Migrants africains expulsés des États-Unis : le Cameroun sous pression, l’Union africaine interpellée

La politique américaine d’expulsion de migrants vers des pays tiers africains place désormais le Cameroun au centre d’un dossier sensible. Le Mandela Center International (MCI), organisation de défense des droits humains basée à Yaoundé, interpelle les autorités camerounaises et l’Union africaine sur le sort de 36 ressortissants africains transférés des États-Unis vers le Cameroun depuis le début de l’année 2026.

La politique américaine d’expulsion de migrants vers des pays tiers africains place désormais le Cameroun au centre d’un dossier sensible. Le Mandela Center International (MCI), organisation de défense des droits humains basée à Yaoundé, interpelle les autorités camerounaises et l’Union africaine sur le sort de 36 ressortissants africains transférés des États-Unis vers le Cameroun depuis le début de l’année 2026.

Selon les informations concordantes disponibles, ces 36 personnes ont été acheminées au Cameroun lors de quatre opérations, les 15 janvier, 16 février, 29 avril et 27 mai. Elles sont originaires notamment d’Angola, d’Éthiopie, du Ghana, du Kenya, du Maroc, de République démocratique du Congo, du Sénégal, de Sierra Leone et du Zimbabwe. Un suivi indépendant des expulsions américaines vers des pays tiers confirme le nombre de 36 personnes et les quatre transferts.

Le dossier est d’autant plus délicat que nombre de ces migrants bénéficiaient aux États-Unis de protections judiciaires empêchant leur retour direct dans leur pays d’origine en raison de risques de persécution ou de torture. Le suivi réalisé par l’US Committee for Refugees and Immigrants indique notamment que plusieurs personnes transférées au Cameroun bénéficiaient d’une protection contre l’éloignement ou au titre de la Convention contre la torture.

C’est précisément sur ce point que le Mandela Center International concentre ses accusations. Dans un communiqué du 7 septembre, l’organisation affirme que les personnes concernées se trouvent au Cameroun sans documents d’identité ni statut juridique clairement défini et qu’elles subissent des restrictions dans leurs déplacements. L’ONG demande à Yaoundé de garantir le principe de non-refoulement et de permettre la poursuite des procédures d’asile. Ces affirmations sur leurs conditions actuelles restent attribuées au MCI.

L’inquiétude est renforcée par le retour de plusieurs migrants dans leur pays d’origine. Le MCI affirme que cinq personnes sont déjà reparties malgré les risques qu’elles invoquaient, parmi lesquelles deux ressortissantes marocaines et un Sénégalais qui, selon l’organisation, craignait des représailles liées à son orientation sexuelle.

Mais l’affaire ne se limite plus au terrain humanitaire. Elle est également devenue judiciaire. Les ressortissants transférés ont engagé une procédure devant le tribunal administratif de Yaoundé afin de contester l’application de l’accord conclu entre le Cameroun et les États-Unis et d’obtenir une protection juridique. Leur conseil soutient notamment que cet accord aurait dû faire l’objet d’une ratification parlementaire.

L’existence d’un arrangement entre Washington et Yaoundé est aujourd’hui mieux documentée. Selon le dispositif de suivi de l’US Committee for Refugees and Immigrants, le Cameroun a accepté en décembre 2025, par échange de notes diplomatiques, de recevoir des ressortissants de pays tiers expulsés des États-Unis. Ces documents, rendus publics après une procédure d’accès à l’information menée par des organisations américaines de défense des réfugiés, prévoient notamment une coopération autour des programmes de retour volontaire assisté.

Le cas camerounais s’inscrit ainsi dans une stratégie américaine beaucoup plus large. L’administration de Donald Trump a multiplié les accords permettant d’envoyer vers des États tiers des étrangers que Washington ne peut pas nécessairement renvoyer directement vers leur pays d’origine. Plusieurs États africains ont participé à différents dispositifs de ce type, faisant du continent l’un des terrains d’application de cette politique migratoire américaine.

Dans ce contexte, le Mandela Center International demande désormais à l’Union africaine d’établir un mécanisme de suivi de ces transferts et appelle les États africains à ne plus accepter sur leur territoire des personnes expulsées par des pays tiers dans des conditions susceptibles de compromettre leurs droits fondamentaux.

Au-delà du bras de fer entre l’ONG et Yaoundé, l’affaire pose donc une question juridique et diplomatique plus large : jusqu’où un État africain peut-il accepter de recevoir des ressortissants étrangers expulsés par un autre pays tout en garantissant les obligations internationales relatives à l’asile et au non-refoulement ? Au Cameroun, cette question est désormais devant la justice.

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