Or en Mauritanie : six zones prometteuses, mais Raminvest doit encore prouver l’existence d’un gisement exploitable

Cinquante grammes d'or par tonne. Le chiffre, annoncé le 10 septembre par RAMINVEST HOLDING pour son projet de Wompou en Mauritanie, a de quoi impressionner : la plupart des mines d'or africaines en exploitation travaillent sur des teneurs de un à trois grammes. I

Cinquante grammes d’or par tonne. Le chiffre, annoncé le 10 septembre par RAMINVEST HOLDING pour son projet de Wompou en Mauritanie, a de quoi impressionner : la plupart des mines d’or africaines en exploitation travaillent sur des teneurs de un à trois grammes. Il mérite pourtant d’être lu pour ce qu’il est, c’est à dire un résultat d’échantillonnage de surface, et non l’annonce d’un gisement.

Les faits d’abord. Le projet couvre 446 kilomètres carrés dans la ceinture des Mauritanides, la grande structure géologique qui traverse l’ouest mauritanien, et il est détenu par une filiale mauritanienne du groupe sous le permis d’exploration 2265B2. L’échantillonnage de surface a livré des valeurs atteignant 50,14 grammes d’or par tonne. Sur cette base, l’entreprise a défini six cibles prioritaires, numérotées T-01 à T-06, qui feront l’objet d’une première campagne de forages d’essai. Les travaux statistiques ont mis en évidence une corrélation de 0,989 entre l’arsenic et l’or, ce qui permet d’utiliser l’arsenic comme indicateur pour cibler les zones à tester. RAMINVEST HOLDING est établie au Dubai International Financial Centre et conduit parallèlement, via sa filiale BARAKA Mines, un projet de 496 kilomètres carrés sur les terres rares et le niobium, baptisé Tabatanet.

Ce qui suit n’enlève rien à l’intérêt du projet. Il s’agit d’expliquer comment se lit ce type d’annonce, parce que ces communiqués atterrissent régulièrement dans la presse africaine et que leurs chiffres y circulent souvent sans traduction.

Ce qu’un échantillon de surface prouve, et ce qu’il ne prouve pas

Un échantillon de surface est un morceau de roche ramassé ou détaché au marteau, puis analysé en laboratoire. Il indique ce que contient ce morceau précis, à cet endroit précis. Il ne dit rien du volume de roche présentant la même teneur, ni de la profondeur sur laquelle la minéralisation se prolonge, ni de sa continuité latérale. Un géologue dira qu’un tel résultat oriente, mais ne quantifie pas.

La mécanique est connue et sans mystère. L’or se concentre dans des veines de quartz où une pépite peut donner une teneur spectaculaire sur quelques centimètres, quand la roche environnante en contient mille fois moins. C’est pourquoi la profession parle d’un effet pépite, et pourquoi la valeur maximale d’une campagne d’échantillonnage n’a de sens qu’accompagnée de la teneur moyenne, du nombre d’échantillons et de leur répartition. Ces trois données ne figurent pas dans le communiqué.

Le forage sert précisément à répondre à cette question. Il prélève des carottes en profondeur, sur des lignes recoupant la structure, pour établir si la minéralisation existe en volume. C’est ensuite, et seulement ensuite, qu’un géologue indépendant peut estimer une ressource, puis une réserve, selon des normes internationales de déclaration comme le code australien JORC ou la norme canadienne NI 43-101. Le communiqué de RAMINVEST HOLDING ne fait référence à aucune de ces normes, ne nomme pas le laboratoire ayant conduit les analyses et ne donne pas de calendrier de forage.

Une phrase du communiqué mérite enfin d’être relevée, parce qu’elle éclaire la finalité de l’exercice. Le groupe indique préparer une phase consacrée aux forages ciblés, au développement de ressources, à des partenariats stratégiques et au financement du projet. Une société d’exploration ne produit pas d’or : elle produit de l’information géologique, et cette information lui sert à lever des fonds ou à attirer un partenaire industriel. Rien d’illégitime là dedans, c’est le fonctionnement normal du secteur. Encore faut-il que le lecteur sache quel document il a sous les yeux.

Une Mauritanie devenue terrain d’exploration

Ce dossier s’inscrit dans un mouvement plus large. Longtemps organisée autour du minerai de fer et de la Société nationale industrielle et minière, l’économie minière mauritanienne s’est diversifiée vers l’or avec la mine de Tasiast, dans le nord du pays, et le gisement de cuivre et d’or de Guelb Moghrein. S’y ajoute, depuis une dizaine d’années, une activité d’orpaillage qui a attiré des dizaines de milliers de personnes dans le nord, avec les conséquences sociales, sanitaires et environnementales que ce type de ruée entraîne partout.

Le second projet du groupe, sur les terres rares et le niobium, relève d’une autre logique encore. Ces minéraux entrent dans les aimants permanents, les alliages à haute performance, l’aéronautique et l’électronique. Ils figurent sur les listes de matières premières critiques établies par l’Union européenne et les États-Unis, et leur chaîne d’approvisionnement est aujourd’hui largement contrôlée par la Chine. Un permis d’exploration sur ces substances vaut donc autant par sa position dans une compétition géopolitique que par son contenu géologique.

Pour le lecteur sénégalais, la comparaison est immédiate. Les mêmes formations géologiques se prolongent vers le sud, dans le Sénégal oriental, où la mine de Sabodala produit de l’or depuis 2009 et où l’orpaillage occupe des milliers de personnes. Les mêmes questions s’y posent : quelle part des permis d’exploration débouche sur une mine, quelles conditions fiscales et environnementales accompagnent la conversion d’un permis de recherche en permis d’exploitation, et quel contenu local est réellement exigé.

Sur le plan statistique, une infime minorité des permis d’exploration délivrés dans le monde aboutit à une mine en production. Ce n’est pas un jugement sur Wompou, dont les résultats justifient manifestement une campagne de forage. C’est le rappel que l’étape qui vient, celle des carottes et des analyses en profondeur, est celle qui décidera de tout. Les six cibles seront testées, et leurs résultats, eux, seront comparables et vérifiables. Africa7 y reviendra à ce moment là.


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