Ebola en RDC : l’épidémie est déjà la plus grave du pays, mais elle peut encore être contenue

La République démocratique du Congo affronte désormais une épidémie d’Ebola d’une ampleur sans précédent dans son histoire. Déclarée le 15 mai 2026, elle a progressé avec une rapidité exceptionnelle dans l’est du pays.

La République démocratique du Congo affronte désormais une épidémie d’Ebola d’une ampleur sans précédent dans son histoire. Déclarée le 15 mai 2026, elle a progressé avec une rapidité exceptionnelle dans l’est du pays. Au 6 septembre, l’Organisation mondiale de la santé recensait 6 686 cas confirmés et 3 226 décès, soit une létalité d’environ 48 %. L’Ituri reste le principal foyer, mais une transmission importante persiste notamment au Nord-Kivu et dans le Haut-Uélé.

Ces données actualisent même le constat dressé quelques jours plus tôt par les spécialistes Yap Boum et Marie Roseline Belizaire dans The Conversation. Au 1er septembre, ils comptabilisaient 6 186 cas et 3 007 décès et avertissaient que la RDC se trouvait à un moment critique : soit elle parvenait à accélérer considérablement la riposte, soit l’épidémie risquait de s’installer durablement.

Une précision s’impose toutefois. Il ne s’agit plus seulement d’une épidémie qui « pourrait » devenir la pire de l’histoire congolaise : elle est déjà la plus importante jamais enregistrée en RDC. L’OMS la décrit également comme celle ayant connu la progression initiale la plus rapide dans le pays. Elle reste néanmoins, en nombre de cas et de morts, en dessous de la catastrophe ouest-africaine de 2014-2016, qui avait touché principalement la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone.

La difficulté tient d’abord au virus lui-même. L’épidémie actuelle est provoquée par le virus Bundibugyo, une espèce d’ebolavirus différente du virus Ebola Zaïre responsable de plusieurs grandes flambées précédentes. Or, contrairement à ce dernier, il n’existe actuellement ni vaccin homologué ni traitement spécifique approuvé contre Bundibugyo.

Cette différence est fondamentale. Les outils médicaux qui avaient profondément amélioré la réponse lors de précédentes épidémies congolaises ne peuvent pas être simplement transposés.

Des essais sont néanmoins engagés. Plus de 50 000 doses de vaccin ont été reçues et un dispositif expérimental doit notamment évaluer l’efficacité d’Ervebo contre Bundibugyo. L’OMS souligne cependant que, même si un vaccin efficace était confirmé, celui-ci compléterait les mesures classiques de santé publique plutôt qu’il ne les remplacerait.

C’est pourquoi la première bataille reste celle de la détection précoce.

Des progrès considérables ont déjà été réalisés. Le nombre de laboratoires capables de participer au diagnostic a fortement augmenté et les délais entre prélèvement et résultat, qui pouvaient dépasser une semaine au début de l’épidémie, ont été ramenés dans certaines zones à quelques heures. Mais identifier rapidement une infection ne suffit pas : il faut retrouver les personnes ayant été en contact avec le malade, les suivre et intervenir avant qu’une nouvelle chaîne de transmission ne s’établisse.

Or la géographie congolaise rend cette surveillance particulièrement difficile. L’épidémie s’est développée dans une région marquée par l’activité minière, les déplacements de population, le transport par moto, les échanges commerciaux et l’insécurité. Des communautés parfois très éloignées restent étroitement connectées par les mouvements quotidiens de leurs habitants.

Le deuxième front est donc territorial. La réponse sanitaire doit descendre jusqu’aux villages et ne peut rester concentrée dans les grandes structures urbaines. Centres de diagnostic, équipes de surveillance, capacités d’isolement et moyens logistiques doivent suivre les populations là où elles se déplacent.

La troisième bataille est peut-être la plus délicate : la confiance.

L’expérience des épidémies précédentes a démontré qu’Ebola ne peut être vaincu contre les communautés. Peur des centres de traitement, désinformation, recours tardif aux structures sanitaires, méfiance envers les équipes médicales ou préférence pour certains traitements traditionnels peuvent retarder la détection et multiplier les contacts.

Africa CDC et l’OMS insistent désormais fortement sur une riposte conduite avec les communautés elles-mêmes. Cela implique notamment d’associer responsables locaux, personnels de santé, autorités traditionnelles et religieuses et personnes guéries afin que les messages sanitaires proviennent aussi d’acteurs auxquels les habitants accordent leur confiance.

Cette dimension est loin d’être secondaire. L’Ouganda, également touché au début de l’épidémie, est parvenu à interrompre la transmission locale. Pour l’OMS et Africa CDC, la mobilisation communautaire a compté parmi les facteurs déterminants de cette réussite.

Le quatrième impératif concerne les moyens humains, financiers et logistiques. La RDC et ses partenaires ont lancé le 4 septembre un nouveau plan multisectoriel de réponse sur 180 jours. L’objectif est d’intensifier la surveillance, le diagnostic, la prise en charge, la prévention des infections, les enterrements sûrs et dignes ainsi que l’engagement communautaire.

Car Ebola produit également une crise sanitaire derrière la crise sanitaire.

L’UNICEF a constaté une chute de 42 % du recours aux services essentiels de santé entre avril et juin dans plusieurs des principaux foyers de l’Ituri. Des familles évitent les centres de santé par peur de la contamination tandis que les services sont perturbés par l’épidémie. Vaccinations infantiles, accouchements médicalisés et soins ordinaires peuvent alors reculer.

Les enfants paient déjà un tribut particulièrement lourd. Début août, l’UNICEF comptabilisait 743 cas confirmés parmi les moins de 18 ans et 330 décès. Chez les moins de cinq ans, la létalité dépassait alors 60 %, contre moins de 30 % chez les adultes.

Malgré cette situation extrêmement préoccupante, certains indicateurs montrent que la riposte peut produire des résultats. Les capacités de traitement ont augmenté, les laboratoires se sont multipliés et la grande majorité des enterrements sécurisés peuvent désormais être organisés rapidement. Surtout, le nombre moyen de personnes contaminées par chaque malade a fortement diminué par rapport aux premières semaines de l’épidémie, même s’il reste nécessaire de le maintenir durablement sous le seuil permettant l’interruption de la transmission.

C’est peut-être la principale leçon de cette crise. La RDC connaît Ebola mieux que presque n’importe quel autre pays, mais l’expérience accumulée ne suffit pas lorsque le virus change, que la population se déplace rapidement et que la guerre complique l’accès aux communautés.

Cinquante ans après l’identification d’Ebola en 1976 dans l’actuel territoire congolais, la lutte repose encore sur des principes remarquablement constants : détecter vite, isoler et soigner correctement, retrouver les contacts, sécuriser les soins et les enterrements et, surtout, obtenir la confiance des populations.

Cette fois, la science doit parallèlement résoudre une faiblesse majeure : développer et valider des vaccins et traitements efficaces contre Bundibugyo.

L’épidémie congolaise a donc déjà franchi un seuil historique. Mais « pire de l’histoire » ne signifie pas incontrôlable. L’expérience ougandaise montre que les chaînes de transmission peuvent être brisées. En RDC, la question est désormais de savoir si les moyens, la sécurité, la médecine et surtout les communautés pourront être réunis assez rapidement pour y parvenir.

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