la capacité de la CEDEAO à rouvrir un canal opérationnel avec les trois États du Sahel qui l’ont quittée.
Le reste relève du plaidoyer. Il est nécessaire, il est documenté, et il ne coûte rien à ceux qui l’écoutent.
Alioune Ndiaye



