SÉNÉGAL – AGRICULTURE : Une tonne d’engrais interceptée à la frontière guinéenne, la filière des subventions en question

À Kalifourou, la police a intercepté vingt sacs d’urée en direction de la Guinée. Une saisie qui soulève la question du contrôle des engrais subventionnés au Sénégal.

Vingt sacs d’urée, achetés selon leurs propriétaires sur le marché noir à Linkéring, ont été interceptés par la police à Kalifourou, dans le département de Vélingara. Cette saisie remet en lumière les difficultés de contrôle des engrais subventionnés et leur circulation aux frontières du Sénégal.

À Kalifourou, à la frontière entre le Sénégal et la Guinée, les policiers du commissariat spécial de Kounkané ont intercepté une cargaison d’une tonne d’engrais qui devait être acheminée vers le territoire guinéen. Composée de vingt sacs de cinquante kilogrammes d’urée à 46 % d’azote, la marchandise était transportée à bord d’un tricycle en provenance du village sénégalais de Wadiyatoulaye, en direction de Wassi, en République de Guinée.

Selon les informations communiquées par la Police nationale, la cargaison appartiendrait à deux individus. Ceux-ci ont déclaré avoir acheté les sacs à 13 000 francs CFA l’unité sur le marché noir de Linkéring, auprès de deux personnes dont ils affirment ignorer l’identité. Le montant total de l’achat déclaré s’élèverait ainsi à 260 000 francs CFA.

Les propriétaires présumés soutiennent que l’engrais était destiné à leur champ de riz situé à Wassi, en Guinée. Cette version ne permet cependant pas d’établir l’origine exacte de la marchandise ni les conditions dans lesquelles elle aurait été initialement mise sur le marché.

Des engrais subventionnés détournés de leur destination ?

L’affaire soulève une question sensible pour les producteurs agricoles du département de Vélingara. Selon les déclarations rapportées par la police, le produit intercepté appartient à une catégorie d’engrais régulièrement distribuée aux agriculteurs de la zone par la SODEFITEX.

Toutefois, l’appartenance de ces vingt sacs à un lot effectivement subventionné, leur circuit de distribution et l’existence éventuelle d’un détournement devront être établis par les services compétents.

La distinction est importante. Une cargaison transportée irrégulièrement à travers une frontière ne démontre pas, à elle seule, l’existence d’un réseau organisé de détournement des subventions agricoles.

L’enjeu dépasse néanmoins cette seule interception. Les intrants subventionnés constituent un instrument de soutien aux producteurs, destiné notamment à réduire leurs coûts de production. Leur circulation sur des marchés parallèles peut compromettre l’accès des bénéficiaires aux quantités qui leur sont attribuées.

Le gouvernement sénégalais a d’ailleurs identifié les insuffisances du système de distribution parmi les problèmes à corriger. Pour la campagne agricole 2026-2027, les autorités ont notamment engagé des mesures relatives au financement des intrants, à l’approvisionnement en engrais et à la sécurisation de leur disponibilité.

Une saisie qui appelle des vérifications sur toute la chaîne

Après l’interception, les vingt sacs d’urée et le tricycle utilisé pour leur transport ont été remis au Service départemental du Commerce de Vélingara pour la suite de la procédure.

Les vérifications devront notamment permettre de déterminer l’origine des produits, les conditions de leur acquisition et la conformité de leur transport vers la Guinée. Elles pourraient également éclairer les circonstances de la vente évoquée par les propriétaires présumés à Linkéring.

Cette affaire rappelle les difficultés que pose le contrôle des flux commerciaux dans les zones frontalières, où les échanges agricoles sont étroitement liés aux activités économiques des populations des deux pays.

Pour les autorités sénégalaises, l’enjeu consiste à contrôler la destination des intrants bénéficiant d’un soutien public tout en préservant les échanges commerciaux réguliers. La traçabilité des engrais, depuis leur distribution jusqu’à leur utilisation finale, demeure ainsi au cœur de la question.

En attendant les conclusions des services compétents, la saisie de Kalifourou constitue un fait établi. L’existence d’un détournement organisé et l’implication éventuelle d’autres personnes restent, elles, à démontrer.

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