Sénégal : budget rectificatif renvoyé en commission sur demande du gouvernement, sans date de retour

Le projet de loi de finances rectificative pour 2026 n'a pas été voté le mardi 27 octobre. À la demande de Cheikh Diba, ministre de l'Économie, des Finances et du Plan, l'Assemblée nationale l'a renvoyé devant la commission des Finances et du Contrôle budgétaire, sur le fondement de l'article 84 de la loi organique numéro 2025-11 du 18 août 2025 portant règlement intérieur. Aucune date de retour en plénière n'a été annoncée.

Le projet de loi de finances rectificative pour 2026 n’a pas été voté le mardi 27 octobre. À la demande de Cheikh Diba, ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, l’Assemblée nationale l’a renvoyé devant la commission des Finances et du Contrôle budgétaire, sur le fondement de l’article 84 de la loi organique numéro 2025-11 du 18 août 2025 portant règlement intérieur. Aucune date de retour en plénière n’a été annoncée.

La commission des Finances avait écarté le texte le vendredi 23 octobre, la majorité de Pastef rejetant l’ensemble du projet ainsi que les deux amendements du gouvernement. Le lundi 26 octobre, le président de cette même commission a adressé une lettre à l’exécutif, reprenant les préoccupations d’un mémorandum déjà transmis. C’est au lendemain de cette lettre que le ministre a demandé le renvoi. Il a précisé que sa démarche ne traduisait pas « une volonté de contourner le débat parlementaire » et n’équivalait pas à un abandon des responsabilités du gouvernement.

Un renvoi en commission n’est pas un ajournement. Le texte quitte la séance publique et retourne au stade de l’examen, ce qui rend possible le dépôt des amendements écrits que le gouvernement réclamait depuis une semaine et évite un vote négatif en plénière. Le groupe Takku Wallu Sénégal, qui s’est abstenu en commission, a annoncé qu’il s’abstiendrait également en séance quelle que soit la décision de la majorité, au motif qu’il refuse de prendre part à ce qu’il qualifie de « querelle interne » entre Pastef et le président Bassirou Diomaye Faye. Le texte peut donc revenir sans que l’arithmétique de l’hémicycle ait changé.

Le site Nettali a publié le 27 octobre une enquête auprès de trois personnalités. Mouhamadou Madana Kane, ancien directeur de la Banque islamique du Sénégal, avertit qu’un rejet « va saper la confiance des investisseurs » et estime que la charge de la dette a absorbé les recettes au détriment de l’investissement. Birame Yaya Wane, président du Conseil national des dirigeants d’entreprises, affirme que, dans la sous-région, « nous sommes les seuls à stagner », et met en cause les politiques économiques conduites depuis 2024. Cheikh Oumar Diagne, ancien directeur des moyens généraux de la présidence de la République et ancien ministre conseiller, résume ainsi la séquence : « Quel que soit le vainqueur à l’issue de ce bras de fer, c’est le peuple sénégalais qui sera perdant. »

La qualité des témoins compte autant que leur diagnostic. Mouhamadou Madana Kane préside le Mouvement Dundu, une formation politique. Cheikh Oumar Diagne a quitté la mouvance présidentielle. Birame Yaya Wane dirige une organisation patronale. Leur inquiétude est documentée et leurs arguments tiennent, mais aucun des trois ne s’exprime depuis une position neutre, et un lecteur averti le sait. L’enquête ne comporte par ailleurs qu’une seule donnée chiffrée, un corridor en préparation entre la Côte d’Ivoire et le Nigeria qui absorberait plus de 70 % des échanges intracommunautaires de la CEDEAO.

Ce que le blocage coûte réellement reste à établir. Aucune des trois contributions ne fournit d’indicateur de marché, de coût de financement ni de calendrier de décaissement. Le Sénégal est engagé dans un programme conclu le 1er septembre avec les services du Fonds monétaire international, deux milliards deux cents millions de dollars sur trente-six mois au titre de la facilité élargie de crédit, dont les versements sont conditionnés à des réformes que ce budget doit porter. C’est par là que se mesurera l’effet du retard.

Trois échéances sont désormais lisibles. La commission des Finances doit se prononcer une seconde fois. Le gouvernement doit dire s’il accepte tout ou partie des cinq conditions rendues publiques par le groupe Pastef le 24 octobre. Et l’Assemblée doit fixer une date de retour en plénière. Aucune des trois n’est annoncée à ce jour.


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