Sénégal : un excédent commercial en juillet, et des délestages deux mois plus tard

Le Sénégal a dégagé en juillet un excédent commercial de 62,1 milliards de francs CFA. Dans un pays dont la balance commerciale est déficitaire depuis des décennies, le fait mérite d'être souligné avant tous les autres. Il tient à l'entrée en scène du pétrole et du gaz, dont les données de production viennent d'être publiées.

Le Sénégal a dégagé en juillet un excédent commercial de 62,1 milliards de francs CFA. Dans un pays dont la balance commerciale est déficitaire depuis des décennies, le fait mérite d’être souligné avant tous les autres. Il tient à l’entrée en scène du pétrole et du gaz, dont les données de production viennent d’être publiées.

La production brute de Sangomar s’est établie à 2,987 millions de barils en juillet, contre 2,935 millions en juin, soit une hausse mensuelle de 1,8 %. Les ventes ont atteint 2,981 millions de barils. Sur un an, la production recule de 2,3 %. La production de gaz naturel liquéfié a atteint 245 600 mètres cubes, en progression de 38,2 % sur un an. L’électricité, enfin, rebondit de 20 % par rapport à juin.

Ces chiffres prennent leur sens quand on les rapporte aux capacités installées. Sur trente et un jours, 2,987 millions de barils représentent environ 96 400 barils par jour. La première phase de Sangomar étant dimensionnée pour 100 000 barils quotidiens, le champ tourne à près de 96 % de sa capacité nominale. C’est une performance d’exploitation, et c’est aussi la raison du recul annuel : un gisement qui atteint son plafond technique ne progresse plus, il entame une décrue lente que les opérateurs freinent par des puits supplémentaires.

Côté gaz, les 245 600 mètres cubes produits correspondent à environ une cargaison et demie d’un méthanier standard. Grand Tortue Ahmeyim, développé à cheval sur la frontière maritime avec la Mauritanie, monte encore en régime, et la progression de 38 % sur un an mesure cette montée plutôt qu’un rythme établi.

Vingt pour cent d’électricité en plus, et des coupures en septembre

Le rebond électrique de juillet appelle une mise en perspective que les statistiques seules ne donnent pas. Deux mois plus tard, en septembre, le pays connaissait des délestages, le syndicat de Senelec faisant état d’une demande d’environ 1 400 mégawatts pour une offre prévue de 1 250, après l’arrêt d’une centrale de Cap des Biches les 6 et 7 septembre.

Les deux informations ne se contredisent pas, elles mesurent des choses différentes. Une production mensuelle totalise des kilowattheures sur un mois entier. Un délestage résulte d’un déficit de puissance disponible à un instant précis, généralement en fin de journée, quand la demande culmine. Un parc peut donc produire davantage sur le mois tout en se révélant incapable de tenir la pointe du soir, parce qu’une centrale est à l’arrêt ou que le combustible manque.

Cette distinction est importante pour le lecteur, parce qu’elle explique pourquoi des chiffres de production flatteurs coexistent avec des coupures ressenties. Elle explique aussi l’urgence du Réseau gazier national, dont la première canalisation a été posée le 10 septembre à Gandon : alimenter les centrales en gaz domestique, moins cher et disponible, plutôt qu’en gasoil importé.

Un excédent, et ce qu’il ne règle pas

L’excédent commercial de juillet est l’information la plus lourde de conséquences, et il faut la manier avec précision. Le Sénégal importait traditionnellement bien plus qu’il n’exportait, notamment des produits pétroliers raffinés, du riz et des biens d’équipement. Un mois excédentaire signifie que les ventes d’hydrocarbures ont suffi à renverser ce rapport.

Un excédent commercial améliore la position extérieure du pays, celle précisément que le Fonds monétaire international examine dans le cadre du programme en discussion, et il réduit la pression sur les réserves de change de l’Union. Il ne se traduit cependant pas mécaniquement en recettes budgétaires. Les revenus que l’État tire d’un champ pétrolier dépendent des termes des contrats de partage, du rythme de récupération des coûts d’investissement par les opérateurs et de la part revenant à la société nationale. Exporter du pétrole et encaisser de l’argent public sont deux opérations distinctes, séparées par plusieurs années dans la plupart des projets.

Les chiffres de croissance le montrent d’ailleurs sans détour. Le Fonds monétaire international retient 6,7 % pour 2025, mais seulement 2,2 % hors hydrocarbures. Autrement dit, la quasi-totalité de la croissance provient de deux gisements, pendant que l’agriculture, l’industrie et les services avancent à un rythme bien plus modeste. C’est la configuration que connaissent tous les pays entrés récemment dans la production pétrolière, et c’est aussi celle qui rend leurs comptes publics dépendants d’un cours mondial qu’ils ne fixent pas.

Trois indicateurs diront, dans les mois qui viennent, ce que cette transformation produit réellement. La part des hydrocarbures dans les recettes budgétaires effectivement encaissées, publiée dans les documents de loi de finances. La capacité du Réseau gazier national à alimenter les centrales et à faire reculer les délestages. Et la croissance hors hydrocarbures, seul chiffre qui mesure si le reste de l’économie profite de cette manne. Les volumes produits, eux, sont désormais connus chaque mois.


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