L’Australie ne part pas de zéro : elle vient de conclure un accord historique avec l’Europe

L’Australie ne part pas de zéro : elle vient de conclure un accord historique avec l’Europe

Un élément essentiel permet de mesurer la vitesse du rapprochement.

Après huit années de négociations difficiles, l’Australie et l’Union européenne ont conclu le 24 mars 2026 leurs négociations pour un accord de libre-échange.

L’accord n’est toutefois pas encore entré en vigueur. Le texte doit encore passer par les vérifications juridiques, les procédures de signature puis les processus parlementaires australien et européen. Canberra indique que la signature est attendue fin 2026 ou début 2027.

Son contenu donne néanmoins une idée de l’ampleur du rapprochement.

À son entrée en vigueur, 97,8 % des exportations australiennes de marchandises pourront entrer dans l’Union sans droits de douane. Bruxelles indique de son côté que plus de 99 % des droits frappant les exportations européennes vers l’Australie seront supprimés.

L’Union représente déjà le deuxième partenaire commercial de l’Australie derrière la Chine, avec 13,9 % de son commerce de marchandises en 2025. Les échanges de biens et services entre les deux partenaires dépassent 89 milliards d’euros par an.

Le rapprochement est donc déjà une réalité économique.

Mais son importance véritable apparaît lorsque l’on regarde ce que l’Australie possède et ce dont l’Europe a besoin.

Minerais critiques : le cœur silencieux de l’alliance

L’Europe cherche à réduire ses dépendances stratégiques, notamment vis-à-vis de la Chine.

Or l’Australie dispose précisément d’une partie des matières premières nécessaires à cette stratégie : lithium, terres rares, nickel, cobalt et autres minerais indispensables aux batteries, aux véhicules électriques, aux technologies numériques, aux énergies renouvelables et à certaines industries de défense.

L’accord commercial conclu en mars prévoit explicitement de faciliter l’accès européen aux matières premières critiques australiennes. Canberra, de son côté, veut attirer davantage de capitaux européens dans ses projets miniers, énergétiques et industriels.

C’est ici que la relation dépasse le libre-échange traditionnel.

Pour l’Europe, diversifier ses approvisionnements signifie diminuer le risque qu’une puissance extérieure puisse utiliser une position dominante sur certaines matières premières comme instrument de pression.

Pour l’Australie, il s’agit d’éviter une dépendance excessive envers un nombre limité de marchés.

Les intérêts se rejoignent.

Une alliance avec Washington n’empêche plus de chercher ailleurs

L’évolution australienne est particulièrement significative parce que Canberra appartient au premier cercle stratégique américain dans l’Indo-Pacifique.

L’Australie est liée aux États-Unis par l’ANZUS et participe avec Washington et Londres à AUKUS, qui doit notamment lui permettre d’acquérir une capacité sous-marine à propulsion nucléaire.

Personne à Canberra n’annonce donc un divorce stratégique avec les États-Unis.

Mais l’alliance militaire et la dépendance économique sont deux questions différentes.

L’Australie a elle-même été confrontée aux mesures tarifaires américaines malgré son accord de libre-échange avec Washington et son statut d’allié historique. C’est dans ce contexte que Don Farrell insiste désormais sur l’opposition entre économies protectionnistes et défenseurs du libre-échange.

Le message dépasse l’administration Trump.

Les puissances moyennes comprennent progressivement qu’une alliance politique ne garantit plus automatiquement un traitement commercial privilégié.

Le Canada arrive à la même conclusion par une voie beaucoup plus brutale. Environ 72 % de ses exportations restent destinées aux États-Unis, tandis que le gouvernement de Mark Carney s’est fixé l’objectif de doubler le commerce canadien hors États-Unis au cours de la prochaine décennie.

Ottawa et Canberra ne tournent donc pas le dos à Washington.

Ils cherchent des portes supplémentaires.

L’Europe commence à offrir autre chose qu’un marché

C’est probablement le changement le plus intéressant.

Pendant des décennies, l’attractivité internationale de l’Union reposait principalement sur son marché de près de 450 millions de consommateurs et sur sa puissance réglementaire.

La situation internationale l’oblige maintenant à ajouter une dimension stratégique.

Dans son discours du 16 septembre, Ursula von der Leyen a explicitement associé le Canada à une coopération renforcée dans l’énergie, les matières premières critiques, les batteries, l’intelligence artificielle, le quantique, la cybersécurité, l’industrie et la défense. Elle a également proposé un Conseil européen de sécurité susceptible d’associer, au-delà de l’UE, le Royaume-Uni, la Norvège, l’Ukraine et le Canada.

Avec l’Australie, Bruxelles dispose déjà d’un partenariat de sécurité et de défense en complément du nouvel accord commercial.

Commerce, matières premières et sécurité commencent ainsi à appartenir à une même architecture.

C’est beaucoup plus stratégique qu’un simple accord de libre-échange.

Canada et Australie : le début d’un troisième espace ?

Il serait néanmoins excessif de conclure à l’émergence d’un nouveau bloc opposé aux États-Unis ou à la Chine.

Le Canada reste profondément intégré à l’économie nord-américaine. L’Australie conserve une relation sécuritaire fondamentale avec Washington et une relation commerciale majeure avec la Chine. L’Union européenne elle-même demeure liée aux États-Unis par l’OTAN et par des investissements considérables.

La transformation en cours est plus subtile.

Ces puissances cherchent à éviter qu’une relation essentielle ne devienne une dépendance exclusive.

C’est une stratégie de diversification des risques.

Et c’est précisément pourquoi le rapprochement entre l’Australie et l’Europe doit être observé avec autant d’attention que celui du Canada.

Si Ottawa obtient demain une relation institutionnelle nouvelle avec Bruxelles et si l’accord UE-Australie transforme simultanément leurs échanges, un espace de coopération beaucoup plus vaste pourrait progressivement apparaître entre Europe, Canada et Australie.

Il réunirait des économies développées disposant collectivement de marchés, de ressources naturelles, de technologies, de capacités financières, d’industries de défense et d’importantes réserves de matières premières.

Pas nécessairement un troisième bloc.

Mais potentiellement un troisième espace de puissance.

Et dans un monde où les États-Unis et la Chine utilisent de plus en plus ouvertement leur poids économique comme instrument stratégique, cette différence devient essentielle.

La nouvelle géopolitique des puissances moyennes ne consiste plus nécessairement à choisir entre Washington, Pékin ou Bruxelles. Elle consiste à multiplier suffisamment les partenaires pour pouvoir continuer à choisir.

C’est ce que fait le Canada.

Et l’Australie vient de signaler qu’elle regarde attentivement dans la même direction.

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