Washington : Diomaye Faye face au FMI, deux semaines après l’accord de 2,2 milliards de dollars

Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, doit s’entretenir ce mardi 15 septembre à Washington avec la directrice générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva. Le rendez-vous intervient deux semaines après l’accord technique de 2,2 milliards de dollars conclu entre Dakar et le Fonds, et au lendemain d’une journée entièrement consacrée aux bailleurs et aux investisseurs américains.

Un rendez-vous au sommet du Fonds

L’agence Reuters a annoncé l’entretien le 14 septembre, et une porte-parole du Fonds monétaire international l’a confirmé : les deux interlocuteurs doivent aborder les développements économiques récents du Sénégal et le programme de réformes engagé par le gouvernement. Le déplacement présidentiel avait été présenté par la Présidence, au départ de Dakar dimanche, comme relevant de la « consolidation des partenariats économiques et financiers » du pays.

Le contexte est connu. Le 1er septembre, au terme d’une mission conduite à Dakar du 19 août au 1er septembre par Mercedes Vera Martin, les services du FMI et les autorités sénégalaises sont parvenus à un accord sur les politiques économiques devant soutenir un nouveau programme au titre de la Facilité élargie de crédit : 1 537,1 millions de droits de tirage spéciaux, soit environ 2,2 milliards de dollars, représentant 475 % de la quote-part du Sénégal, sur trente-six mois, de 2026 à 2029.

Cet accord n’est pas une décision de financement. Il doit encore franchir la direction du Fonds, puis son Conseil d’administration. Deux verrous subsistent : les mesures correctives exigées dans le dossier des déclarations erronées de données financières transmises par le passé, et l’obtention d’assurances de financement auprès des partenaires du Sénégal. C’est cette échéance, davantage que les audiences protocolaires, qui donne son poids à l’étape washingtonienne.

Une première journée en forme de marathon économique

Le lundi 14 septembre a été consacré aux acteurs économiques américains. En fin de matinée, le chef de l’État a reçu une délégation de Cybastion, société spécialisée dans la cybersécurité et les solutions numériques. À l’issue de l’audience, l’entreprise a annoncé la mobilisation d’environ 300 millions de dollars destinés à des projets de digitalisation : cybersécurité et lutte contre la cybercriminalité, centres de données, transfert de technologies et renforcement des capacités nationales, avec l’association annoncée de start-up sénégalaises. Devant ses interlocuteurs, le président a résumé sa doctrine d’une formule : « On ne peut pas être assis sur une mine d’or et tendre la main. »

Ont suivi la Chambre de commerce des États-Unis, en présence de Kendra Gaither, présidente du U.S.-Africa Business Center, et de dirigeants d’entreprises américaines dont Motorola Solutions et Kosmos Energy, puis le Corporate Council on Africa, principale organisation d’affaires américaine consacrée au continent. Devant elle, le chef de l’État a détaillé les secteurs ouverts aux capitaux américains : agriculture et transformation locale, énergie, infrastructures et logistique, santé, numérique. Avec une condition posée publiquement : des emplois qualifiés, un transfert de compétences et des services accessibles, plutôt qu’une logique d’assistance.

La Banque mondiale confirme son appui

L’après-midi, au siège de l’institution, le président Faye a été reçu par Ajay Banga, président du Groupe de la Banque mondiale, entouré d’une importante délégation ministérielle. Quatre chantiers ont dominé les échanges : la réduction du coût de l’énergie, le renforcement de la protection sociale, l’innovation dans le financement de l’entrepreneuriat et l’amélioration du cadre des affaires. L’emploi des jeunes a occupé une place centrale, le chef de l’État présentant la jeunesse comme le premier atout du pays.

Au terme de la rencontre, la Banque mondiale a confirmé son soutien à la stabilisation du cadre macroéconomique et à la transformation structurelle du Sénégal, ainsi que sa contribution au financement des politiques publiques dans les années à venir. Cette coopération s’était déjà traduite, le 6 août 2026 à Dakar, par la signature de trois accords portant sur l’agriculture, la connectivité des zones de production et le développement des régions orientales et australes.

En arrière-plan, les créanciers avancent leurs conditions

Le dossier de presse présidentiel n’en dit rien, mais une autre partie s’est organisée pendant que la délégation faisait route vers Washington. Les principaux détenteurs d’obligations internationales émises par le Sénégal se sont constitués en « Groupe ad hoc » et ont mandaté le cabinet américain White & Case pour les représenter. Le cabinet a conseillé les gouvernements éthiopien et ukrainien, ainsi que des groupes de créanciers au Liban et au Sri Lanka.

Dans un communiqué diffusé en fin de semaine dernière, le groupe se déclare prêt au dialogue, mais pose ses exigences : un traitement de la dette économiquement justifiable, équitable et durable, reposant sur des hypothèses économiques raisonnables ; une transparence qu’il qualifie de maximale et un accès précoce à l’information ; enfin une « répartition équitable du fardeau » entre tous les créanciers financiers du pays. Autrement dit, les porteurs d’obligations refusent d’être les seuls à supporter le coût de l’ajustement. Le groupe prend acte de l’engagement de Dakar à recourir à la version accélérée du Cadre commun du G20 et annonce la mise en place prochaine d’un comité de pilotage.

Les chiffres disent l’ampleur de l’exercice. Le FMI évalue la dette du secteur public sénégalais à 132 % du produit intérieur brut à la fin de 2024, niveau issu de la révision des données de finances publiques. L’économie, elle, résiste : 6,7 % de croissance en 2025, portée par la première année pleine de production pétrolière, une inflation contenue à 1,4 %, et un rebond de la croissance hors hydrocarbures à 4,7 % en glissement annuel au premier trimestre 2026, après un ralentissement à 2,2 % sur l’ensemble de 2025.

Cap sur Abu Dhabi

Après Washington, le chef de l’État est attendu aux Émirats arabes unis les 16 et 17 septembre pour une visite officielle, seconde étape d’une séquence diplomatique construite autour du même objectif : des financements et des investissements. Le retour à Dakar est prévu le jeudi 17 septembre.


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