PME : et si le premier gisement de compétitivité se trouvait dans la facture d’électricité ?
Mbaye HADJPour Mbaye HADJ, la facture d'électricité ne doit plus être vue comme une charge subie, mais comme un indicateur de gestion et un levier direct de compétitivité pour les PME.
Mbaye HADJPour Mbaye HADJ, la facture d’électricité ne doit plus être vue comme une charge subie, mais comme un indicateur de gestion et un levier direct de compétitivité pour les PME.
Pour de nombreuses petites et moyennes entreprises, l’électricité n’est plus une simple ligne parmi les charges d’exploitation. Elle peut peser directement sur les coûts de production, la capacité à investir, les prix de vente et, finalement, la marge.
Pourtant, face à une facture élevée, le débat se résume encore trop souvent au prix du kilowattheure. Une entreprise dispose aussi d’un autre levier : agir sur la manière dont elle consomme l’énergie. L’objectif n’est pas de produire moins pour consommer moins, mais de produire autant, voire davantage, avec une quantité d’énergie mieux maîtrisée.
À retenir
- Une facture d’électricité élevée peut devenir un véritable sujet de marge pour les PME.
- La première étape n’est pas toujours d’acheter une nouvelle installation, mais de mesurer les usages et d’éliminer les gaspillages.
- Le solaire et le stockage peuvent être pertinents lorsqu’ils répondent à un besoin réel et correctement dimensionné.
- L’audit énergétique et ISO 50001 permettent de transformer l’énergie en projet de management et d’investissement.
Chaque franc économisé peut renforcer la marge
Le raisonnement économique est simple. Le chiffre d’affaires d’une entreprise doit absorber les achats de matières premières et marchandises, les salaires, les loyers, le transport, les charges financières, les impôts, les services extérieurs et l’énergie. Ce qui subsiste constitue le résultat.
Lorsqu’une entreprise réussit à réduire durablement sa consommation d’électricité sans détériorer sa production, la qualité de ses produits, le confort nécessaire à ses activités ou le service rendu au client, l’économie réalisée réduit ses charges d’exploitation. Toutes choses égales par ailleurs, cette réduction améliore donc directement son résultat.
Prenons un cas pédagogique. Une entreprise supportant 1 000 unités de charges, dont 400 consacrées à l’électricité, se trouve dans une situation où l’énergie absorbe 40 % de ses charges. Si, grâce à une véritable politique d’efficacité énergétique, la dépense électrique est ramenée à 200 sans réduction de l’activité, le total des charges diminue fortement.
L’exemple permet de visualiser le mécanisme : l’énergie cesse d’être considérée comme une dépense incompressible et devient une variable de performance économique.

Il faut toutefois lire ce schéma comme une illustration et non comme une promesse universelle de rentabilité. Une entreprise dont l’électricité représente 5 % des charges n’obtiendra évidemment pas le même effet qu’une activité où elle en représente 30 ou 40 %. Tout commence donc par la mesure.
La bonne question : où consommons-nous inutilement ?
L’efficacité énergétique est parfois assimilée à une politique de restriction. C’est une erreur. L’objectif n’est pas simplement de consommer moins : il est de consommer mieux.
Dans une PME, les sources d’inefficacité peuvent être multiples : climatisation fonctionnant en dehors des périodes utiles, éclairage inutile, équipements anciens ou mal dimensionnés, machines laissées sous tension, mauvais réglages, absence de maintenance, fonctionnement simultané d’appareils fortement consommateurs, pertes techniques ou encore absence de suivi des consommations.
Avant d’investir massivement, l’entreprise doit donc comprendre son profil énergétique : combien consomme-t-elle, à quels moments, pour quelles activités, avec quels équipements et pour produire quelle quantité de biens ou de services ? C’est ce diagnostic qui permet de distinguer la consommation indispensable de la consommation évitable.
Commencer par les économies qui nécessitent peu de capitaux
Pour une PME confrontée à des contraintes de trésorerie, la première étape ne doit pas nécessairement être l’achat d’une installation coûteuse. Une partie des gains peut provenir de mesures organisationnelles : modifier les horaires de fonctionnement, éteindre certains équipements lorsqu’ils ne sont pas utilisés, optimiser les réglages de climatisation, améliorer la maintenance ou sensibiliser les équipes.
Vient ensuite le remplacement progressif des équipements les plus énergivores : éclairage plus performant, moteurs électriques efficaces, systèmes de climatisation mieux dimensionnés, variateurs de vitesse lorsque leur utilisation est techniquement pertinente, automatisation ou dispositifs de contrôle.
Cette hiérarchisation est fondamentale. Il faut d’abord éliminer l’énergie gaspillée, ensuite améliorer l’efficacité des équipements et enfin déterminer la meilleure manière de produire ou d’acheter l’énergie restante.
Le solaire : produire soi-même une partie de ce que l’on consomme
Pour certaines entreprises, le solaire photovoltaïque peut constituer l’étape suivante. Une PME disposant d’une toiture ou d’un espace adapté, et dont une partie importante de la consommation intervient pendant les heures d’ensoleillement, peut envisager l’autoproduction d’une fraction de son électricité, sous réserve d’une étude technique et économique adaptée à son profil.
Source initiale : LE BRIEF – Tribune Mbaye HADJ



