Sénégal : 65 milliards annoncés contre le cancer, et toujours pas de radiothérapie publique en état de marche

Un projet de plus de 65 milliards de francs CFA, environ 100 millions d'euros, est en cours d'élaboration par le ministère de la Santé et de l'Action sociale avec le Fonds des Nations unies pour l'enfance.

Un projet de plus de 65 milliards de francs CFA, environ 100 millions d’euros, est en cours d’élaboration par le ministère de la Santé et de l’Action sociale avec le Fonds des Nations unies pour l’enfance. L’annonce a été faite le 30 septembre à Dakar par Malick Anne, chef de la Division de la lutte contre les maladies non transmissibles, à la clôture de la campagne « Septembre en Or » consacrée aux cancers de l’enfant.

Le projet porte sur le renforcement du dépistage précoce, sur l’accès aux médicaments anticancéreux, avec un travail d’adhésion du Sénégal à une plateforme mondiale d’approvisionnement mené avec l’hôpital Dalal Jamm, l’UNICEF et l’Organisation mondiale de la santé, et sur la création d’un fonds destiné aux personnes atteintes de maladies chroniques et confrontées à des difficultés financières. Son calendrier, la répartition de son financement et ses composantes n’ont pas été détaillés.

Ces 65 milliards ne sont pas la première enveloppe annoncée. En février 2026, le même responsable présentait le Plan national de lutte contre le cancer 2025-2029, doté d’environ 80 milliards de francs CFA, prévoyant le renforcement des capacités en oncologie, en radiothérapie et en chimiothérapie ainsi que la formation des personnels au dépistage communautaire. Dans son adresse à la nation du 31 décembre 2025, le chef de l’État annonçait 91 milliards consacrés à 35 centres de santé de proximité, à l’achèvement de l’hôpital oncologique de Diamniadio et au renforcement des plateaux techniques. Un programme national décennal de prévention et de lutte contre les cancers a par ailleurs été décidé en Conseil des ministres.

Quatre annonces en moins d’un an, dont trois chiffrées. Rien n’indique qu’elles se contredisent, et il est courant qu’un plan national soit financé par plusieurs guichets. Mais aucun document public ne dit si le projet avec l’UNICEF constitue une composante du plan 2025-2029, s’il s’y ajoute, ou s’il en remplace une partie. Pour un financement de cette taille, la question n’est pas comptable, elle est politique : elle détermine ce que l’État met de ses propres ressources et ce qu’il attend des partenaires.

Ce que ces montants doivent corriger

Le Sénégal enregistre plus de onze mille nouveaux cas de cancer par an, dont huit cents à mille six cents cancers pédiatriques selon la Ligue sénégalaise contre le cancer. Quatre localisations dominent : col de l’utérus, sein, prostate et foie.

Un traitement complet repose sur trois piliers : la chirurgie, la chimiothérapie et la radiothérapie. Le Sénégal a rendu la chimiothérapie gratuite dans le public pour les cancers du sein et du col de l’utérus depuis le 1er octobre 2019, et réduit de 60 % le coût des autres. Le troisième pilier, lui, fait défaut. En janvier 2026, la présidente de la Ligue, le docteur Fatma Guenoune, déclarait que l’accès à la radiothérapie reste problématique faute d’appareils fonctionnels dans les structures publiques.

Sans radiothérapie, une partie des protocoles devient impossible à appliquer. Certains cancers se traitent d’abord par irradiation, d’autres l’exigent après la chirurgie pour éviter la récidive. Les patients sont alors orientés vers le privé, quand ils en ont les moyens, ou vers l’étranger. Un accélérateur de particules coûte plusieurs milliards de francs, mais son installation suppose aussi un bunker aux normes, des physiciens médicaux formés et un contrat de maintenance. C’est cette chaîne complète qui manque, et c’est à elle que ces enveloppes devront d’abord répondre.

Quatre-vingts millions de francs pour un enfant

La clôture de « Septembre en Or » a donné à ce sujet un visage. L’association Yaayou Tidiane, présidée par Dieynaba Kane, qui a perdu son fils Tidiane en 2021 à l’âge de douze ans, y a cité le parcours d’un enfant soigné en Turquie : plus de cinquante millions de francs CFA engagés en trois mois, pour une facture susceptible d’atteindre quatre-vingts millions.

Ce montant équivaut à ce que gagne un salarié sénégalais au revenu moyen en plusieurs décennies. Il se finance par la vente d’un terrain, par la mobilisation d’une famille élargie, par des collectes sur les réseaux sociaux, et il échoue souvent. Chaque enfant évacué représente aussi une somme qui sort du pays au lieu d’y financer un équipement partagé par tous les malades.

L’association demande la gratuité des soins et des médicaments essentiels pour les enfants atteints de cancer, ainsi qu’un centre national réunissant dépistage, imagerie, chirurgie spécialisée, greffe et accompagnement psychosocial. Elle réclame également des espaces d’hospitalisation adaptés aux enfants et des lieux de repos dignes pour les mères accompagnantes, ce qui en dit long sur les conditions actuelles.

Le centre national d’oncologie en construction à Diamniadio devait, selon l’engagement présidentiel de fin 2025, être achevé en 2026. Nous sommes en octobre. Sa mise en service, la mise en route effective d’appareils de radiothérapie dans le public et la publication d’un document unique récapitulant ces financements sont les trois éléments qui permettront de juger. Les annonces, elles, sont désormais au nombre de quatre.


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