Falémé : 93 dragues démantelées en une journée, le GARSI 2 intensifie la lutte contre l’exploitation illégale de l’or dans l’Est du Sénégal

Quatre-vingt-treize dragues découvertes sur seulement deux sites de la rive gauche de la Falémé : l’ampleur de l’opération menée le 16 septembre par le GARSI 2 à Wassangara et Sansamba montre que, malgré l’interdiction des activités minières dans cette zone sensible, l’exploitation clandestine de l’or conserve d’importantes capacités matérielles.

Quatre-vingt-treize dragues découvertes sur seulement deux sites de la rive gauche de la Falémé : l’ampleur de l’opération menée le 16 septembre par le GARSI 2 à Wassangara et Sansamba montre que, malgré l’interdiction des activités minières dans cette zone sensible, l’exploitation clandestine de l’or conserve d’importantes capacités matérielles. Derrière les opérations de démantèlement se joue désormais un défi plus complexe : empêcher la reconstitution des sites, protéger le fleuve et faire respecter durablement l’autorité de l’État dans une zone aurifère et frontalière particulièrement difficile à contrôler.

Les renseignements transmis aux forces de sécurité faisaient état d’une forte activité d’exploitation de l’or sur la rive gauche de la Falémé.

Le mercredi 16 septembre, les éléments du Groupe d’Action Rapide de Surveillance et d’Intervention numéro 2 de Saraya ont donc lancé simultanément des opérations dans deux secteurs du département.

À Wassangara, dans la commune de Missirah Sirimana, 78 dragues ont été démantelées. À Sansamba, dans la commune de Bembou, quinze autres ont été découvertes.

Le bilan atteint ainsi 93 dragues en une seule journée.

La Gendarmerie nationale confirme officiellement ces chiffres.

Des informations recueillies localement permettent de préciser que l’intervention de Sansamba s’est déroulée entre midi et 17 heures, tandis que celle de Wassangara s’est poursuivie jusqu’à 19 heures. Aucun incident n’a été signalé.

Mais le nombre de machines découvertes donne à l’opération une dimension qui dépasse le simple fait divers sécuritaire.

La Falémé est sous interdiction minière jusqu’en juin 2027

Les activités visées ne sont pas seulement clandestines parce qu’elles seraient exercées sans autorisation.

Elles se déroulent dans un espace faisant l’objet d’une mesure spécifique de protection décidée par l’État.

Le décret du 31 juillet 2024 a suspendu les opérations minières sur la rive gauche de la Falémé. Cette suspension, initialement décidée pour protéger une zone particulièrement exposée aux conséquences de l’exploitation aurifère, a été maintenue jusqu’au 30 juin 2027.

Le gouvernement justifie officiellement cette mesure par trois impératifs : la préservation de l’environnement, la protection de la santé des populations et la sécurisation de cette zone frontalière.

La Falémé n’est en effet pas un cours d’eau secondaire.

Principal affluent du fleuve Sénégal, elle traverse une région aurifère où l’exploitation artisanale et semi-mécanisée s’est considérablement développée.

La présence de dragues dans son lit ou à proximité immédiate pose donc un problème qui dépasse l’extraction illégale d’une ressource minérale.

C’est aussi l’intégrité du fleuve qui est en jeu.

Les 93 dragues révèlent une activité organisée

Une drague aurifère n’est pas un simple outil individuel.

Elle permet d’aspirer ou de traiter des sédiments afin d’en extraire les particules d’or. Son utilisation implique du matériel, du carburant, des opérateurs et une organisation logistique.

La découverte de 93 unités sur deux secteurs indique donc une activité d’une certaine ampleur.

Elle soulève surtout une question : comment autant d’équipements continuent-ils à parvenir dans une zone où l’activité minière est officiellement suspendue ?

Le problème ne concerne dès lors plus uniquement les personnes surprises au bord du fleuve.

Il concerne également les circuits d’approvisionnement.

Une exploitation clandestine durable suppose des machines, des pièces de rechange, du carburant, des moyens de transport, des acheteurs et des circuits permettant d’écouler l’or extrait.

L’efficacité de la lutte dépendra donc de la capacité des autorités à intervenir non seulement sur les sites, mais également en amont et en aval de cette économie clandestine.

Les opérations se succèdent depuis plusieurs mois

L’intervention du 16 septembre est loin d’être la première menée par le GARSI 2 dans le département de Saraya.

Le 4 janvier 2026, une opération conduite à Bantinkhoto avait déjà permis de démanteler un site clandestin situé aux abords de la Falémé. Dix-sept machines utilisées pour l’exploitation aurifère avaient été détruites, tandis qu’une motocyclette et onze motopompes avaient été saisies.

Le 14 mai, les éléments du GARSI 2 avaient de nouveau opéré le long du fleuve, dans les secteurs de Wortoukhaty et Toumbifara. Dix dragues avaient alors été détruites.

Le 24 juin, à Fadougou, dans la commune de Madina Baffé, les gendarmes avaient neutralisé plusieurs installations clandestines et saisi dix groupes électrogènes, treize marteaux-piqueurs, huit motopompes, six pompes à eau et sept panneaux solaires.

Puis, le 12 août, une opération de plus grande ampleur avait abouti à la destruction de 37 dragues le long de la Falémé. Treize personnes, dont quatre femmes, avaient également été interpellées et remises à la brigade territoriale de Saraya.

La succession de ces opérations montre deux réalités simultanées.

La première est l’intensification manifeste de la surveillance.

La seconde est la persistance des activités clandestines malgré cette pression.

Démanteler ne suffit donc pas

C’est probablement le principal enseignement des chiffres disponibles.

Lorsque des sites sont neutralisés puis que des dizaines de nouvelles machines apparaissent quelques semaines ou quelques mois plus tard dans d’autres secteurs, le problème devient structurel.

La question n’est plus uniquement de savoir combien de dragues ont été détruites.

Il faut déterminer à quelle vitesse elles sont remplacées.

Cette capacité de reconstitution peut s’expliquer par l’attractivité économique exceptionnelle de l’or.

Dans une région où l’exploitation aurifère constitue une source importante de revenus directs et indirects, l’interdiction administrative se confronte à une économie locale profondément installée.

Cela ne rend pas l’exploitation illégale légitime.

Mais cela signifie qu’une politique reposant exclusivement sur les opérations de démantèlement risque de devoir être répétée indéfiniment si elle n’est pas accompagnée d’un contrôle des équipements, des circuits commerciaux et des filières d’achat de l’or.

La frontière ajoute une difficulté supplémentaire

La Falémé constitue également une zone frontalière.

Cette caractéristique explique pourquoi le GARSI intervient dans le dispositif.

Ces unités de la Gendarmerie ont été déployées dans l’Est du Sénégal pour renforcer la surveillance des espaces frontaliers et répondre à plusieurs catégories de risques : criminalité transfrontalière, menaces sécuritaires et exploitation illégale des ressources naturelles.

L’orpaillage clandestin prend ainsi une dimension particulière.

Les zones minières attirent des populations mobiles, génèrent d’importants flux financiers et peuvent favoriser le développement de trafics parallèles.

La sécurisation des ressources minières devient dès lors indissociable de celle du territoire.

Le gouvernement lui-même cite la sécurisation de la zone frontalière parmi les motifs ayant justifié la suspension des activités minières autour de la Falémé.

Protéger le fleuve reste la justification première

La dimension sécuritaire ne doit cependant pas faire oublier la raison environnementale de l’interdiction.

L’exploitation aurifère pratiquée directement dans ou à proximité des cours d’eau peut bouleverser les sédiments, dégrader les berges et augmenter la turbidité de l’eau.

À cela s’ajoutent les risques liés aux substances utilisées dans certaines techniques de traitement de l’or lorsque les pratiques ne sont pas contrôlées.

Pour les populations riveraines, la Falémé est simultanément une ressource en eau, un espace agricole et un élément essentiel de l’écosystème local.

La suspension décidée par l’État jusqu’en juin 2027 constitue donc une période de protection renforcée.

Encore faut-il qu’elle soit effectivement respectée.

Et c’est précisément ce que les 93 dragues découvertes le 16 septembre viennent questionner.

Après les dragues, remonter la filière

L’opération de Wassangara et Sansamba constitue indéniablement un résultat opérationnel important pour le GARSI 2.

Mais son ampleur fournit en même temps un indicateur préoccupant de la persistance de l’exploitation clandestine.

Si 93 dragues peuvent fonctionner ou être installées dans deux secteurs malgré une interdiction nationale et des opérations répétées depuis plusieurs mois, le contrôle de la Falémé ne peut pas se limiter aux berges.

La prochaine étape de la lutte se situe probablement dans la compréhension complète de la chaîne économique : origine des équipements, financement des opérations, transport du carburant, propriétaires réels des machines, circuits d’achat et destinations de l’or extrait.

C’est à ce niveau que la lutte contre l’orpaillage clandestin peut passer d’une logique de destruction des moyens matériels à une logique de démantèlement économique des réseaux.

Le décret court jusqu’au 30 juin 2027.

Les forces de sécurité disposent donc encore de plusieurs mois pour faire respecter l’interdiction.

Mais le bilan du 16 septembre montre déjà l’ampleur du défi.

À Wassangara et Sansamba, 93 dragues ont été neutralisées en une journée. Le chiffre peut être lu comme une performance opérationnelle.

Il doit aussi être lu comme un avertissement.

Car la véritable victoire sur la Falémé ne se mesurera pas seulement au nombre de machines détruites, mais au moment où les forces de sécurité n’auront plus à revenir quelques semaines plus tard pour en trouver de nouvelles.

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