Sécurité Publique : l’armée sénégalaise se déploie pour encadrer l’or artisanal

Les ministres des Forces armées, Yankhoba Diémé, et des Mines et de la Géologie, Cheikhou Oumar Seck, ont signé mardi 3 novembre un protocole confiant au Génie militaire l'aménagement et la sécurisation de sept couloirs d'orpaillage à Kédougou et Tambacounda.

Les ministres des Forces armées, Yankhoba Diémé, et des Mines et de la Géologie, Cheikhou Oumar Seck, ont signé mardi 3 novembre un protocole confiant au Génie militaire l’aménagement et la sécurisation de sept couloirs d’orpaillage à Kédougou et Tambacounda. Chiffré à 488,4 millions de francs CFA sur deux ans, ce programme cherche à formaliser une activité dont vivent plus de 30 000 personnes, tout en freinant la pollution au mercure qui ronge la Falémé.

Un cadre qui existe depuis 2014, jamais appliqué

Les couloirs d’orpaillage ne sont pas une invention de 2026 : un arrêté ministériel en avait déjà délimité seize, par coordonnées GPS, dès février 2014. Leur application est restée largement lettre morte, et l’orpaillage clandestin a continué de prospérer sur la Falémé. Le ministère des Mines avait préparé cette relance par une mission de reconnaissance menée du 8 au 13 septembre sur les sites de Sékoto-Caviar, Ngary, Alliguel et Samba Yaye, avant de retenir Ngary, Kaviar et Sékhoto comme priorités.

La Falémé, fil rouge de la décision

Le choix du moment n’est pas anodin. Le président Bassirou Diomaye Faye s’était rendu à Kédougou le 18 octobre pour alerter sur l’urgence environnementale de ce fleuve frontalier avec le Mali, dont l’exploitation artisanale pollue les eaux au mercure et au cyanure depuis des années ; il avait déjà suspendu par décret, en 2024, toute activité minière sur 500 mètres le long de sa rive gauche. La Falémé fournit un quart du débit du fleuve Sénégal et alimente le lac de Guiers, principale réserve d’eau du pays.

Pourquoi l’armée, et pas seulement les mines

Le recours au Génie militaire dépasse la seule logistique. Des analyses sécuritaires régionales pointent, dans les zones aurifères de Kédougou et Tambacounda, des vulnérabilités que des groupes armés actifs dans le Sahel pourraient exploiter pour financer leurs activités via des circuits informels de commercialisation de l’or. Encadrer ces circuits revient donc aussi à fermer une source de financement potentielle, au-delà de la seule sécurisation des sites.

Formaliser sans étouffer un gagne-pain

Chaque couloir doit couvrir environ un kilomètre carré, avec clôtures, forages, accès contrôlés et équipements solaires, complétés par des espaces de restauration, des lieux de prière et des crèches pour les femmes orpailleuses. Vingt-cinq militaires et quatre semaines de travaux sont prévus par site. Le gouvernement vise la formalisation d’au moins la moitié des acteurs du secteur d’ici 2029 ; son succès dépendra du financement effectif, de l’adhésion des communautés et du contrôle réel des circuits de vente, bien au-delà de l’aménagement physique des couloirs.

Africa7Media

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