Sénégal : les recettes fiscales accélèrent, mais l’investissement public reste le point faible de l’exécution budgétaire

Sénégal : les recettes fiscales accélèrent, mais l’investissement public reste le point faible de l’exécution budgétaire

À première vue, les comptes budgétaires du Sénégal au premier semestre 2026 délivrent un signal encourageant. Les recettes fiscales progressent fortement, le déficit demeure contenu par rapport à la trajectoire annuelle et les recettes non fiscales dépassent leur objectif semestriel. Mais derrière cette amélioration apparaît un déséquilibre plus préoccupant : l’État collecte davantage, tandis que l’investissement public continue d’avancer beaucoup plus lentement que prévu.

À fin juin, les recettes fiscales atteignent 2 458,7 milliards de FCFA, contre environ 2 090,5 milliards un an auparavant. Le gain est donc de 368,2 milliards, soit une progression de 17,6 % en glissement annuel.

Ce chiffre, tiré du rapport trimestriel d’exécution budgétaire, est confirmé par plusieurs sources et doit être considéré comme l’un des principaux résultats financiers du premier semestre.

Il mérite néanmoins d’être correctement interprété.

L’objectif fiscal fixé par la Loi de finances initiale 2026 est particulièrement ambitieux : 5 384,8 milliards de FCFA sur l’année. À mi-parcours, 45,7 % de cette cible a été réalisée. Par rapport à la programmation spécifique du premier semestre, en revanche, le niveau atteint représente 97,9 % de l’objectif.

Les recettes progressent donc rapidement, mais l’État n’est pas encore en avance sur son programme annuel.

Cette distinction est importante dans un pays qui a placé la mobilisation des ressources intérieures au cœur de son redressement budgétaire. La LFI 2026 prévoit notamment l’élargissement de l’assiette fiscale, la réduction progressive de certaines exonérations, la fiscalisation accrue de l’économie numérique et la poursuite de la modernisation des administrations fiscales et douanières.

La hausse observée au premier semestre, principalement portée par les impôts directs, constitue ainsi un premier résultat tangible de cette stratégie.

Elle prolonge d’ailleurs la dynamique constatée au premier trimestre : au 31 mars, les recettes fiscales s’établissaient déjà à 1 095,7 milliards de FCFA et les recettes budgétaires progressaient de 11,9 % sur un an.

Au total, 2 617,3 milliards de FCFA de recettes ont été mobilisés dans le budget général au 30 juin, soit 44,1 % des 5 932,2 milliards attendus sur l’année.

Les recettes non fiscales atteignent 124,2 milliards de FCFA, en progression de 6,5 % et à 112,9 % de leur cible semestrielle. Les revenus du domaine et les premières recettes liées aux hydrocarbures contribuent notamment à cette évolution.

Les dons constituent en revanche un point nettement moins favorable : 34,4 milliards de FCFA seulement ont été mobilisés, soit 18 % des 191,5 milliards programmés pour l’ensemble de l’année.

Mais c’est surtout du côté des dépenses que se trouve l’information économique la plus importante.

L’investissement n’avance pas au même rythme que les recettes

Les dépenses du budget général s’élèvent à 2 874,7 milliards de FCFA, correspondant à 40,1 % des prévisions annuelles.

Dans cette enveloppe, les dépenses ordinaires atteignent 2 196,4 milliards. Les dépenses de personnel représentent 759,6 milliards et les transferts courants 658,5 milliards.

La charge financière de la dette atteint déjà 621,2 milliards de FCFA en six mois, dont 453,1 milliards au titre de la dette extérieure et 168,1 milliards pour la dette intérieure.

Cette somme donne une première indication de la contrainte qui pèse sur les marges budgétaires.

Mais l’écart le plus significatif concerne les investissements.

Les dépenses en capital ne s’élèvent qu’à 678,3 milliards de FCFA, soit 24,2 % des crédits annuels prévus. Sur ce montant, 397,2 milliards correspondent aux investissements financés sur ressources internes et 281,1 milliards à ceux financés sur ressources extérieures.

Le ralentissement n’est pas apparu au deuxième trimestre. Il était déjà visible trois mois auparavant : au 31 mars, les dépenses en capital n’atteignaient que 297,2 milliards de FCFA, soit 10,6 % de la programmation annuelle.

Il existe certes une explication administrative classique. L’exécution des investissements publics est généralement plus faible en début d’exercice avant de s’accélérer au second semestre, à mesure que les marchés sont attribués, les procédures achevées et les travaux effectivement réalisés.

Mais à 24,2 % après six mois, le retard mérite néanmoins une surveillance particulière.

Car dans la situation actuelle du Sénégal, l’investissement n’est pas une variable secondaire.

Le pays doit simultanément assainir ses finances publiques, rétablir la confiance des créanciers et des institutions financières internationales, tout en soutenant une économie dont la croissance hors hydrocarbures demeure beaucoup moins spectaculaire que les performances du pétrole et du gaz.

Réduire le déficit uniquement par une compression ou un décalage excessif de l’investissement pourrait améliorer temporairement certains indicateurs budgétaires tout en affaiblissant la croissance future.

C’est précisément là que l’analyse des chiffres doit dépasser la simple comparaison entre recettes et dépenses.

Un déficit faible à mi-année, mais qu’il faut lire avec prudence

À fin juin, le déficit budgétaire ressort à 257,4 milliards de FCFA, soit environ 1,1 % du PIB.

La cible annuelle inscrite dans la LFI atteint 1 245,1 milliards, correspondant à 5,37 % du PIB.

La comparaison pourrait donner l’impression d’une situation budgétaire très largement meilleure que prévu.

Ce serait prématuré.

Une partie de ce résultat provient du rythme encore faible de certaines dépenses, notamment d’investissement. Le déficit du premier semestre ne peut donc pas être simplement extrapolé sur douze mois.

La comparaison avec le premier trimestre est d’ailleurs instructive. Au 31 mars, le déficit atteignait 333 milliards de FCFA. Trois mois plus tard, il est ramené à 257,4 milliards, alors même que l’État a continué à dépenser. Cela signifie que la progression des recettes au deuxième trimestre a été suffisamment importante pour améliorer le solde cumulé.

C’est un signal favorable.

Mais la véritable épreuve commencera lorsque les investissements et autres dépenses programmées monteront en puissance.

Le Sénégal doit maintenant réussir deux exercices contradictoires

Ces résultats interviennent à un moment particulièrement sensible.

La Loi de finances 2026 a été bâtie sur une stratégie de redressement comprenant une hausse importante des recettes fiscales et une réduction du déficit après les révisions majeures intervenues dans les comptes publics des années précédentes.

Le gouvernement s’est parallèlement engagé auprès du FMI à mettre en œuvre les mesures correctives liées au misreporting des finances publiques.

Le Conseil des ministres du 10 septembre a fixé une autre échéance immédiate : le projet de Loi de finances rectificative 2026 doit être déposé à l’Assemblée nationale au plus tard le 15 septembre, tandis que le projet de budget 2027 doit être soumis au Conseil des ministres le 30 septembre.

Les données du premier semestre prennent donc une importance supplémentaire. Elles constituent l’une des bases sur lesquelles devra être réévaluée la trajectoire budgétaire pour la fin de l’année.

Et deux impératifs risquent de se confronter.

Le premier consiste à préserver la discipline budgétaire, contenir le déficit et restaurer la crédibilité financière du Sénégal.

Le second est de financer effectivement les infrastructures, l’agriculture, l’énergie, l’éducation, la santé et les projets productifs nécessaires à la croissance.

Sacrifier le premier ferait courir un risque financier au pays. Sacrifier durablement le second réduirait sa capacité de transformation.

C’est pourquoi le chiffre le plus rassurant du rapport est probablement la progression de 17,6 % des recettes fiscales ; le plus important à surveiller est celui des 24,2 % d’exécution des investissements.

La question n’est plus seulement de savoir si l’État sénégalais peut collecter davantage. Les six premiers mois de 2026 montrent qu’il en est capable.

Il faut maintenant vérifier s’il peut transformer cette mobilisation fiscale en dépenses publiques efficaces, sélectionner les investissements réellement productifs et accélérer leur réalisation sans détériorer à nouveau ses comptes.

La qualité d’un redressement budgétaire ne se mesure pas seulement à l’argent que l’État parvient à faire entrer dans ses caisses. Elle se mesure aussi à sa capacité à employer ces ressources pour créer les conditions de la croissance qui permettra, demain, de financer durablement ces mêmes caisses

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